Une longue crise du Golfe affecterait les prix des hydrocarbures

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 Sur le site industriel de Ras Laffan, le principal site de production de gaz naturel liquéfié du Qatar, le 6 février 2017

Sur le site industriel de Ras Laffan, le principal site de production de gaz naturel liquéfié du Qatar, le 6 février 2017

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© AFP, KARIM JAAFAR
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AFP, publié le mercredi 14 juin 2017 à 11h43

La crise du Golfe ne devrait pas avoir d'impact à court terme sur les prix des hydrocarbures, mais les cours pourraient grimper si elle se prolonge et perturbe les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar, estiment des analystes.

Après avoir légèrement augmenté quand l'Arabie saoudite et ses alliés ont rompu le 5 juin leurs relations diplomatiques avec Doha, les prix du pétrole ont reculé pour s'établir aux alentours de 48 dollars le baril.

Le Qatar pompe 600.000 barils par jour et représente seulement entre 2 et 3% des fournitures mondiales. Son impact est marginal sur les cours du brut sur un marché, par ailleurs totalement engorgé.  

Le petit émirat est cependant un acteur majeur dans les fournitures de GNL. Il en est le premier exportateur mondial, représentant un tiers des fournitures, principalement à l'Asie et à l'Europe.

"Il y a une surabondance actuellement sur les marchés pétroliers et il est donc peu probable que la crise du Golfe conduise à un pic des prix du pétrole à court ou moyen terme", dit à l'AFP M.R. Raghu, vice-président du Kuwait Financial Center (Markaz).  

Lundi, le Qatar a dit qu'il se conformerait à un accord Opep/non-Opep pour réduire des quotas de production pendant encore neuf mois, afin d'absorber d'importants stocks et de rééquilibrer le marché pétrolier. La part du Qatar dans ces réductions est juste de 30.000 barils par jour.

L'analyste Jean-François Seznec, associé notamment à l'Atlantic Council's Global Energy Center aux Etats-Unis, pense qu'il pourrait y avoir un impact indirect limité sur les prix. 

Oxford Economics estime que les exportations de pétrole et de gaz du Qatar ne devraient pas être affectées de manière significative, alors que l'émirat peut contourner les pays qui lui sont hostiles, notamment via les eaux omanaises et iraniennes.

Mais la voie iranienne pourrait entraîner des coûts plus élevés, notamment en matière d'assurances, qui devront être "payés par le Qatar", avertit M. Seznec. 

La majorité des quelque 80 millions de tonnes de GNL qatari est exportée par bateau, principalement vers le Japon, la Corée du Sud et l'Inde, en plus de plusieurs pays européens.

Un tiers des importations britanniques de gaz vient du Qatar. Parmi les autres acheteurs européens de GNL figurent l'Espagne et la Pologne.

Les restrictions aériennes, terrestres ou maritimes imposées par l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte n'ont pas affecté jusqu'ici les voies maritimes pour les navires transportant le GNL qatari à travers le détroit d'Ormuz.  

- L'Europe affectée ? -

Toute perturbation pourrait susciter la colère de l'Union européenne qui "pourrait se sentir menacée par la perspective de devoir dépendre d'importations de gaz russe", a écrit le Kuwait Financial Center dans un rapport lundi.

Le Qatar envoie également plus de 2 milliards de pieds cubes à travers un gazoduc vers les Emirats arabes unis. Une petite partie va aussi au sultanat d'Oman.

Une éventuelle escalade militaire dans le Golfe et une quelconque perturbation des fournitures de gaz qatari feraient aussitôt grimper les prix des hydrocarbures.

"Si le conflit dégénérait en confrontation militaire, il faudrait s'attendre à un bond très important des cours --environ 150 dollars pour le baril de pétrole--", ainsi que des prix du gaz, estime M. Seznec. Cette tendance serait accompagnée d'une augmentation significative des primes d'assurance.

Ce scénario catastrophe inclurait des perturbations des fournitures de la plupart des pays du Golfe, dont l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut.

Le Conseil de coopération du Golfe (CCG), dont l'unité a volé en éclats avec cette crise, comprend l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et Oman.

Ces pays totalisent un cinquième des exportations mondiales de brut (13 millions de barils par jour), qui représentent plus de 80% des revenus publics des Etats membres du CCG. 

M. Raghu estime qu'une escalade pourrait entraîner un "blocage de voies maritimes et une augmentation du coût de transbordement du gaz".

Selon lui, des importateurs de GNL qatari, comme le Japon, la Corée du Sud et l'Inde pourraient être confrontés à des difficultés d'approvisionnement et chercher d'autres fournisseurs pour le long terme.

 
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