Taux : la BCE maintient le cap malgré les pressions allemandes

Taux : la BCE maintient le cap malgré les pressions allemandes

Mario Draghi gouverneur BCE

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Boursier.com, publié le jeudi 06 avril 2017 à 20h53

La BCE n'est pas prête à relever ses taux d'intérêt directeurs cette année, même si l'Allemagne fait pression en ce sens. Tel est le message de clarification transmis jeudi par le président de la BCE, Mario Draghi, et par Peter Praet, l'économiste en chef de la banque centrale européenne.

Alors que des spéculations circulent depuis plusieurs semaines sur un relèvement du taux de dépôt (actuellement fixé à -0,4%) en fin d'année 2017, Mario Draghi y a coupé court. A trois semaines de la prochaine réunion de la BCE, prévue le 27 avril prochain, il a affirmé qu'il ne voyait "aucune raison de dévier des indications que nous avons régulièrement données dans la déclaration introductive de nos conférences de presse".

Le retour de l'inflation doit encore se confirmer durablement

Lors d'une conférence universitaire donnée à Francfort, le patron de la BCE a ajouté qu'"avant de procéder à la moindre modification des composantes de notre politique - taux d'intérêt, rachats d'actifs et guidage des anticipations - il nous faut au préalable persuader le plus possible que l'inflation convergera bien vers notre objectif sur un horizon à moyen terme et qu'elle y restera même dans les conditions d'une politique monétaire moins accommodante".

L'inflation s'est redressée ces derniers mois dans la zone euro, pour atteindre 1,5% en mars sur un an, se rapprochant de l'objectif de la BCE d'une inflation "proche de, mais inférieure à 2%". Cependant, M. Draghi considère que pour l'instant, l'essentiel de cette hausse est lié au rebond des cours du pétrole, qui pourrait n'être qu'un phénomène passager.

L'euro recule face au maintien de la politique monétaire actuelle

De son côté, Peter Praet a estimé jeudi que la BCE doit maintenir sa trajectoire actuelle pour ne pas saper en partie les effets positifs de ses efforts menés depuis 9 ans. "Si les investisseurs commencent à pressentir que la trajectoire des taux est sujette à une incertitude orientée à la hausse (...) les taux d'intérêt à long terme monteront et les rachats d'actifs seront moins efficaces", a expliqué l'économiste.

La BCE a également publié jeudi le compte-rendu de sa réunion du 9 mars dernier, qui montre "un consensus assez large au sein du Conseil des gouverneurs pour maintenir le biais actuel de la politique monétaire".

Sur le marché des changes, l'euro a cédé du terrain jeudi après ces déclarations, tombant jusqu'à 1,0629$ en séance (-0,4%), avant de terminer à journée à 1,0643$, en recul de 0,2%. Les marchés de taux sont restés calmes, avec une légère détente des taux souverains à 10 ans en France et au Portugal, une stabilité en Italie et en Espagne, et une légère hausse sur le Bund allemand (+1 point de base à 0,26%).

Pour l'Allemagne, il est temps de ralentir la stimulation

Echaudés par les conséquences négatives des taux très bas, voire négatifs, pour les épargnants et les fonds de pensions, les Pays-Bas et l'Allemagne réclament depuis l'été 2016 la fin de la politique ultra-accommodante de la BCE. Ces pressions, associées à une remontée de l'inflation ces derniers mois dans la zone euro, ont eu pour effet de faire rebondir les taux d'intérêts depuis leurs plus bas historiques atteints en août 2016. Sur les marchés obligataires européens, le rendement du Bund (emprunt d'Etat allemand) à 10 ans est ainsi passé depuis 8 mois de -0,18% à +0,26%, tandis que celui de l'OAT française est remonté de +0,10% à +0,93%.

Mercredi, Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, a estimé dans une interview que le moment était venu de lever le pied en matière de stimulation monétaire, tandis que Hans-Walter Peters, le président de la fédération bancaire allemande BdB, a lui aussi appelé la BCE à mettre un terme rapidement à sa politique monétaire expansionniste.

La sortie de crise a débuté, mais elle s'annonce très graduelle

Lors de sa dernière réunion de politique monétaire, le 9 mars dernier, la BCE a maintenu inchangés ses taux ainsi que son programme de rachat d'actifs. Ce dernier a été réduit (comme prévu) depuis début avril, passant de 80 MdsE d'achats par mois à 60 MdsE. En outre, la BCE a relevé ses prévisions d'inflation et de croissance, et Mario Draghi a fait une conférence de presse au ton plus optimiste qu'à son habitude, estimant notamment que le danger de la déflation était désormais écarté.

Même si une hausse des taux reste éloignée, la BCE se trouve tout de même au début du processus de sortie des mesures d'exception quelle a prises dans le sillage de la crise financière de 2008 et de celle de l'euro en 2010. Le montant des achats d'actifs est donc passé en avril de 80 à 60 MdsE, tandis que le 23 mars dernier, la BCE a procédé à sa toute dernière opération de prêts à taux négatifs dans le cadre de son programme de soutien aux banques de la zone euro ("TLTRO").

La sortie de crise est donc bel et bien entamée, mais elle s'annonce sans doute extrêmement progressive. Il faudra attendre la fin du programme d'achat d'actifs, prévue en décembre 2017, voire au-delà si nécessaire, avant de songer à relever les taux directeurs, ont ainsi fait comprendre jeudi Mario Draghi et Peter Praet.

 
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