Que vaut le portefeuille boursier de l'Etat ?

Que vaut le portefeuille boursier de l'Etat ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 08 décembre 2016 à 14h17

Il suffit d'évoquer les participations de l'Etat dans les sociétés cotées pour réveiller le bon vieux débat sur les privatisations, même si ce terme ne reflète plus la réalité. Les véritables privatisations ont quasiment toutes eu lieu entre 1986 et 2007. Si l'on excepte EDF et Aéroports de Paris, la République ne conserve en effet que des parts minoritaires au sein d'entreprises inscrites à la Bourse de Paris. Le portefeuille de l'Etat pèse environ 60 milliards d'euros*, et ne comprend plus que quatorze sociétés, voire treize, si l'on retire la banque Dexia, gérée en défaisance après sa faillite. Ces participations peuvent être classées de différentes façons. L'Etat aime à les ranger par secteur d'appartenance : l'énergie (EDF, Engie, Areva, Eramet), les transports (Air France KLM, Groupe ADP), les industries (Airbus, Renault, Peugeot, Thales, Safran) et le reste, baptisé "services & finance" (Orange, Dexia, CNP Assurances). François Fillon, lui, a laissé entendre la semaine dernière qu'on pouvait grosso modo les classer entre participations à conserver et participations inutiles. Le lauréat de la primaire de la droite et du centre à l'élection présidentielle semble avoir déjà prévu une cure d'amaigrissement pour le portefeuille géré par l'Agence des participations de l'Etat, s'il venait à l'emporter. Mais combien l'Etat peut-il espérer récupérer d'une campagne de cession ?

Répondre à la question, c'est d'abord écarter les dossiers qui n'ont pas ou peu de chances de quitter le périmètre. En pleine restructuration, l'Etat ne peut pas quitter le navire Areva (510 ME de valorisation), c'est une certitude. Même situation pour Dexia, qui ne vaut de toute façon pas grand-chose. Pour Airbus (5 MdsE), la situation est un peu différente : les parts de l'Etat font partie d'une architecture équilibrée avec l'Allemagne, qu'il est délicat de remettre en cause et qui prendrait sans doute du temps. Enfin les 25,66% détenus dans Eramet nous paraissent difficiles à arbitrer, au regard de la fragilité du groupe et de son poids économique en Nouvelle-Calédonie, qui en font un sujet très sensible. A l'autre extrémité des enjeux, la vente des parts dans la CNP (1,1%), même si elle ne rapporterait que 130 ME, ne semble pas poser de problème. Même chose, paradoxalement, pour Orange, dont l'Etat conserve 13,5%, valorisés 4,9 MdsE, alors que l'entreprise a largement tourné la page France Telecom. Quant aux 17,6% dans Air France KLM, ils ne présentent pas non plus d'enjeu majeur à l'heure où l'ancienne compagnie nationale doit se défendre avec des armes commerciales qui lui sont propres dans un secteur ultra-concurrentiel. Seul hic, ils ne pèsent plus que 270 ME à cause des difficultés du transporteur. Selon les déclarations de François Fillon, conserver des parts dans Renault, dont l'APE détient 19,74% et qui pourraient rapporter 4,3 MdsE, n'a pas d'intérêt. Les 13,7% dans Peugeot, qui valent 1,5 MdE n'ont pas de raisons de subir un autre traitement. Bon an, mal an, la vente de ces cinq participations (Orange, Renault, Peugeot, CNP, Air France KLM) rapporterait 11,1 MdsE bruts sur la base des cours actuels.

Statu quo dans la défense et dans l'énergie ?

Le cas des autres participations est plus délicat. L'Etat a toujours souhaité conserver des parts dans le "bloc défense", qui comprend Thales (26% du capital, valorisés 5 MdsE), Safran (14%, 3,8 MdsE) et donc Airbus (10,9%, 5,17 MdsE), en plus de participations non cotées (Giat-Nexter, DCNS). Dans le contexte sécuritaire actuel et au regard du poids que la défense reprend dans les budgets, il paraît judicieux d'être présent chez les grands industriels du secteur. La Cour des comptes elle-même avait mis en avant l'intérêt pour l'Etat de conserver des positions fortes dans cette industrie. Exit donc les 14 MdsE potentiels. L'autre secteur sensible en France, c'est l'énergie. Compte tenu de la situation actuelle d'EDF, on voit mal l'Etat faire quoi que ce soit avec ses 85,6%, valorisés 18 MdsE. Le cas Engie (32,8%, 9,3 MdsE) est un peu différent. Le dossier est politiquement moins sensible qu'EDF, car son profil financier est plus robuste et que son internationalisation déclenche moins de réactions cocardières quand il s'agit de toucher à son capital. Mais la détention de l'Etat y est très encadrée : la loi lui interdit de descendre sous le tiers du capital ou des droits de vote sauf de manière ponctuelle et avec obligation d'y revenir sous deux ans. La situation est à peu près identique pour la dernière participation concernée, Aéroports de Paris (50,6%, 4,65 MdsE). Le Code des transports impose que l'Etat détienne la majorité de son capital. Il faudrait donc légiférer pour que les participations dans Engie et ADP soient vendues, ce qui serait loin d'être insurmontable mais nécessiterait un processus un peu plus lourd.

Un portefeuille plus large que les seuls actifs de l'APE

Le portefeuille de l'APE ne regroupe pas toutes les sociétés opérant dans la sphère commerciale dans lesquelles la puissance publique a des intérêts, loin de là. On peut par exemple citer la SNCF et la RATP, La Poste, la FDJ, France Télévisions ou les infrastructures comme les ports de Marseille Fos, Le Havre et Dunkerque, l'exploitants de réseaux RTE et bien d'autres encore, jusque dans l'industrie avec STX France ou Giat. On pourrait aussi ajouter Alstom, une société cotée qui ne figure pas dans le portefeuille de l'APE car les 20% contrôlés sont issus d'un prêt de titres appartenant à Bouygues. En outre, un certain nombre de participations publiques sont logées au sein du duo Caisse des Dépôts / Bpifrance. Par exemple, la CDC détient 40,9% du capital de CNP Assurances, en plus des 1,1% détenus par l'Etat via l'APE. Chez Orange, l'Etat possède 13,5% mais exerce son action dans le cadre un pacte d'actionnaires avec Bpifrance, qui détient 9,6% additionnels. La banque publique d'investissement possède par ailleurs des dizaines de participations dans des sociétés dont certaines sont cotées. Mais elles ne constituent pas des participations de l'Etat stricto sensu, car elles sont gérées indépendamment.

Une dernière chose : les montants en jeu sont somme toute modestes au regard de la dette de l'Etat au sens de Maastricht (collectivités locales et sécurité sociale incluses). La totalité des participations de l'APE, si l'on retient le chiffre de 60 MdsE de valeur boursière, ne représente que 2,8% de l'endettement de l'Etat (2.170 MdsE, fin du premier semestre 2016). La part la plus facile à monétiser, 11 MdsE, n'atteint finalement que 0,5% du total. Dans l'absolu, c'est une manne conséquente. Mais elle est à relativiser lorsqu'on la rapporte aux enjeux budgétaires français.

* Les valorisations utilisées sont celles de la séance de bourse du 8 décembre 2016.

 
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