La Banque du Japon reste sourde aux appels à infléchir son discours

La Banque du Japon reste sourde aux appels à infléchir son discours

Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, à Tokyo le 16 juin 017

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AFP, publié le vendredi 16 juin 2017 à 12h29

La Banque du Japon (BoJ) a reconduit vendredi sa politique monétaire pour conforter l'expansion de la troisième économie mondiale et doper une inflation médiocre, et son gouverneur est resté inflexible face aux appels à modifier son discours.

Depuis le printemps 2013, la BoJ se livre à un massif programme de rachat d'actifs (actuellement de 80.000 milliards de yens par an, soit près de 650 milliards d'euros), inondant les circuits de liquidités pour faire repartir le crédit, les prix, et la croissance. Un dispositif renforcé l'an dernier par des taux négatifs (-0,1%).

A l'issue d'une réunion de deux jours, les membres du comité de politique monétaire ont maintenu cette panoplie d'outils, inchangés depuis septembre 2016 face à l'embellie, même modeste, de l'activité. Le pays vit ainsi sa plus longue période de croissance (cinq trimestres d'affilée) depuis 11 ans, assortie d'un taux de chômage de 2,8%, au plus bas depuis un quart de siècle.

Dans son communiqué, la BoJ a repris le terme d'"expansion modérée", qu'elle avait utilisé en avril pour la première fois en neuf ans. Elle salue "la tendance positive" des exportations, qui soutient la production industrielle.

Mais l'inflation reste très faible en raison d'une consommation des ménages poussive, suscitant des doutes parmi les économistes sur l'efficacité des mesures mises en oeuvre pour atteindre une cible de 2%, dans le cadre d'une stratégie plus globale de relance de l'économie initiée par le Premier ministre Shinzo Abe ("abenomics").

Au Parlement aussi, où le gouverneur Haruhiko Kuroda est régulièrement convoqué, la pression s'intensifie. "Les politiciens ont commencé à émettre des doutes sur les politiques actuelles de la BoJ", qui ont abouti à "un bilan hypertrophié" sans vaincre la déflation, notait Ryutara Kono, chez BNP Paribas, dans un document récent.

"Si cette clameur s'amplifie, la banque centrale pourrait être obligée de sortir du cadre actuel avant même de parvenir à 1% d'inflation", avertit-il.

- 'Trop tôt' -

Imperturbable, M. Kuroda a une nouvelle fois appelé à la patience. "Il est très difficile", a-t-il dit en conférence de presse, "de changer la mentalité déflationniste" de l'archipel, où les enrreprises rechignent à investir, augmenter les salaires et les particuliers à dépenser, encore échaudés par l'éclatement de la bulle financière au début des années 1990.

"Je ne dis pas que c'est impossible, mais cela prend du temps", "nous avons encore de la route à faire", a-t-il insisté, disant sa détermination à remplir l'objectif fixé quel que soit le nombre d'années nécessaires pour y parvenir.

Pour M. Kuroda, il serait donc prématuré d'ouvrir une discussion sur le calendrier ou de "proposer des simulations concrètes" de sortie de la politique monétaire actuelle, contrairement à ce qui se joue au sein des autres banques centrales.

"Il n'est pas surprenant qu'il ne veuille pas évoquer le sujet alors que l'inflation tourne autour de zéro. C'est simplement trop tôt", a estimé Daisuke Karakama, économiste de Mizuho Bank à Tokyo, cité par l'agence Bloomberg News.

"La Banque du Japon a certes affiché son optimisme dans son diagnostic de la situation économique, mais le gouverneur s'est montré prudent sur la perspective d'atteindre la cible d'inflation, donc les chances d'un resserrement prochain demeurent minces", ont renchéri les analystes de Capital Economics.

Le Japon ne peut être comparé aux Etats-Unis et à l'Europe, où l'inflation est plus élevée, a justifié M. Kuroda. La Banque centrale européenne (BCE) a récemment laissé entrevoir à terme une sortie de sa politique ultra-accommodante, tandis que la Réserve fédérale américaine (Fed) est, elle, déjà bien engagée dans cette direction: elle a de nouveau relevé ses taux d'intérêt cette semaine et ouvert la voie à une prochaine réduction de son bilan.

 
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