A Francfort, éditeurs et auteurs tiennent salon en ligne

A Francfort, éditeurs et auteurs tiennent salon en ligne
Un employé de la Foire du Livre de Francfort installe des livres sur des stands avant la conférence de presse d'ouverture de l'édition 2020 de cet événement, le 13 octobre 2020

AFP, publié le jeudi 15 octobre 2020 à 16h02

Plexiglas entre auteurs et lecteurs, conférences en ligne : la Foire du livre de Francfort a sauvé son édition annuelle malgré la pandémie, mais le joyeux chahut des années passées a laissé place au silence et à la distance.

Deux jours avant l'ouverture officielle de l'illustre salon, mercredi, la direction a pris la décision de réduire drastiquement la présence de public lors des lectures et des rencontres prévues jusqu'à dimanche. 

La jauge avait initialement été fixée à 450 personnes mais avec le récent passage en "zone rouge" de la grande ville de l'ouest de l'Allemagne, plus question d'envisager des rassemblements de cette taille.

"Nous avons dû réagir immédiatement", soupire Juergen Boos, patron de la "Buchmesse".

Dans un secteur événementiel mis à genoux par la pandémie de coronavirus, le plus grand salon du livre du monde fait figure de rescapé mais a dû tout changer : finies les queues interminables pour une dédicace de Dan Brown ou Ken Follett et les conversations passionnées d'éditeurs du monde entier à la recherche du prochain best-seller.

L'édition de l'an passé avait attiré quelque 300.000 visiteurs.

-Rencontres masquées-

Au milieu de la vaste Festhalle, étrangement vide, une scène accueille toujours les entretiens avec des auteurs invités mais ceux-ci sont diffusés sur internet. Même chose pour les lectures et conférences également passées en ligne.

Alors que de nombreux professionnels du livre n'ont pu ou n'ont pas souhaité se déplacer à cause du virus, les organisateurs ont mis sur pied des plateformes numériques pour qu'éditeurs et agents puissent discuter des tendances du moment et marchander les droits de traduction.

Mais toute la manifestation n'est pas virtuelle.

Les hôtels, musées, bars et librairies de Francfort organisent des dizaines de lectures et discussions pouvant accueillir un public de 50 personnes maximum. Masques, distanciation physique et traçage du public via le recueil des coordonnées sont de rigueur.

Moyennant des précautions sanitaires, "nous devons pouvoir maintenir des rencontres personnelles", plaide M. Boos pour lequel aucun événement en ligne ne remplacera la "créativité, les rencontres fortuites et la dose de chaos" d'une grand-messe animée.

Mercredi soir, au café Walden, Christiane Decker-Eisel, 67 ans, a patiemment fait la queue pour que la romancière allemande Bov Bjerg, assise derrière un grand écran en plexiglas, signe son livre.

"Je m'intéresse à son travail et je voulais vraiment être ici", a déclaré à l'AFP cette enseignante à la retraite. "Je me sens protégée avec mon masque FFP2."

Passer à un salon essentiellement virtuel n'a pas que des inconvénients, fait valoir le directeur, permettant d'attirer un public plus large et des orateurs qui ne seraient peut-être jamais venus à Francfort.

Plus de 4.400 exposants de plus de 100 pays se sont inscrits pour participer virtuellement.

- Lecture en vogue -

Pour le public, les moments forts de la semaine incluent des entretiens avec le militant pro-démocratie de Hong Kong Joshua Wong, le lanceur d'alerte américain Edward Snowden et l'écrivain Margaret Atwood, auteure du best-seller mondial "La servante écarlate". Son pays d'origine, le Canada, devait être l'invité d'honneur de cette édition, un événement reporté à l'an prochain.

Volker Bouffier, le chef du gouvernement régional de Hesse, a salué cette semaine le "courage" des organisateurs alors qu'il aurait été "plus facile" de faire une croix sur la manifestation.

Mais l'annulation de la foire, qui remonte au Moyen Age, n'a jamais été une option, souligne son patron. 

A l'heure où de grandes manifestations du secteur, comme Londres, Bologne, ou Paris, ont été annulées, les professionnels du livre ont besoin de se retrouver pour faire le point sur leur activité, affectée, comme tant d'autres, par la pandémie.

Si la filière de l'édition se dit fragilisée par la crise, la lecture semble avoir été un exutoire pendant le confinement, notamment parmi les jeunes, suggèrent différentes enquêtes. Les ventes de livres sont en hausse dans plusieurs pays, tout comme la fréquentation des librairies qui ont rouvert.

"Lorsque les librairies ont fermé, nous avons réalisé à quel point les livres sont importants", estime Juergen Boos.

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