Accord sur le Brexit: les pêcheurs britanniques circonspects

Accord sur le Brexit: les pêcheurs britanniques circonspects
Une banderole d'une campagne "Fishing for leave" ("La pêche pour la sortie" ndlr), le 11 ocotbre 2018 sur un bateau amarré dans le port de Brixham, dans le sud de l'Angleterre

AFP, publié le vendredi 16 novembre 2018 à 20h56

Depuis longtemps partisans d'une rupture avec l'UE, les pêcheurs britanniques sont sur leurs gardes après l'accord de Brexit conclu par la Première ministre conservatrice Theresa May, qui reporte à plus tard l'épineuse question des droits de pêche.

L'enjeu est de taille pour les pêcheurs britanniques, puisque le sujet concerne les modalités mêmes de l'exercice de leur activité, à savoir les conditions d'accès aux eaux territoriales britanniques pour les pêcheurs de l'UE, et les quotas de pêche.

Le fait que le projet d'accord relègue la pêche aux discussions post-Brexit a également de quoi inquiéter certains États membres de l'UE, la France, les Pays-Bas et l'Espagne notamment, dont les flottes pêchent habituellement dans les eaux britanniques.

"Il subsiste un risque de voir surgir d'autres pierres d'achoppement d'ici au sommet extraordinaire des dirigeants européens prévu pour le 25 novembre" lors duquel l'accord doit être entériné, souligne le groupe de réflexion Eurasia Group, selon qui cette question peut potentiellement "compromettre l'accord".

Theresa May a promis que le Royaume-Uni quitterait la Politique commune de la pêche (PCP) une fois le Brexit consommé, et négocierait en tant qu'État côtier indépendant l'accès à ses eaux territoriales.

Mais en vertu de l'accord conclu entre Londres et Bruxelles, cela n'interviendra qu'après la période de transition qui suivra la date effective du Brexit (le 29 mars). Soit 21 mois de trop pour certains pêcheurs britanniques, furieux à l'idée de devoir continuer à respecter les quotas européens.

"La période de transition signifie qu'on devra toujours respecter les lois de l'UE, ce qui va permettre à l'UE d'appliquer des règlements néfastes et de massacrer ce qui reste de la flotte britannique", a fustigé Fishing for Leave, une association de pêcheurs pro-Brexit.

Qualifiant le projet d'accord de "capitulation", l'organisation a exhorté les parlementaires britanniques, qui se prononceront sur le texte, à le rejeter en faveur d'un "no deal", une sortie sans accord.

- 'Reprendre le contrôle' -

D'autres organismes professionnels ont réservé à l'accord un accueil plus mesuré. "C'est un premier pas extrêmement important vers un nouvel avenir pour le Royaume-Uni en tant qu'État côtier indépendant", a ainsi estimé la Fédération nationale des organisations de pêcheurs.

Tout en avertissant: "D'autres défis restent à relever pour garantir les accords d'accès existants et des quotas conformes à ce nouveau statut".

Certains professionnels du secteur redoutent en particulier que Theresa May finisse par accepter que les navires de l'UE continuent à opérer dans les eaux du pays en échange de la possibilité pour les pêcheurs britanniques, qui dépendent fortement des exportations vers le continent, de vendre leurs produits à l'UE sans tarifs douaniers.

"Tout lien entre l'accès (aux eaux territoriales) et le commerce (...) serait tout simplement inacceptable", a prévenu Bertie Armstrong, patron de l'Association écossaise des pêcheurs. "La priorité du secteur a toujours été de reprendre le contrôle de la prise de décisions sur qui capture quoi, où et quand dans nos eaux", souligne-t-il.

Alors que la pêche occupe une place stratégique dans l'économie de la région septentrionale du Royaume-Uni, 13 députés conservateurs écossais ont fait savoir qu'ils pourraient ne pas soutenir un accord empêchant le pays d'opérer à sa guise.

Dans la foulée, le secrétaire d'Etat britannique chargé de l'Ecosse, David Mundell, a affirmé que Theresa May, qui a besoin de chaque voix pour faire voter l'accord, très critiqué au Royaume-Uni, l'avait convaincu de son bien-fondé, et que le Brexit aurait bien "des effets positifs sur le secteur de la pêche".

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