Brexit ou "Bremain" : quels sont les arguments des deux camps ?

Brexit ou "Bremain" : quels sont les arguments des deux camps ?©Boursier.com
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Boursier.com, publié le mercredi 15 juin 2016 à 20h15

A l'approche du référendum du 23 juin sur le maintien ou non de la Grande-Bretagne au sein de l'Union européenne, les deux camps affichent leurs arguments, qui paraissent au moins autant teintés d'émotions que de réflexion. La campagne pour le maintien dans l'UE est soutenue par le Premier ministre David Cameron (mais pas par certains membres de son parti conservateur, ni par certains de ses ministres), ainsi que par le Parti travailliste et par la majorité du patronat britannique.

En face, la campagne pour la sortie de l'UE est notamment entraînée par Nigel Farage, le leader britannique du parti anti-européen et anti-immigration Ukip, mais aussi par Boris Johnson, l'ancien maire conservateur de Londres, très populaire, et à qui les analystes politiques prêtent l'ambition de remplacer David Cameron au 10, Downing Street...

Les deux camps s'affrontent essentiellement autour de trois thèmes : l'immigration, l'économie et la souveraineté de leur pays. Depuis la fin mai, le camp du Brexit à progressé, arrivant même en tête dans plusieurs sondages sur les intentions de vote des Britanniques. De nombreux électeurs étant encore indécis, le scrutin du 23 juin s'annonce a priori très serré.

L'immigration : la liberté de circuler au sein de l'UE irrite les pro-Brexit

Sur fond de crise des migrants, qui divise l'Europe depuis l'été 2015, les partisans du Brexit veulent que Londres retrouve la capacité à contrôler ses frontières. Ils refusent que le Royaume-Uni soit amené à accueillir davantage de migrants venus de l'extérieur comme de l'intérieur de l'Union européenne, estimant que ces migrants engorgent les services sociaux britanniques et occupent des emplois au détriment des Britanniques.

De leur côté, les partisans du "Bremain" ("de Britain et "Remain" : rester) affirment, études à l'appui, que les immigrants contribuent davantage en matière d'impôts qu'ils ne coûtent aux caisses de l'Etat, notamment parce qu'il s'agit d'une population jeune. La contribution des migrants originaires de l'UE est ainsi supérieure de 34% à ce qu'ils reçoivent, selon une étude de 2013 du Centre pour la rechercher et l'analyse des migrations.

Le 19 février 2016, David Cameron est parvenu à arracher un accord sur un statut spécifique pour le Royaume-Uni, qui prévoit un "mécanisme de sauvegarde" en matière d'immigration. Londres pourra ainsi suspendre le versement d'allocations sociales à des ressortissants de l'UE pendant une durée maximale de 7 ans, si ses services publics ou sa sécurité sociale se trouvent débordés par un afflux d'ampleur exceptionnelle de travailleurs venus d'autres Etats membres. David Cameron a promis d'actionner immédiatement ce mécanisme si les Britanniques choisissent le maintien dans l'UE.

Economie : des pronostics inquiétants en cas de Brexit

Pour les pro-Brexit, la priorité pour Londres est de cesser de verser une contribution au budget européen, soit près de 8,5 milliards de livres par an (environ 11 MdsE). Selon eux, le Brexit permettrait au PIB britannique de gagner entre 0,6 point et 1,6 point de pourcentage d'ici à 2030. Ils minimisent les effets négatifs d'une sortie de l'UE en expliquant que le Royaume-Uni pourrait maintenir ses relations commerciales avec l'UE via un accord de libre-échange, sur le modèle de la Suisse ou la Norvège.

Les anti-Brexit réfutent cet optimisme, en soulignant que la négociation d'un nouvel accord commercial avec l'UE prendrait des années et qu'elle entraînerait une longue période d'incertitude. Le Premier ministre David Cameron a même parlé de "décennie perdue". "Nous aurons une décennie d'incertitude" au cours de laquelle il faudra renégocier un contrat commercial avec l'UE, ce qui "pompera l'énergie du gouvernement et du pays", a-t-il ajouté.

Les anti-Brexit font valoir que pour conserver un accès au marché commun, aux mêmes conditions que la Suisse ou la Norvège, le Royaume-Uni devrait contribuer au financement de divers programmes européens. Dans ce cas, elle serait aussi tenue de respecter les réglementations européennes, sans pour autant avoir un droit de regard sur leur élaboration....

Les pro-Brexit accusent les normes européennes de faire grimper les prix

La lutte contre les réglementations imposées par l'UE est un des chevaux de bataille des pro-Brexit, qui dénoncent les quotas (de pêche notamment) et des subventions, en particulier dans le domaine agricole, qui entraînent selon eux des distorsions sur les marchés. Ces normes auraient pour effet pervers de maintenir les prix de l'alimentation à des niveaux supérieurs à ceux du marché mondial dans l'UE, argumentent ainsi les tenants du Brexit, qui promettent une baisse des prix en cas de départ de l'UE.

A l'inverse, les partisans d'un maintien dans l'Union font valoir que le Royaume-Uni a davantage besoin de l'UE, que l'Union a besoin de lui. Le magazine 'The Economist' qui défend le "Bremain", souligne notamment que près de la moitié (45%) des exportations britanniques se font en direction de l'UE, et que 53% de ses importations viennent de l'UE. A noter qu'en cas de Brexit, le commerce extérieur britannique serait bouleversé par une chute probable de la livre sterling, qui rendrait le pays plus compétitif à l'export, mais renchérirait les prix des produits importés, au risque de créer de l'inflation, ce qui pourrait entraîner à son tour une hausse des taux, qui pèserait sur la croissance outre-Manche.

Dans une étude publiée en mars, la principale organisation patronale britannique, le CIB, a estimé à 100 milliards de livres (126 MdsE) les pertes pour le Royaume-Uni d'ici à 2020 en cas de Brexit.

Le ministre des Finances britannique, George Osborne, estimait dans un rapport publié en avril que le PIB britannique pourrait rétrécir de 6% d'ici à 2030, ce qui représenterait une perte de 4.300 livres (environ 5.400 euros) par an pour chaque ménage britannique.

La souveraineté et la défiance face à l'"establishment"

La souveraineté est sans doute le thème qui porte la plus forte la charge émotionnelle du scrutin du 23 juin. De nombreux Britanniques souhaitent que leur pays retrouve le contrôle de sa politique, notamment migratoire et commerciale, ce qu'ils attendent en cas de divorce avec l'Union européenne. Les anti-Brexit sont en revanche convaincus que sortir de l'UE ferait perdre de l'influence au Royaume-Uni dans le monde, même si le pays resterait membre de l'Otan. En outre, un Brexit augmenterait la probabilité d'un nouveau référendum d'indépendance en Ecosse, les Ecossais s'affichant très pro-UE.

Ce besoin d'un regain de souveraineté va de pair avec la hausse du sentiment anti-"establishment", qui s'est fortement développé depuis la crise des "subprimes" de 2007-2008. De nombreux Britanniques se montrent méfiants envers la classe politique traditionnelle, les autorités de Bruxelles, et le patronat (notamment bancaire), qui les encouragent pourtant à mettre dans l'urne un bulletin "Remain' le 23 juin...

Surfant sur ce sentiment, le tabloïd populaire britannique 'The Sun' s'est rallié le 14 juin au camp du Brexit. Le 'Sun' a estimé que le référendum du 23 juin était "notre dernière chance de nous retirer de la dictature de Bruxelles... et c'est le moment de la saisir". Depuis l'adhésion du Royaume-Uni en 1973, "l'Union Européenne s'est révélée de plus en plus dépensière, harcelante et terriblement incompétente face à la crise. Jeudi prochain, au moment du vote, nous pouvons corriger cette énorme erreur historique".

 
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