Guyane : mobilisation historique avant l'arrivée de deux ministres

Guyane : mobilisation historique avant l'arrivée de deux ministres

manifestation du 28 mars 2017

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Boursier.com, publié le mardi 28 mars 2017 à 23h31

La population guyanaise s'est mobilisée massivement, mardi, lors de marches citoyennes organisée à Cayenne et à Saint-Laurent du Maroni. Dans la principale ville du département, Cayenne, entre 8.000 et 10.000 personnes ont défilé dans le centre-ville jusqu'à la Préfecture, tandis qu'à Saint-Laurent du Maroni, 3.500 à 4.000 personnes étaient présentes, le tout dans une ambiance bon enfant.

Il s'agit de chiffres de mobilisation sans précédent dans ce département français de quelque 260.000 habitants, situé en Amérique du sud, entre le Brésil et le Suriname. A Cayenne, les "500 frères contre la délinquance", un mouvement citoyen créé récemment, composé d'hommes toujours cagoulés mais se revendiquant non-violents, a ouvert le cortège, suivi d'un groupe amérindien.

Un plan d'investissement massif réclamé

Syndicats et collectifs citoyens, soutenus par les élus locaux, mettent en avant de nombreuses revendications, tant sur le plan du retard du développement économique, que de l'insécurité galopantes, des lacunes des services de santé et du manque de moyens éducatifs dans le département. L'objectif est d'obtenir un plan d'investissement massif (voire un "plan Marshall') pour la collectivité territoriale, alors que la grogne monte depuis plusieurs semaines.

La Guyane est le territoire de France où l'on compte le plus d'homicides - 42 en 2016 - et le taux de chômage (22,3%) y est deux fois plus élevé que la moyenne française. Il dépasse même 40% chez les jeunes de moins de 25 ans. En outre, le nombre de médecins pour 100.000 habitants est en Guyane trois fois inférieur à la moyenne de la France métropolitaine.

Matthias Fekl et Ericka Bareigts attendus mercredi en Guyane

Mardi soir, le Premier ministre Bernard Cazeneuve a annoncé dans un communiqué que le ministre de l'Intérieur Matthias Fekl et la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts se rendraient en Guyane mercredi. Ils "poursuivront ainsi le dialogue avec tous les acteurs économiques, sociaux, politiques et les représentants de la société civile" lancé par la mission interministérielle arrivée samedi, "en vue de la conclusion d'un pacte d'avenir ambitieux" dont la signature "pourrait intervenir dans les meilleurs délais", a indiqué le Premier ministre.

Les premières réactions à cette annonce étaient mitigées mardi soir, de nombreux responsables exigeant le déplacement du Premier ministre en personne. Léon Bertrand, maire de Saint-Laurent du Maroni et ancien ministre de Jacques Chirac, a estimé sur 'Guyane 1ère Radio' que "ça ne suffit pas, nos problèmes sont multiples, seul le Premier ministre peut débloquer la situation".

La vie économique toujours quasiment au point mort

A Paris, la dégradation des conditions de vie en Guyane s'est invitée dans la campagne électorale, plusieurs ténors de la droite montant au créneau pour critiquer la gestion du dossier par le gouvernement. Le président du Sénat, Gérard Larcher, soutien de François Fillon, a estimé que "même si on est à la fin d'une législature, il est important que le gouvernement construise en quelque sorte une perspective d'avenir pour les Guyanaises et les Guyanais".

Mardi en Guyane, en dehors des manifestations de la matinée (après-midi en métropole), cette deuxième journée de grève générale a été qualifiée de 'Journée morte". Trente-sept syndicats réunis au sein de l'Union des travailleurs guyanais (UTG) ont voté samedi à la quasi-unanimité le principe de la "grève générale illimitée", à partir de lundi.

Les établissements scolaires et la majorité des commerces sont restés fermés et les barrages routiers bloquant l'entrée des villes ont été remis en place à l'issue des manifestations. La vie économique était presque à l'arrêt, notamment au port (principale voie d'approvisionnement du département) et à l'aéroport de Cayenne, tous deux bloqués depuis plusieurs jours. Toutefois, Air France a annoncé mardi le renforcement de ses liaisons entre les Antilles et la Guyane à partir de mercredi. L'objectif étant d'acheminer ses clients d'Orly vers Cayenne, via la Martinique, les liaisons directes étant interrompues.

La délégation arrivée samedi tente de nouer le dialogue

En attendant, la mission de hauts fonctionnaires arrivée sur place samedi dernier, menée par un ancien préfet de Guyane, Jean-François Cordet, a commencé discrètement à travailler pour préparer le terrain aux ministres.

Les syndicats et collectifs guyanais ont refusé de recevoir la mission Cordet, mais ce dernier a expliqué mardi dans un entretien au 'Figaro' qu'il avait pu avoir des contacts avec des acteurs économiques et sociaux.

"En dépit du mot d'ordre de ne pas parler à la mission interministérielle, je suis en contact avec des représentants du monde social, de la santé, agricole et économique", a expliqué M. Cordet. "Ces derniers considèrent qu'il est utile d'exposer leurs préoccupations mais ils veulent rester discrets tant qu'ils n'ont pas eu le feu vert de se rapprocher de nous".

 
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