A Dandong, ville chinoise voisine de la Corée du nord, l'activité économique reprend

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Photo prise le 1er juin 2018 du pont de l'amitié et du vieux pont observés à partir de la ville frontalière de Dandong, dans la province chinoise de Liaoning province
Photo prise le 1er juin 2018 du pont de l'amitié et du vieux pont observés à partir de la ville frontalière de Dandong, dans la province chinoise de Liaoning province
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© AFP, FRED DUFOUR

AFP, publié le jeudi 07 juin 2018 à 10h26

Des couturières nord-coréennes s'activent dans un atelier fraîchement rouvert du nord-est de la Chine: dans cette région frontalière de la Corée du Nord, des entreprises locales guettent le sommet entre Kim Jong Un et Donald Trump et les affaires reprennent malgré les sanctions.

A Dandong, les machines à coudre de cette usine textile avaient été arrêtées plusieurs mois: les ouvrières avaient dû rentrer dans leur pays, comme des centaines d'autres employés nord-coréens, en application de sanctions de l'ONU, avait constaté l'AFP en janvier.

Dandong, ville chinoise de 2,4 millions d'habitants par laquelle transite l'essentiel du commerce vers la Corée du Nord, vit au rythme des soubresauts géopolitiques. Le spectaculaire ballet diplomatique des dernières semaines, qui a vu le leader nord-coréen Kim Jong Un enchaîner les rencontres avec le président sud-coréen et le chef d'Etat chinois Xi Jinping, a détendu l'atmosphère.

Même si Pékin n'a pas encore annoncé d'assouplissement des sanctions, à Dandong les touristes curieux sont de retour, les couturières nord-coréennes ont retrouvé leur atelier, des commerçants rivalisent d'astuces et l'immobilier flambe, comme si le prochain sommet de Singapour entre M. Kim et le président américain Donald Trump laissait présager une ouverture économique à Pyongyang.

"La plupart des acheteurs sont des hommes d'affaires du sud de la Chine, désireux de faire du commerce. Nous avons vendu en un mois autant d'appartements que dans une année entière", observe l'agent immobilier Yue Yue. Il propose des logements près du Yalu, le fleuve qui sépare les deux pays.

- Spectacle de danse -

Au poste-frontière, on voit à nouveau des dizaines de ressortissants nord-coréens, reconnaissables aux portraits de dirigeants du régime stalinien épinglés sur leur poitrine, attendre le bus quotidien de 14H00 pour rentrer chez eux avec de volumineux ballots.

En sens inverse, M. Liu, un touriste chinois, vient de visiter la Corée du Nord deux jours avec sept amis: il s'étonne de voir à quel point le pays-ermite "est peu développé".

Les affaires reprennent aussi pour les restaurants coréens: "Le Pyongyang" propose de nouveau dans son décor de marbre des spectacles de ballades et danses interprétées en robe traditionnelle.

L'établissement à rouvert en mars, au moment où Kim Jong Un visitait Pékin pour la toute première fois, ont indiqué des serveuses à l'AFP. Autour des tables, des convives chinois et nord-coréens discutent affaires.

"Nous avons fermé notre site d'essais nucléaires. Cela montre bien notre amour de la paix!", martèle M. Kim, commerçant nord-coréen abordé par l'AFP. "Nous espérons une bonne issue des pourparlers" diplomatiques.

Le restaurant appartenait jusqu'à l'an dernier à la femme d'affaires chinoise Ma Xiaohong et à la Korea National Insurance Corporation, toutes deux visées par des sanctions américaines.

Les capitaux de l'entreprise ont ensuite été transmis à une auberge locale dont le propriétaire, actuellement en Corée du Nord, n'a pas répondu aux appels de l'AFP. Selon un employé, c'est "une couverture": suite aux sanctions onusiennes, Pékin avait exigé en janvier la fermeture des coentreprises nord-coréennes dans le pays...

- 'Contre-mesures' -

La Chine, principal alliée du régime de Kim Jong Un, représente l'essentiel du commerce extérieur nord-coréen.

Mais les trains de sanctions, bannissant les exportations de multiples biens nord-coréens, ont fait s'effondrer de 59% les échanges bilatéraux sur janvier-avril, et forcé de nombreuses entreprises de Dandong à fermer leurs portes.

Selon deux négociants locaux, entre 400 et 500 de leurs concurrents ont cessé leur activité. Si certains ont survécu, leurs volumes ont drastiquement fondu et leurs coûts flambé. 

Selon un homme d'affaires, qui a misé sur les produits textiles plus faciles à transiter, "les sanctions de Trump ont fait beaucoup de mal". Il est récemment retourné inspecter son usine de Sinuiju, de l'autre côté de la frontière où il a constaté sept coupures de courant en deux jours, raconte-t-il sous couvert d'anonymat.

Dans l'atelier textile, la gérante, Mme Tian assure respecter les mesures onusiennes, affirmant que les couturières nord-coréennes viennent "d'une autre entreprise", en vertu d'un accord passé avant l'interdiction d'embaucher de nouveaux employés.

Mais face aux demandes de précisions de l'AFP, elle bat rapidement en retrait: "Nous ne faisons que sous-louer cet espace (...) C'est une petite activité, on ne comprend pas la politique..."

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