Egypte: les riches se barricadent, les inégalités s'accentuent

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 Des résidences fermées de la banlieue du Caire, le 21 mai 2017

Des résidences fermées de la banlieue du Caire, le 21 mai 2017

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© AFP, MOHAMED EL-SHAHED
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AFP, publié le samedi 17 juin 2017 à 10h06

Iman Khalifa a abandonné son appartement avec vue sur le Nil en plein centre du Caire pour trouver refuge dans l'opulence des résidences fermées de la banlieue, un phénomène qui illustre les inégalités croissantes en Egypte.

Pour l'élite égyptienne, ces "gated communities" ou "compounds", inspirées des résidences privées très populaires aux Etats-Unis, sont devenues le seul échappatoire dans une mégalopole chaotique de quelque 20 millions d'habitants, surpeuplée et polluée.

La tendance, lancée à la fin des années 1990, traduit le fossé grandissant entre les classes sociales, estiment des économistes.

"Il y a de jolis paysages, une belle vue, alors que là-bas (au Caire), il y a des ordures partout", explique Mme Khalifa, installée avec son mari dans un compound à l'est du Caire.

Comme cette trentenaire, les riches Cairotes fuient des rues bruyantes et paralysées par de gigantesques embouteillages. Ils se retrouvent dans le calme et la verdure luxuriante des résidences fermées qui poussent comme des champignons aux portes du désert, avec terrains de golf, piscines et salles de sport.

"Vous payez plus pour l'entretien, mais ils vous fournissent une meilleure sécurité", poursuit Mme Khalifa.

- Minorité -

Elle fait toutefois partie d'une minorité de privilégiés, dans un pays où le pourcentage d'Egyptiens vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 16,7% en 2000 à 27,8% des 90 millions d'habitants en 2015, selon des statistiques officielles.

Et à l'ouest du Caire, dans la banlieue du 6-Octobre, Mohamed et plusieurs ouvriers journaliers attendent en bordure de route de trouver un petit boulot qui leur apportera leur salaire de la journée.

Tous vivent dans le même appartement et dorment à même le sol. "On mange des fèves matin, midi et soir", ironise Mohamed, originaire de la province de Souhag, dans le sud.

Installé au Caire depuis deux ans, le jeune homme de 18 ans a dû abandonner l'école pour travailler.

A travers un projet évaluant la répartition des revenus en Egypte sur la base des prix de l'immobilier, un économiste de la Banque mondiale, Roy van der Weide, a constaté que les inégalités étaient "bien plus élevées que ce que peuvent suggérer les estimations des sondages conventionnels".

Pour relancer une économie à la traîne depuis la révolte de 2011 qui a chassé Hosni Moubarak du pouvoir, l'Egypte a obtenu un prêt de 12 milliards de dollars du Fond monétaire international (FMI) en contrepartie de réformes économiques drastiques.

Les autorités ont ainsi libéré le taux de change de la livre égyptienne, faisant chuter de moitié sa valeur face au dollar, taillé dans les subventions publiques allouées au carburant et adopté une taxe sur la valeur ajouté (TVA). Des mesures qui ont entraîné une forte hausse de l'inflation.

- Risque de grogne sociale -

Pour éviter la grogne sociale, le gouvernement a annoncé un programme d'aides de 2,5 milliards de dollars, prévoyant des exemptions fiscales et une hausse des salaires des fonctionnaires et des allocations chômage.

Le gouvernement a également maintenu les subventions allouées aux denrées alimentaires, qui permettent aux plus démunis d'obtenir certains biens de première nécessité, comme le pain, l'huile ou le riz, à bas prix.

"Ces mesures ne sont que des analgésiques", estime toutefois Heba el-Laithy, professeur de statistiques à l'université du Caire. "Les gens réduisent leur consommation de nourriture et déscolarisent leurs enfants pour les faire travailler", déplore-t-elle, estimant que la pauvreté touche actuellement 35% de la population.

Selon elle, le gouvernement pourrait fournir de meilleurs services d'éducation et de santé en les finançant grâce à un système d'imposition progressif, qui taxerait plus sévèrement les plus aisés.

Mais les autorités rechignent à adopter une telle réforme, estime Salma Hussein, chercheuse sur l'inégalité au sein de l'Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), une ONG locale.

"Il y a une sorte de collusion. Les classes aisées disent au gouvernement: laissez-nous faire des profits sans des impôts élevés. Nous ne réclamerons pas de démocratie et construirons nos propres communautés", explique Mme Hussein.

Pour M. van der Weide, combler les inégalités est un défi difficile à surmonter "si l'élite vit coupée du reste de la société".

 
5 commentaires - Egypte: les riches se barricadent, les inégalités s'accentuent
  • marcopolog6 -

    vu ce qui est prévu en France avec la même politique que depuis des années, ils vont faire de même

  • maman87 -

    Si leur Dieu leur veut du bien, leurs problèmes seront résolus.

    Mafiosi -

    il faut serrer la zigounette .......

  • pigeonxxl38 -

    ils n'ont pas besoin de se cacher ici les plus gros malfaisants parasites de la société sont scandaleusement récompensés par nos soins a grands coups d'émoluments qui dépassent l'entendement ! tenez cet espèce de mégalo qui aurait pu mettre la boutique par terre , un parvenu multimillionnaire peut être milliardaire qui est devenu un élu décoré de la Légion d'Honneur c'est le grand copain ils se tiennent par la main du premier élu phocéen ! tapez les folles rémunérations des dirigeants de la caisse d'épargne - elles émanent d'un syndicat , moins cependant que celles des plus prestigieux footballeurs qui nous font rêver de bonheur , mais ces gros s..auds d'escrocs c'est le cauchemar du placement boursier pillé voir de la ruine qu'ils peuvent nous faire découvrir , suite a un vrai guet apens ou ils m'avaient dégueulassement attiré pieds et poings liés , agréablement dans le cas présenté il s'agit de + de 4000 euros amputés un vrai plaisir ! ah j'allais oublier quelquefois c'est comme dans la mafia il n'y a pas d'avocats il existe des contrats mais ce ne sont pas des contrats d'assurance-vie , pour ceux qui ne marchent pas droit ce sont des contrats de vie raccourcie certains ne sont pas morts de leur belle mort dans leur lit : Stavisky dit le "beau Serge" l'escroc du siècle en France dans les années 1930 il avait mis en application le système pyramidal de la chaine de Ponzi mystérieusement il avait été retrouvé troué comme une passoire , idem pour Maxwell dans les années 80 il avait fait la malle avec la caisse des fonds de pensions des retraités anglais tout aussi mystérieusement il avait été retrouvé noyé , Madoff quand a lui pour sa sécurité il a encore de la chance d'être enfermé a l'ombre pour un temps indéterminé ! il y en a un qui s'en était bien tiré c'était le patron de Parmalat en Italie peut-être pas a l'heure du laitier tout de même il s'était tiré avec la caisse de la boite : par la suite certains ont dut boire leur lait particulièrement écrémé !

  • Mafiosi -

    On peut leur envoyer Melenchon ......
    Ah non, il est occupé au Venezuela avec l'Alliance Bolivarienne .......

  • HELENE11 -

    Malheureusement cette situation se trouve dans bien d'autres pays la classe moyenne aisée et les très riches emploient tous les moyens pour ne pas ou peu payer d'impôts et bien sûr en toute légalité. Le partage ne se fait plus et le travail est mal rémunéré. Attention cela ne pourra pas durer éternellement le peuple réagira un jour ou l'autre.

    Mafiosi -

    il faut contrôler la démographie galopante !

    zulu45 -

    D'accord avec Helene11, Mafiosi porte bien son pseudonyme...
    Faute de partager les richesses et de laisser les inégalités progresser de façon géométrique, les riches devront bientôt se barricader et sortir en voitures blindées, jusqu'au jour où ...
    Et du fait des nouveaux moyens de communication, car nous ne sommes plus au moyen âge, ce jour pourrait être plus proche que prévu...
    N'oublions pas que les derniers grands évènements de ce monde (chute du mur de Berlin, 11/9, révolutions arabes, etc...) personne ne les avait vus venir la veille.
    Mais il est vrai aussi , comme dit la blague belge, que "tant que je gagne, je joue"...

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