Antoine Frérot, l'eau à la bouche

Antoine Frérot, l'eau à la bouche
Le PDG de Véolia Antoine Frérot, le 10 janvier 2018 à Paris

AFP, publié le lundi 12 avril 2021 à 17h23

Sous ses airs flegmatiques, Antoine Frérot s'est révélé un stratège redoutablement pugnace: au terme d'un bras de fer de huit mois, le PDG de Veolia est arrivé à ses fins et s'offre son rival de toujours, Suez.

Sous ses airs flegmatiques, Antoine Frérot s'est révélé un stratège redoutablement pugnace: au terme d'un bras de fer de huit mois, le PDG de Veolia est arrivé à ses fins et s'offre son rival de toujours, Suez.

"Ce projet a la force de l'évidence" et va dans "le sens de l'histoire", avait affirmé Antoine Frérot dès le dimanche 30 août 2020, lorsque son groupe, leader mondial de l'eau et des déchets, avait proposé à Engie de lui racheter les 29,9% qu'il détenait dans Suez.

Le temps lui a donné raison: les deux fleurons français des services à l'environnement ont annoncé le 12 avril être parvenus à un accord pour leur rapprochement, ce dont M. Frérot s'est dit "particulièrement heureux" dans un communiqué.

"Le temps de l'affrontement est terminé, le temps du rapprochement commence", a mis en avant le PDG de 62 ans - dont 30 chez Veolia - à l'abord affable mais qui n'a pas mâché ses mots dans cette bataille judiciaire, médiatique et boursière avec la direction de Suez, qu'il a accusée de vouloir préserver ses ambitions personnelles au mépris de l'intérêt du groupe.

En menant à bien cette opération sur Suez, Antoine Frérot a réussi un coup maintes fois tenté, notamment en 2006 par l'ex-PDG de Veolia Henri Proglio, alors allié à l'italien Enel.

"C'est une victoire personnelle qui remonte à loin, il cherche ce rapprochement depuis des années et il n'a jamais imaginé que cela ne puisse pas se faire. J'utiliserais les mots d'opiniâtreté et de pugnacité pour le définir. Il a imposé son rythme dans toute cette affaire", estime auprès de l'AFP Emmanuel Autier, associé Energie au cabinet BearingPoint.

Pour lui, le PDG de Veolia "savait où il voulait aller et il s'en est donné les moyens, tout en ayant une certaine bonhomie et une certaine rondeur qui sont des qualités plus que des défauts".

"Antoine Frérot était déterminé à mener cette affaire à terme et il l'a menée jusqu'au bout", renchérit Alain Bonnet pour FO Veolia, représentant syndical adjoint au comité de groupe. Christian Chavatte, également représentant syndical FO groupe, évoque un PDG "plutôt ouvert au dialogue, courtois et accessible".

- "Le braquage parfait" -

"Je l'ai beaucoup côtoyé quand il était patron de l'eau en France et continue de le côtoyer. Il fait partie des rares patrons du CAC 40 à participer aux comités de groupe. Je retiens surtout qu'on avait construit un accord inter-entreprises emblématique en 2008, plutôt bon pour les salariés, qui permettait d'harmoniser les différentes conventions collectives. Il a permis a minima aux nouveaux entrants d'avoir les mêmes droits", ajoute-t-il. 

Du côté de Suez, le discours est plus amer: Antoine Frérot "réalise le braquage parfait, il achète 29,9% (de Suez) et il ressort avec 70%! Il a vraiment tué le concurrent. Il a su saisir l'occasion, ou la créer, j'hésite entre les deux. Et il avait les réseaux qu'il fallait", dit à l'AFP Franck Reinhold von Essen, secrétaire CGT du comité d'entreprise européen de Suez.

Entré en 1990 comme chargé de mission à la Compagnie générale des eaux (qui deviendra Vivendi Environnement puis Veolia Environnement), Antoine Frérot en a gravi tous les échelons jusqu'à devenir PDG en 2010.

Étiqueté "dauphin" d'Henri Proglio, ce polytechnicien, ingénieur des ponts, eaux et forêts, mettra cependant moins d'un an pour s'émanciper de son prédécesseur qu'il avait suivi pendant 20 ans: il engagera une restructuration radicale du groupe de services, via notamment une dépréciation d'actifs pour 800 millions d'euros.

Afin de désendetter l'entreprise, il va également la recentrer sur un nombre plus réduit de pays et céder des activités, dont l'emblématique branche de transports publics.

Antoine Frérot a également résisté à deux tentatives de débarquement, une première en 2012 initiée selon la presse par Henri Proglio qui souhaitait mettre à sa place l'ancien ministre Jean-Louis Borloo, et une deuxième en 2014 orchestrée par l'un de ses principaux actionnaires, le groupe Marcel Dassault.

Ce père de trois filles est également un passionné d'art moderne.

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