En Europe, les opérateurs mobiles se préparent à la fin de l'itinérance

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Telefonica estime que la fin de l'itinérance dans l'UE va entraîner une légère baisse de son chiffre d'affaires

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© AFP, FEDERICO PARRA
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AFP, publié le vendredi 09 juin 2017 à 11h00

Longtemps une importante source de revenus pour les opérateurs de télécommunications, les frais d'itinérance disparaîtront le 15 juin dans l'Union européenne, une décision qui va affecter un secteur déjà très concurrentiel.

"L'itinérance, intra et extra-européenne, c'est environ 5% du chiffre d'affaires des opérateurs en moyenne. Mais l'impact est différent selon qu'on parle du marché entreprise ou du grand public", rappelle Sylvain Chevallier, spécialiste télécoms chez BearingPoint.

Sur le marché espagnol, soumis à de fortes variations saisonnières en raison du tourisme, le principal opérateur Telefonica estime que la fin de l'itinérance dans l'UE va entraîner une baisse de 1,2% de son chiffre d'affaires sur l'exercice en cours.

Pour autant, selon Victor Marçais, spécialiste des télécoms et médias chez Roland Berger, "ce ne sera pas un choc pour les opérateurs, les discussions avancent depuis plusieurs années et les effets ont pu être largement anticipés".

"Si les opérateurs ne sont pas prêts, ce sera plus de leur faute qu'autre chose", abonde Dexter Thillien, analyste chez BMI Research. "Cela a été très graduel."

Les opérateurs n'ont pas tous préparé de la même manière la fin de l'itinérance. 

En Italie par exemple, le premier opérateur Wind-Tre assure s'être "aligné sur les demandes européennes en avance de deux mois" quand son principal concurrent, l'opérateur historique TIM, a prévu de "s'aligner sur le nouveau règlement à partir du 15 juin", jour de son entrée en vigueur.

En France, Free a élargi la gratuité de l'itinérance dès mars tandis qu'Orange et Bouygues ont mis fin aux frais en mai et SFR suivra le mouvement le 15 juin.

Difficile de savoir exactement ce que la fin de l'itinérance représentera pour les opérateurs qui ne publient plus leurs recettes en la matière.

La Commission européenne estime pour sa part que la fin de l'itinérance --souvent appelée "roaming"-- devrait représenter une perte de 1,2 milliard d'euros pour l'ensemble des opérateurs européens. Ce marché représente 4,7 milliards d'euros par an, selon un rapport l'organe des régulateurs européens des télécoms, le BEREC.

Mais la part de l'itinérance dans l'activité a largement reculé ces dernières années car les prix des appels et SMS ont baissé de 90% depuis 2007, alors que ceux des données ont chuté de 96% depuis 2012 pour un trafic multiplié par 100, selon l'UE.

Dans les faits, la situation varie fortement d'un pays à l'autre, entre ceux qui profitent des revenus liés au tourisme, principalement le sud de l'Europe, quand d'autres sont moins concernés, au nord.

- Itinérance hors-UE pour compenser -

"Les pays du sud, tels que le Portugal ou la Grèce, ont beaucoup de clients de manière fluctuante mais moins d'abonnés, les revenus de l'itinérance permettaient aussi de financer le renforcement du réseau pour faire face aux pics saisonniers", reconnaît Isabelle Jégouzo, cheffe de la représentation en France de la Commission européenne.

Le marché de gros, entre opérateurs, a dès lors été l'un des principaux points d'achoppement des discussions, entre ceux qui espéraient des prix élevés et ceux qui au contraire voulaient les voir baisser.

"Sans grande surprise, les pays du sud voulaient les prix les plus élevés, ceux du nord voulaient l'inverse. Au final, on voit un accord européen typique, avec du donnant donnant, où personne n'est totalement gagnant mais chacun obtient un peu", détaille Dexter Thillien.

Ainsi, le prix du Gigaoctet (Go) est pour l'instant fixé à 7,70 euros, puis il déclinera jusqu'en 2022, avec cependant la possibilité pour un opérateur d'appliquer une surcharge, en accord avec son régulateur, si la perte liée à l'itinérance dépasse les 3% de son bénéfice net annuel.

"Les consommateurs vont prendre l'habitude de consommer de la donnée en Europe et seront du coup sans doute également enclins à le faire en dehors également, cela peut compenser une partie des pertes", estime cependant Sylvain Chevallier.

C'est également le pari fait par la Commission européenne, rappelle M. Jégouzo, qui a pour "objectif de stimuler l'économie numérique en Europe par les usages et les services. Les prix baissent mais la consommation augmente bien plus. Le gain est là pour les opérateurs".

"Il y a des aspects positifs que l'on sous-estime, en particulier dans la perception des opérateurs auprès du grand public, c'est une occasion d'améliorer leur image mais également de profiter de la hausse des usages", considère également Victor Marçais.

 
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