Le Panama divorce de Taïwan: un effet domino en Amérique centrale?

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 La vice-présidente du Panama et ministre des Affaires étrangères Isabel de Saint Malo (G) et le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi (2e G), signent des documents établissant des relations diplomatiques entre le Panama et la Chine, le 13 juin 2017, à Pékin.

La vice-présidente du Panama et ministre des Affaires étrangères Isabel de Saint Malo (G) et le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi (2e G), signent des documents établissant des relations diplomatiques entre le Panama et...

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© AFP, GREG BAKER, POOL
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AFP, publié le mardi 13 juin 2017 à 20h01

Le basculement diplomatique du Panama vers la Chine pourrait entraîner d'autres pays d'Amérique centrale et des Caraïbes, traditionnels soutiens de Taïwan, à faire de même, selon des experts, alors que la présence économique chinoise y est chaque jour plus importante.

"Je pense que la République dominicaine et le Nicaragua suivront bientôt", n'a pas hésité à tweeter dès lundi soir l'ancien ambassadeur mexicain en Chine, Jorge Guajardo.

Jusqu'en 2007, tous les pays d'Amérique centrale - sept - reconnaissaient officiellement Taïwan. Puis le Costa Rica a franchi le pas, rompant ses relations avec Taipei pour se rapprocher de Pékin.

Avec le divorce de Panama ils ne sont plus que cinq, mais la région reste d'un appui crucial pour Taïwan.

En incluant les Caraïbes, "maintenant il y a onze pays" soutenant Taïwan, sur un total de 20 gouvernements dans le monde, souligne Margaret Myers, directrice du programme Chine et Amérique latine du centre d'études Inter-American Dialogue, à Washington.

"L'Amérique latine reste un bastion pour Taïwan en nombre de pays" le reconnaissant officiellement, ajoute-t-elle.

"Mais le chiffre baisse, il semble que de nombreux pays arrivent à la conclusion que des liens forts avec Pékin, pour attirer des investissements et améliorer les relations commerciales, sont peut-être dans leur meilleur intérêt".

Dans le cas de Panama, difficile d'ignorer le fait que la Chine est le deuxième utilisateur, après les États-Unis, de son canal centenaire. L'an passé, la Chine a fait transiter par ce passage interocéanique quelque 38 millions de tonnes de marchandises, soit 18,9% du trafic.

Et l'annonce du revirement diplomatique survient d'ailleurs une semaine après le début de la construction par Pékin d'un port de conteneurs, avec des installations de gaz naturel, dans la province de Colon, dans le nord du Panama.

Qui pourrait donc être le prochain à changer de camp? "Le Nicaragua est un candidat probable", estime Margaret Myers. Il abrite le projet plus ambitieux actuellement en Amérique latine, financé par des capitaux chinois: un canal interocéanique, destiné à concurrencer celui de Panama.

- Compétition diplomatique -

Ce chantier pharaonique, estimé à 50 milliards de dollars, n'est "pas soutenu par le gouvernement" chinois mais porté par un groupe privé, Hong Kong Nicaragua Canal Development (HKND), rappelle Mme Myers.

Il est aussi fortement contesté localement et semble avancer au ralenti depuis les premiers coups de pioche fin 2014.

Mais de manière générale, "le Nicaragua a été très accueillant pour les investissements chinois" et "cela ne me surprendrait pas si l'on voyait le Nicaragua être le prochain à basculer", souligne-t-elle.

Pour Carlos Malamud, spécialiste de la région à l'institut Real Elcano de Madrid, tout cela "fait partie d'un processus plus ancien", qui a vu Taïwan perdre peu à peu ses soutiens au cours des vingt dernières années.

Quant à la Chine, "elle a su jouer ses cartes en Amérique latine, en précisant qu'elle ne voulait pas concurrencer les États-Unis pour le contrôle de la région", traditionnel pré carré diplomatique du voisin nord-américain, indique M. Malamud.

Les projets du géant asiatique dans la région ont pour l'instant été "des projets économiques, sans prendre de position forte sur le plan politique", note-t-il.

Arrivée plus tardivement en Amérique centrale qu'en Amérique du Sud, la Chine a ciblé trois types d'investissements : énergie, télécommunications, infrastructures.

Mais, encouragée par son succès diplomatique au Panama, elle pourrait se montrer plus active politiquement désormais.

Le divorce entre Panama et Taïwan "représente évidemment un changement significatif", observe Matt Ferchen, professeur de politique internationale à l'université chinoise de Tsinghua.

Il "pourrait peut-être signifier une plus grande compétition entre la Chine et Taïwan" pour conquérir le coeur diplomatique de la région, prédit-il. Même opinion pour Margaret Myers : en Amérique latine, "je pense que nous verrons Taïwan renforcer les liens avec ses alliés existants pour éviter de nombreux changements de soutien diplomatique".

 
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