Brésil: l'agriculture bouée temporaire de l'économie

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 Champ de soja à Iapmeri (Etat de Goias, Centre-Ouest) à 300 kilomètres de Brasilia le 12 novembre 2013

Champ de soja à Iapmeri (Etat de Goias, Centre-Ouest) à 300 kilomètres de Brasilia le 12 novembre 2013

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AFP, publié le mercredi 19 juillet 2017 à 07h52

Le secteur agricole a largement soutenu la hausse du PIB brésilien au premier trimestre 2017, la première après huit trimestres de recul, mais certains analystes se demandent s'il pourra tenir longtemps ce rôle de locomotive et si c'est souhaitable.

Au premier trimestre, le PIB du Brésil a progressé de 1% par rapport au précédent, grâce notamment à une croissance de 13,4% de l'agriculture, face à un petit 1% pour l'industrie et une croissance nulle dans le secteur des services.

Il s'agit de la hausse la plus importante enregistrée par le secteur agricole en 20 ans, dopé par une "super récolte" de céréales et d'oléagineux, qui cette année devrait encore dépasser d'au moins 27% la récolte précédente.

"L'agriculture devient porteuse de l'économie brésilienne après deux années très difficiles en raison de mauvaises conditions climatiques", affirme Sylvain Bellefontaine, économiste chez BNP Paribas. Mais, "un trimestre ne représente pas une tendance. Il s'agit d'un résultat exceptionnel".

"Même s'il s'agit d'un grand fournisseur d'activité, notamment pour l'industrie, en termes de participation, le secteur agricole ne pèse pas assez lourd pour être déterminant dans une sortie de crise. Il ne peut pas être la locomotive d'une reprise", prévient de son côté Amanda Tavares, économiste à l'institut officiel de statistiques IBGE.

Selon l'IBGE, en 2016, l'agriculture représentait 5,5% de la valeur ajoutée brute totale brésilienne, contre 21,2% pour l'industrie et 73,3% pour le secteur tertiaire. Depuis le début 2000, sa part gravite autour de 5%, sauf en 2003, où elle a atteint 7,2%.      

- Boom des exportations... -

L'agriculture constitue cependant le premier poste d'exportation du Brésil.

En 16 ans, selon les données du ministère de l'Industrie et du Commerce extérieur (MDIC), le pays a multiplié par quatre ses exportations de produits agricoles et agroalimentaires, de 20 milliards de dollars en 2000 à 85 milliards en 2016. Le pays est devenu le premier exportateur mondial de café, de volailles et de sucre et deuxième exportateur de soja.

La participation des matières premières agricoles aux exportations, qui était de 22,8% en 2000, n'est plus passée sous la barre des 40% depuis 2009. En 2016, elle s'est élevée à 42,7%, selon les données du MDIC.

"Le secteur primaire est fondamental à court terme pour le pays, puisqu'il tire les exportations à la hausse, et ce dans un contexte international favorable au Brésil, avec une bonne tenue de l'Europe et des États-Unis, une reprise des pays émergents et des prévisions d'accélération des échanges commerciaux", explique Sylvain Bellefontaine.

La Chine, grand consommateur de denrées agricoles, est devenue le premier partenaire commercial du Brésil dès 2009. 

"En 2016, le Brésil a exporté pour 35,9 milliards de dollars (de marchandises) vers la Chine, 44% de ce total provient du soja", précise Heloisa Lee Burnquist, chercheuse au Centre d'études avancées en économie appliquée (Cepea), de l'Université de Sao Paulo.

L'oléagineux se classe en tête des marchandises les plus exportées par le pays, représentant 10,4% du total en 2016.

- ... mais précarité des infrastructures -

A plus long terme, les obstacles liés aux infrastructures freinent le dynamisme du secteur. Dans ce pays aux dimensions continentales, les marchandises sont acheminées par la route jusqu'aux ports sur des voies encombrées ou en mauvais état, ce qui renchérit leurs coûts de production.

Par ailleurs, dans un pays où le gouvernement a fait de l'agrobusiness un secteur prioritaire de développement -de nombreux députés étant liés au milieu- cette "re-primarisation" de l'économie présente des risques, selon certains économistes.

"Le secteur s'est surtout développé sous l'impulsion de la demande extérieure, ce qui a favorisé l'expansion de monocultures intensives en grande partie destinées à l'exportation et donc dépendantes de la situation économique chez nos partenaires commerciaux", avertit Mauro Rochlin, professeur d'économie à la Fondation Getulio Vargas de Rio de Janeiro.

"Pour que la sortie de crise soit effective, le Brésil doit davantage investir dans son industrie, dont la compétitivité s'est dégradée ces dernières années, ainsi que dans les secteurs de pointe", conclut-il.

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