Un portefeuille boursier de l'Etat appelé à se réduire ?

Un portefeuille boursier de l'Etat appelé à se réduire ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 10 mai 2017 à 13h58

L'avènement d'Emmanuel Macron à la présidence de la République va sans doute reposer la question de la réduction des participations de l'Etat au sein d'un certain nombre d'entreprises cotées. L'occasion pour nous de recycler un papier publié en décembre dernier, alors que tout laissait penser que François Fillon allait triompher pour succéder à François Hollande, après sa victoire à la primaire de la droite et du centre. Cinq mois plus tard, c'est l'invité surprise qui va devenir le locataire de l'Elysée, mais cela ne changera pas forcément la donne vis-à-vis des participations cotées de l'Etat. On se gardera de parler de "privatisation", car toutes ont eu lieu entre 1986 et 2007. Si l'on excepte EDF et Aéroports de Paris, la République ne conserve en effet que des parts minoritaires au sein d'entreprises inscrites à la Bourse de Paris. Le portefeuille de l'Etat pèse environ 65 milliards d'euros*, et ne comprend plus que quatorze sociétés, voire treize, si l'on retire la banque Dexia, gérée en défaisance après sa faillite. Ces participations peuvent être classées de différentes façons.

L'Etat aime à les ranger par secteur d'appartenance : l'énergie (EDF, Engie, Areva, Eramet), les transports (Air France KLM, Groupe ADP), les industries (Airbus, Renault, Peugeot, Thales, Safran) et le reste, baptisé "services & finance" (Orange, Dexia, CNP Assurances). Pour l'exercice du jour, on les séparera plutôt entre participations à garder et participations disponibles à la vente. Alors, qui est où ?

Dossiers problématiques

Répondre à la question, c'est d'abord écarter les dossiers qui n'ont pas ou peu de chances de quitter le périmètre... En pleine restructuration, l'Etat ne peut pas quitter le navire Areva, c'est une certitude. Même situation pour Dexia, qui ne vaut de toute façon pas grand-chose. Pour Airbus (5 MdsE), la situation est un peu différente : les parts de l'Etat font partie d'une architecture équilibrée avec l'Allemagne, qu'il est délicat de remettre en cause et qui prendrait sans doute du temps. Enfin les 25,66% détenus dans Eramet nous paraissent difficiles à arbitrer, au regard de la fragilité du groupe et de son poids économique en Nouvelle-Calédonie, qui en font un sujet très sensible.

A l'autre extrémité des enjeux, la vente des parts dans la CNP (1,1%), même si elle ne rapporterait que 130 ME, ne semble pas poser de problème... Orange, dont l'Etat conserve 13,5% (et même 23% avec Bpifrance), pourrait sans doute faire débat, mais une réduction de voilure a plusieurs fois été évoquée. Quant aux 17,6% dans Air France KLM, ils ne présentent pas non plus d'enjeu majeur à l'heure où l'ancienne compagnie nationale doit se défendre avec des armes commerciales qui lui sont propres dans un secteur ultra-concurrentiel. Seul hic, ils ne pèsent plus très lourd à cause des difficultés du transporteur. Conserver des parts dans Renault, dont l'APE détient 19,74% et qui pourraient rapporter près de 5 MdsE, a-t-il encore de d'intérêt ? La question se pose en des termes identiques pour les 13,7% dans Peugeot, qui valent 2,1 MdsE.

Statu quo dans la défense et dans l'énergie ?

Le cas des autres participations est plus délicat. L'Etat a toujours souhaité conserver des parts dans le "bloc défense", qui comprend Thales (26% du capital, valorisés 5 MdsE), Safran (14%, 3,8 MdsE) et donc Airbus (10,9%, 5,17 MdsE), en plus de participations non cotées (Giat-Nexter, DCNS). Dans le contexte sécuritaire actuel et au regard du poids que la défense reprend dans les budgets, il paraît judicieux d'être présent chez les grands industriels du secteur. La Cour des comptes elle-même avait mis en avant l'intérêt pour l'Etat de conserver des positions fortes dans cette industrie, mêle si côté valorisation, elle a le vent en poupe. L'autre secteur sensible en France, c'est l'énergie. Compte tenu de la situation actuelle d'EDF, on voit mal l'Etat faire quoi que ce soit avec ses 83,1%, valorisés 19,5 MdsE.

Le cas Engie (28,7%, 9,7 MdsE) est un peu différent... Le dossier est politiquement moins sensible qu'EDF, car son profil financier est plus robuste et que son internationalisation déclenche moins de réactions cocardières quand il s'agit de toucher à son capital. Mais la détention de l'Etat y est très encadrée : la loi lui interdit de descendre sous le tiers du capital ou des droits de vote sauf de manière ponctuelle et avec obligation d'y revenir sous deux ans. La situation est à peu près identique pour la dernière participation concernée, Paris Aéroports (50,6%, 4,65 MdsE). Le Code des transports impose que l'Etat détienne la majorité de son capital. Il faudrait donc légiférer pour que les participations dans Engie et ADP soient vendues, ce qui serait loin d'être insurmontable mais nécessiterait un processus un peu plus lourd.

Un portefeuille plus large que les seuls actifs de l'APE

Le portefeuille de l'APE ne regroupe pas toutes les sociétés opérant dans la sphère commerciale dans lesquelles la puissance publique a des intérêts, loin de là. On peut par exemple citer la SNCF et la RATP, La Poste, la FDJ, France Télévisions ou les infrastructures comme les ports de Marseille Fos, Le Havre et Dunkerque, l'exploitants de réseaux RTE et bien d'autres encore, jusque dans l'industrie avec STX France ou Giat. On pourrait aussi ajouter Alstom, une société cotée qui ne figure pas dans le portefeuille de l'APE car les 20% contrôlés sont issus d'un prêt de titres appartenant à Bouygues. En outre, un certain nombre de participations publiques sont logées au sein du duo Caisse des Dépôts / Bpifrance. Par exemple, la CDC détient 40,9% du capital de CNP Assurances, en plus des 1,1% détenus par l'Etat via l'APE. Chez Orange, l'Etat possède 13,5% mais exerce son action dans le cadre un pacte d'actionnaires avec Bpifrance, qui détient 9,6% additionnels. La banque publique d'investissement possède par ailleurs des dizaines de participations dans des sociétés dont certaines sont cotées. Mais elles ne constituent pas des participations de l'Etat stricto sensu, car elles sont gérées indépendamment.

Dans un article paru ce matin, BFM estimait qu'Emmanuel Macron pourrait chercher à privatiser réellement Paris Aéroports, un projet qui était dans les cartons de Bercy lorsqu'il y officiait. Le futur président serait aussi favorable à une réduction de voilure chez DCNS. BFM évoque aussi le "serpent de mer" de la privatisation de la FDJ et le casse-tête du prêt de titres Alstom.

* Les valorisations utilisées sont celles de la séance de bourse du 4 mai 2017.

 
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