Amaravati, la ville nouvelle "sans pareil" en Inde qui peine à prendre forme

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Photo prise le 7 avril 2018 et fournie le 22 mai par l'Etat indien d'Andhra Pradesh de la ville en construction Amaravati
Photo prise le 7 avril 2018 et fournie le 22 mai par l'Etat indien d'Andhra Pradesh de la ville en construction Amaravati
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© AFP, Handout, AP GOVT

AFP, publié le mercredi 30 mai 2018 à 09h54

Amaravati devait être une ville nouvelle "sans pareil" en Inde, une capitale régionale moderne, durable et verdoyante à l'image de Singapour. Mais faute de financement, l'utopie peine à prendre corps.

Elle compte bien en son centre un îlot de bâtiments dernier cri fraîchement construits, mais ses avenues sont désertes et, autour, la métropole espérée n'est qu'une succession de quartiers à moitié terminés au milieu de champs et de chemins de terre.

Ce rêve d'une ville idéale est né dans la douleur de la scission en 2014 de l'Andhra Pradesh, l'un des plus grands Etats indiens (Sud), dont la capitale était Hyderabad.

Une longue campagne séparatiste de six décennies avait débouché sur la naissance d'un 29e Etat, le Telangana. Il était prévu que les deux Etats partagent d'abord Hyderabad comme capitale, jusqu'à ce que l'Andhra s'en trouve une autre.

Mais les responsables de l'Etat optèrent pour l'érection d'une nouvelle capitale à 275 km d'Hyderabad, sur la rive du fleuve Krishna, dans la bourgade endormie d'Amaravati. 

Un choix qui n'était pas sans rappeler les exemples de villes parties de rien comme Canberra, Brasilia ou, plus près, Chandigarh, conçue par Le Corbusier.

D'emblée, l'ambition fut élevée. Hyderabad s'en allait? Qu'importe, l'Andhra Pradesh se doterait d'une capitale moderne à l'opposé des mégapoles polluées et chaotiques emblématiques de l'Inde.

"Ce sera une ville indienne sans pareil", claironne Sreedhar Cherukuri, responsable de l'Autorité de développement de la capitale régionale de l'Andhra.

- Central Park et Amsterdam -

L'idée est de bâtir une ville pour 3,5 millions d'habitants, avec des transports publics efficaces, comme un monorail et un métro. Des arbres devraient couvrir la moitié de la surface de la ville, offrant un poumon vert à la Central Park, dit M. Cherukuri.

Des consultants d'Amsterdam ont même été sondés sur la création d'un réseau de canaux et des experts de Singapour et du Japon ont contribué.

"Tout a été planifié jusqu'au moindre détail. Nous avons pris les meilleures idées d'une vingtaine de grandes villes", anticipe M. Cherukuri.

Mais trois ans après la pose de la première pierre par le Premier ministre Narendra Modi, le rêve semble encore très lointain.

Il y a bien quelques bâtiments flambant neufs, qui abritent notamment le siège du gouvernement, mais l'essentiel du territoire alloué reste agricole. Les projets d'aménagement des berges, les logements et les transports se font attendre.

"Nous sommes venus parce qu'il y a le projet et le potentiel pour que cela devienne une ville mondiale", raconte un responsable universitaire dans l'immense campus de la ville, où il n'y a pas un chat.

"Le développement des infrastructures est très lent", déplore-t-il sous couvert de l'anonymat.

De quoi susciter les railleries dans l'Etat voisin de Telangana. "Rien n'a été fait sur le terrain à Amaravati. C'est un rêve plus qu'une réalité", estime le parlementaire local K. Nageshwar.

- Tensions avec Delhi -

Optimiste, le ministre en chef de l'Andhra Pradesh, N Chandrababu Naidu, à l'origine du projet, avançait en 2014 que la capitale, projet sans équivalent en Inde en terme d'ampleur, pourrait être terminée en cinq ans. Aujourd'hui, plus personne ne se risque sur le calendrier.

"Je ne change aucun plan à Amaravati. Je dois juste travailler plus dur pour que cela devienne une réalité", explique à l'AFP M. Naidu.

M. Cherukuri, qui chapeaute le projet, indique que la première phase a été lancée au travers de contrats d'une valeur totale de cinq milliards de dollars.

Mais il manquerait 15 milliards pour finir le travail.

On avait un temps espéré des investissements étrangers, mais ils ne se sont pas matérialisés, raconte M. Cherukuri.

Le ministre en chef en veut, lui, au gouvernement central de ne pas avoir tenu sa promesse faite au moment de la scission d'accorder un statut spécial à la ville qui aurait permis aux financements d'arriver.

La construction de la capitale a considérablement tendu les relations avec New Delhi, au point que M. Naidu a même fait une grève de la faim en avril.

"C'est un projet prestigieux pour la Nation et nous pourrions l'exhiber au monde si le gouvernement indien nous soutenait", dit le ministre en chef.

Le ministre indien des Finances Arun Jaitley, rejette l'idée que Delhi n'aurait pas tenu parole, en affirmant que l'Andhra avait reçu tout ce qui lui avait été promis.

M. Naidu demeure globalement populaire dans l'Etat. Mais ailleurs, certains estiment que le projet pharaonique servait surtout son prestige et son ambition personnelle.

"Naidu avait clairement conçu Amaravati à des fins électorales", accuse le député K. Nageshwar. "Il ne peut plus y renoncer."

"Je ne serais pas surpris qu'il en parle encore aux élections de 2019 ou 2024."

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