Air France, SNCF: le tourisme d'affaires éprouvé par deux mois de grèves combinées

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La gare Saint-Lazare, à Paris, lors d'une journée de grève à la SNCF en avril 2018
La gare Saint-Lazare, à Paris, lors d'une journée de grève à la SNCF en avril 2018
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© AFP, Christophe SIMON

AFP, publié le mardi 05 juin 2018 à 09h56

Les grèves SNCF et Air France, qui se conjuguent depuis deux mois, pèsent sur le tourisme d'affaires et le secteur événementiel, les professionnels craignant, au-delà d'une simple baisse d'activité, une perte d'attractivité pour la France.

Entamé le 3 avril, le mouvement des cheminots a connu ce weekend sa treizième séquence de deux jours de grève sur cinq. Et à Air France, 15 journées de grève ont été organisées entre fin février et mai.

"Il y a eu un impact des conflits sociaux" sur le tourisme, indique-t-on au Quai d'Orsay, ministère en charge du secteur : "l'impact est différencié car Paris tire très bien sa carte du jeu, mais d'autres secteurs comme le tourisme d'affaires et les séminaires, ainsi que certaines capitales régionales, ont été frappés", car très dépendants des transports.

Dans l'hôtellerie, plus que le tourisme de loisirs, "le plus touché est le tourisme d'affaires", confirme auprès de l'AFP Roland Héguy, président de la principale organisation patronale Umih.

Concernant l'activité spécifiquement liée aux congrès et aux séminaires professionnels, "on a constaté un arrêt net et significatif depuis le début de la grève, et qui va en augmentant car les entreprises ne souhaitent pas prendre de risques", souligne M. Héguy.

"On est à -50% de chiffre d'affaires sur ce segment depuis le début des grèves et ça ne bouge pas, malgré un mois de juin traditionnellement très fort pour ce tourisme-là en France. C'est un coup dur étant donné que tout se présentait bien initialement pour 2018", déplore-t-il. 

D'autant que l'hôtellerie n'a pas tout à fait retrouvé ses niveaux d'avant les attentats de 2015 en termes de RevPar, le revenu par chambre disponible qui est l'indicateur clé du secteur.

Même constat dans la filière événementielle, notamment pour "les événements d'entreprise et d'institutions, très touchés" par une baisse d'activité, indique l'Union française des métiers de l'événement (Unimev).

Elle juge que "les répercussions de ces grèves constituent un nouveau coup dur pour l'image de la destination France", et réclame "des mesures compensatrices permettant de restaurer l'attractivité événementielle française".

- "On explose le milliard d'euros" -

En France, chaque année, quelque 1.100 foires grand public et salons professionnels ainsi que quelque 2.800 congrès scientifiques sont organisés, qui se traduisent par 7,8 milliards d'euros de retombées économiques et 120.000 emplois, rappelle la filière.

"Il y a et il y aura encore des retombées en raison de l'image déplorable de la France qui a été donnée, un pays où on ne peut pas se déplacer" quand il y a des grèves, renchérit Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage qui regroupe les agences de voyage françaises.

Selon lui, "il y a aussi tout ce qu'on ne peut pas mesurer, soit les prises de décision, notamment d'étrangers qui voulaient organiser des événements en France : il est difficile de savoir dans quelle mesure ils ont finalement arbitré en faveur de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne".

S'il est difficile de chiffrer précisément le manque à gagner, le cabinet spécialisé Protourisme estime qu'"on a largement explosé le milliard d'euros" dans l'hébergement, les transports, et pour les événements professionnels annulés.

Selon son président Didier Arino, pour mai, "on est entre 5% et 10% de baisse d'activité par rapport à ce que l'on aurait pu avoir dans le tourisme d'affaires".

Autre élément qui pèse dans l'addition, la charge de travail supplémentaire générée pour les agences de voyage et les tour-opérateurs, devant faire partir à tout prix leurs clients les jours de grève.

"L'impact est considérable", résume Alain Capestan, PDG de Comptoir des Voyages, spécialiste des voyages sur mesure : il faut "modifier les réservations, changer de compagnie aérienne ou trouver un autre acheminement de la province vers Orly et Charles de Gaulle, etc".

"Cela touche le tourisme mais aussi, et c'est encore plus grave, les déplacements professionnels. Les conséquences pour Air France sont désastreuses" car les grèves "conditionnent de nouvelles habitudes de réservation vers ses concurrents, notamment sur le segment des déplacements professionnels et des voyages haut de gamme", estime M. Capestan.

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