A Athènes, le periptero, "l'âme du quartier", au bord du gouffre

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Des kiosques, connus sous le nom de "peripteros" dans une rue d'Athènes, le 9 octobre 2020
Des kiosques, connus sous le nom de "peripteros" dans une rue d'Athènes, le 9 octobre 2020
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© AFP, LOUISA GOULIAMAKI

AFP, publié le dimanche 11 octobre 2020 à 11h52

De bois ou de métal, traditionnel ou moderne, le kiosque, connu en Grèce sous le nom de "periptero", fait partie depuis 1911 du paysage urbain, mais la crise liée à la pandémie de coronavirus constitue une nouvelle épreuve pour ce symbole athénien.  

La crise économique (2010-2018) a fait disparaître près de la moitié de ces échoppes qui, sur le coin d'un trottoir ou d'une place, vendent cigarettes, journaux, magazines, friandises, boissons, babioles, et désormais masques et gels hydro-alcooliques. 

L'épidémie de coronavirus risque encore d'affaiblir cette institution athénienne, personnage à part entière des vieux films grecs et des chansons populaires. 

"Durant la crise économique, nous sommes passés de 11.000 kiosques à 5.500 dans tout le pays, dont 500 à Athènes. Et ces derniers mois, j'observe qu'ils continuent de fermer. Le confinement puis les mesures restrictives prises par le gouvernement risquent d'être très difficiles à surmonter pour notre profession", estime Theodoros Mallios, le président de l'Union des kiosquiers d'Athènes. 

- Fermeture à minuit -

Fin septembre, en raison d'une hausse du nombre des cas dans les grandes villes, le gouvernement a annoncé la fermeture des kiosques de minuit à 05H00.

Près de la place centrale d'Athènes, Syntagma, le periptero de Panagiotis Karatsas fonctionne en temps normal 24 heures sur 24. "J'ai perdu environ 20% de mon chiffre d'affaires avec cette obligation de fermer à minuit" après avoir "dû affronter difficilement deux mois de fermeture avec le confinement", dit-il.  

Confronté à une fiscalité lourde, et à la baisse du pouvoir d'achat des Grecs, le quadragénaire a plus d'une fois songé à mettre la clef sous la porte: "Beaucoup de mes collègues ont fermé au centre d'Athènes... Moi j'ai résisté, mais pour combien de temps encore? Le coronavirus est une épreuve de plus pour nous tous".

A quelques mètres de là, même désarroi pour Spiros Karagiorgis "inquiet pour l'avenir": "Au centre d'Athènes, la situation est encore pire (...) car nous normalement vendons aux employés des bureaux, qui sont désormais nombreux en télétravail, et aux touristes, qui cette année ont déserté la capitale". En six mois, le nombre de visiteurs arrivant en Grèce a chuté de 76,9%, selon la Banque de Grèce. 

Spiros ne sait pas comment il va payer sa licence de 1.500 euros à la mairie d'Athènes qui gère les peripteros depuis 2012. 

A leur création, au début du XXe siècle, les kiosques étaient attribués aux anciens combattants pour assurer leur subsistance et dépendaient du ministère de la Défense. 

Désormais, les municipalités renouvellent difficilement les licences car elles "veulent libérer des espaces pour les piétons et sont gênées par les kiosques qui empiètent souvent sur les trottoirs ou les places", estime Theodoros Mallios. 

- L'âme du quartier -

Dans le quartier de Petralona, en contrebas de l'Acropole, la place Merkouri est bordée de terrasses pleines d'habitués. Giorgos Siaplaouras, le kiosquier, ne décolère pas contre le gouvernement. "Les mesures prises sont ridicules et ne font que favoriser les grandes surfaces! L'autre soir encore, j'ai fermé à minuit mais la place était pleine (...) de glacières pleines de bières et de boissons alcoolisés" achetées au supermarché, raconte-t-il.

"Ce n'est pas en fermant les kiosques plus tôt que les jeunes vont arrêter de faire la fête", soupire cette figure emblématique du square.

Dimitris Katsigiannis, un retraité, vient tous les matins acheter son journal ou juste discuter avec le propriétaire: "C'est un point de rencontre au même titre que le café", dit le septuagénaire pour lequel "faire un tour jusqu'au periptero constitue un moyen de rompre la solitude". 

Déjà "dans les années 60, lorsque nous n'avions pas encore le téléphone, nous venions passer des coups de fil. Puis ensuite, nous venions tous les dimanches chercher le journal et des friandises pour les enfants", se souvient-il. 

Pour lui, la disparition du periptero "serait dramatique, le quartier tout entier perdrait son âme". 

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