Taux: la brutale correction se poursuit sur les marchés obligataires

Taux: la brutale correction se poursuit sur les marchés obligataires©Boursier.com
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Boursier.com, publié le lundi 14 novembre 2016 à 20h01

Depuis l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les marchés obligataires ont subi de violents dégagements dans le monde, faisant brusquement remonter les taux d'intérêts. Les obligations, notamment celles des Etats jugés solides (Etats-Unis, Allemagne, France, Japon...) avaient pourtant servi de valeurs refuge depuis la grande crise financière de 2008, et encore davantage depuis le vote des Britanniques en faveur du Brexit.

Lundi aux Etats-Unis, le taux de l'emprunt d'Etat (T-Bond) à 10 ans a ainsi atteint 2,22% (en hausse de 7 points de base, ou centièmes de point) alors qu'il était à 1,82% juste avant l'élection de Donald Trump. Le T-Bond à 10 ans retrouve ainsi son plus haut niveau depuis janvier 2016. Le taux du T-Bond à 30 ans a également bondi, dépassant lundi le seuil des 3% en séance, pour la première fois depuis le début de l'année. Le 30 ans a terminé à 2,97% contre 2,60% à la veille de la victoire de Donald Trump.

En Europe, le rendement du Bund allemand à 10 ans est remonté à 0,32% contre 0,15% le 7 novembre, veille de l'élection américaine, et après avoir connu un passage en terrain négatif jusqu'à -0,14% à la mi-septembre. Pendant l'été 2016, les craintes sur le Brexit ont entraîné une fuite des capitaux vers des placements jugés peu risqués, dont les obligations allemandes. Quant à l'OAT française à 10 ans, elle affichait lundi soir un rendement de 0,84% contre 0,46% avant l'élection américaine.

Une politique économique inflationniste en vue aux Etats-Unis ?

De nombreux experts pensaient qu'une élection surprise de Donald Trump accentuerait encore ce phénomène de fuite vers la sécurité... Mais c'est donc l'inverse qui s'est déroulé : dès l'annonce de la victoire de Donald Trump, les investisseurs se sont plongés dans son programme économique, et ont réalisé que s'il était mis en oeuvre, il était de nature inflationniste, ce qui va de pair avec des taux plus élevés.

Ainsi, M. Trump prévoit de baisser les impôts pour les particuliers comme pour les entreprises, tout en augmentant fortement les investissements publics dans la défense et les grands travaux d'infrastructures. Un tel programme devrait d'une part stimuler la consommation et attiser l'inflation, et d'autre part entraîner un vif accroissement de l'endettement de l'Etat, avec un afflux d'émissions obligataires à la clé. Cet environnement de hausse de l'offre serait de nature à faire baisser les cours et remonter mécaniquement les taux.

Par ailleurs, si le nouveau président américain révise, comme il l'a promis, les accords commerciaux internationaux, en relevant les droits de douane avec certains pays (Mexique, Chine ...), cela entraînera un renchérissement des prix des produits importés, ce qui attisera encore l'inflation.

Le récent coup de tabac sur les marchés obligataires a été d'autant plus brutal que les cours des obligations avaient atteint des sommets ces derniers mois, envoyant les taux d'intérêts au plus bas, voire en terrain négatif pour de nombreuses échéances. Les encours d'obligations à rendement négatifs sont désormais supérieurs à 10.000 milliards de dollars dans le monde.

Une nouvelle donne pour les politiques des banques centrales

Après de longues années sans inflation, si les investisseurs se mettent à nouveau à anticiper une hausse des prix, ils exigeront logiquement des rendements plus élevés de la part des obligations, surtout sur les échéances les plus longues, afin de compenser la hausse des prix anticipée. Si ces anticipations inflationnistes se concrétisent dans les mois à venir, les politiques monétaires (toujours très accommodantes) des banques centrales risquent d'être bouleversées.

La Réserve fédérale américaine, qui a entamé il y a un an un cycle de normalisation de ses taux directeurs, ne les a relevés qu'une seule fois, en décembre 2015, pour les porter entre 0,25% et 0,50%. Les marchés s'attendent à un nouveau tour de vis d'un quart de point le 14 décembre prochain. En cas de retour de l'inflation, il est probable que la Fed accélère ce rythme en 2017.

Dans ce cas, la BCE subirait elle aussi des pressions accrues, de la part notamment de l'Allemagne, pour mettre fin à son programme d'assouplissement quantitatif, dont l'échéance est actuellement fixée à la fin mars 2017. Jusqu'à récemment, les marchés tablaient sur une prolongation de ce programme de rachat d'actifs (60 MdsE par mois) pendant au moins 6 mois supplémentaires, compte-tenu de la mollesse de la croissance européenne.

Même si le maintien de taux très bas favorise le crédit et stimule la croissance économique, il peut aussi créer des bulles spéculatives. La politique de taux bas a aussi entraîné une chute des rendements des produits d'épargne (livrets, assurances-vie en euros etc..). En outre, elle menace les pensions de retraite versées par les fonds de pension... Pour autant, une remontée trop rapide des taux d'intérêts (synonyme de renchérissement du crédit), serait un frein à la croissance économique, tant en Europe qu'aux Etats-Unis.

 
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