Amiens: six ans après leur licenciement, les ex-Goodyear de retour aux prud'hommes

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L'avocat des 800 ex-salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord, Fiodor Rilov, dans l'auditorium du palais des congrès d'Amiens, le 28 janvier 2020
L'avocat des 800 ex-salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord, Fiodor Rilov, dans l'auditorium du palais des congrès d'Amiens, le 28 janvier 2020
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© AFP, FRANCOIS LO PRESTI

AFP, publié le mardi 28 janvier 2020 à 19h25

"Six ans après, nous obtiendrons justice!": une passe d'armes judiciaire s'est rejouée mardi devant les prud'hommes entre quelque 800 ex-salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord, qui contestent le motif économique de leur licenciement en 2014, et la direction, plaidant toujours les difficultés financières.

"Camarades, ce que nous avons vécu était d'une violence inouïe" mais "nous sommes toujours les Goodyear" et le rendez-vous d'aujourd'hui est "historique", a lancé dès 08H30 Mickaël Wamen, ex-leader CGT de l'usine, devant plusieurs centaines de personnes sur le parking du palais des congrès d'Amiens, où était délocalisée l'audience.

Entre 500 et 600 personnes -essentiellement des ex-Goodyear rejoints notamment par des salariés de l'usine Cargill d'Haubourdin (Nord), où un plan social est en préparation- ont ensuite assisté à cette audience dite "de départage", présidée par un magistrat professionnel. En octobre 2018, les quatre conseillers prud'homaux, représentant à parts égales salariés et employeurs, n'avaient pas réussi à trancher.

Spécialisée dans la fabrication de pneus agricoles, l'usine Goodyear d'Amiens-Nord avait fermé en janvier 2014, après un bras de fer de plus de six ans entre personnel et direction, entraînant la disparition de 1.143 emplois. 

Aujourd'hui, les 832 ex-salariés réclament une indemnisation au motif principalement que leur licenciement serait "sans cause réelle et sérieuse" mais aussi pour le préjudice lié au "manquement de l'employeur à son obligation de fournir du travail". 

Comme en 2018, leur avocat Fiodor Rilov a bataillé pendant plus de quatre heures, insistant sur les bénéfices à l'époque au niveau du groupe américain Goodyear, auquel appartenait Goodyear Dunlop Tires France (DGTF), dans une affaire "emblématique du refus des ouvriers de se laisser écraser à l'occasion du démantèlement de leur outil de travail, pendant que leur employeur réalise des profits colossaux".

- Démantèlement "par étapes" -

"La notion de sauvegarde de la compétitivité", invoquée par Goodyear "suppose une menace objective"; or, dans ses comptes pour 2014, le groupe "ne fait mention d'aucune contre-performance", s'est emporté l'avocat, relevant entre autres le bénéfice d'exploitation de 2014, (1,7 milliard de dollars), ou le résultat net après impôts (2,5 mds), des chiffres "record".

Goodyear a d'ailleurs pu verser "75 millions de dollars de dividendes" aux actionnaires, a-t-il assuré, citant aussi un document de la direction de l'époque qui déclarait: "grâce à cette action de fermeture, nous allons améliorer notre résultat d'exploitation dans la zone Europe à hauteur de 75 millions par an".

Il a enfin jugé que la fermeture avait été "préparée" dès 2007 avec les annonces de réorganisation du site et une baisse de la production, Goodyear procédant "étape par étape au démantèlement de l'usine" en vue de sa délocalisation.

"Oui", en 2014, la situation "était un peu en cours de redressement" mais "pas du tout à la hauteur de celle des concurrents", ni de "la dette du groupe", a répliqué Me Joël Grangé, avocat de la direction, voyant dans les "critiques artificielles" de son contradicteur une "mauvaise compréhension des comptes". 

Il a rappelé les "difficultés" depuis 2007 et le "retard" pris par cette usine "déficitaire" ainsi que le "fort endettement" du groupe avant la fermeture (5,26 mds de dollars), citant aussi un rapport du cabinet d'expertise Secafi, mandaté en 2013 par le CSE, qui confirmait "les importantes pertes en Europe" -de 22,5 millions d'euros en 2012 ndlr- de l'activité agraire du groupe.

"La direction a tout tenté" pour "éviter ce drame", a-t-il dit, racontant longuement les étapes du feuilleton et l'échec des négociations avec les syndicats. Lors de sa plaidoirie, des murmures désapprobateurs ou exclamations de colère se sont parfois fait entendre.

A la sortie, Mickaël Wamen (CGT) a critiqué "une défense agressive, provocante", qui "n'avait pas grand-chose à défendre", se disant "très confiant sur l'issue" et promettant d'aller "jusqu'au bout". 

"Ça me fait un peu peur", a au contraire confié Pascal Leclerc, "33 ans chez Goodyear", jugeant la défense "bien ficelée". "J'ai perdu ma maison, j'ai plus un radis" et "j'ai besoin d'une réponse", a-t-il dit, craignant de "s'accrocher à une chimère".

La décision a été mise en délibéré au 28 mai.

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