Air France sans pilote et lestée de lourds handicaps

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Après le départ de son PDG Jean-Marc Janaillac, Air France se retrouve sans commandant de bord
Après le départ de son PDG Jean-Marc Janaillac, Air France se retrouve sans commandant de bord
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© AFP, Robin Utrecht, ANP

AFP, publié le jeudi 10 mai 2018 à 10h58

Après le départ de son PDG Jean-Marc Janaillac, le groupe Air France-KLM se retrouve sans commandant de bord, certes avec une croissance soutenue du trafic mais lestée de lourds handicaps face à la concurrence. 

Quels sont les points faibles de la compagnie ?

Dans la course avec ses grands concurrents européens, le transport aérien français a les "chaussures plombées" par des charges fiscales et sociales qui pèsent sur les marges tout comme des taxes et redevances aéroportuaires élevées, indique à l'AFP Jean-François Dominiak, président du Scara (Syndicat des Compagnies Aériennes Autonomes).

La Fédération nationale de l'aviation marchande (FNAM) souligne également des "coûts à l'heure de vol du personnel navigant français parmi les plus élevés au monde". 

Selon une enquête du Figaro publiée en avril, un commandant de bord long-courrier perçoit 130.000 euros de rémunération nette après impôts par an chez Air France (125.000 chez British Airways, BA, et 140.000 chez Lufthansa), un copilote moyen-courrier 45.000 euros contre 50.000 chez BA et 45.000 chez Lufthansa. 

Un chef de cabine perçoit 40.000 euros contre 35.000 chez BA et 30.000 chez Lufthansa, et les hôtesses et stewards 30.000 euros contre 25.000 chez BA et 20.000 chez son concurrent allemand. 

Quels ont été les résultats du groupe et de ses concurrents en 2017?

Air France, revenue dans le vert en 2015 après sept années de traversée du désert, a affiché pour 2017 de bons résultats, mais inférieurs à ceux de la concurrence européenne.

Le groupe a affiché une perte nette de 274 millions d'euros liée à une opération comptable après un changement de régime des fonds de pension aux Pays-Bas mais un bénéfice d'exploitation en hausse de 42% pour 2017 à 1,488 milliard d'euros (dont 910 millions pour KLM).

L'allemande Lufthansa a engrangé elle un bénéfice net de 2,36 milliards d'euros, en hausse de 33% sur un an.

IAG, maison mère des compagnies espagnoles Iberia et Vueling, britannique British Airways et irlandaise Aer Lingus, a de son côté dégagé un bénéfice net de 2 milliards d'euros, soit 3,6% de plus sur un an. 

"Air France est plus fragile que les autres, chaque fois qu'Air France fait des plans de productivité, ils ont un temps de retard par rapport à ce que font ses concurrents IAG et Lufthansa", estime M. Dominiak.

Le groupe a mis plus de temps que ses rivaux à relever le défi de la concurrence des grandes compagnies du Golfe et des low-cost, qui se sont taillées la part du lion en Europe et s'attaquent au marché du long courrier.

La compagnie pourrait-elle disparaître?

Le risque numéro un est une diminution de la flotte du géant qui compte aujourd'hui 171 gros porteurs (105 pour Air France et 66 pour KLM), 241 moyen-courrier (119 pour Air France, 50 pour KLM et 72 pour la low-cost Transavia) et 134 avions régionaux (dont 86 pour Air France et 48 pour KLM).

Selon M. Dominiak, "qu'Air France disparaisse, c'est un scénario possible".

En 2017, la britannique Monarch a été liquidée, l'allemande Air Berlin a fait faillite, l'ancienne compagnie nationale italienne Alitalia est sous tutelle et a été mise en vente.

L'Etat français, actionnaire minoritaire mais stratégique avec environ 14% du capital, a averti le 6 mai qu'il n'était "pas là pour éponger les dettes" ni "venir à la rescousse d'entreprises qui ne feraient pas les efforts nécessaires de compétitivité".

Comment expliquer le vote de défiance du personnel ?

"Cela fait plusieurs mois que les employés sont ulcérés par les augmentations - vraies ou fausses - des membres du Comex (comité exécutif) alors que l'ensemble du personnel - surtout le sol et les PNC (personnels navigants commerciaux)- ont fait de gros efforts depuis six ans avec le blocage des revenus et des efforts de productivité", explique à l'AFP un PNC d'Air France, qui a voté en faveur du projet d'accord salarial proposé par la direction la semaine dernière.

"Ce mépris ressenti semble être le ressort principal du vote avant même les revendications salariales", ajoute-t-il, sous couvert d'anonymat.

Selon la direction d'Air France, "en 2017, le montant global des rémunérations perçues par les membres du GEC (comité exécutif du groupe Air France-KLM) a augmenté de 3%" alors que la "masse salariale globale des membres du Comex d'Air France (...) au contraire a baissé de 13%" en 2017.

Air France compte 47.954 collaborateurs dont 30.586 personnel au sol, 13.748 PNC et 3.620 pilotes.

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