Après l'investiture de Poutine, les acteurs économiques espèrent des réformes

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Les milieux économiques espèrent des réformes urgentes du nouveau gouvernement du président Vladimir Poutine, qui a affiché d'ambitieux objectifs de croissance pour son quatrième mandat sans annoncer aucune mesure concrète
Les milieux économiques espèrent des réformes urgentes du nouveau gouvernement du président Vladimir Poutine, qui a affiché d'ambitieux objectifs de croissance pour son quatrième mandat sans annoncer aucune mesure concrète
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© AFP, YURI KOCHETKOV, POOL

AFP, publié le dimanche 06 mai 2018 à 13h05

Infrastructures, éducation, investissements... Les milieux économiques espèrent des réformes urgentes du nouveau gouvernement du président Vladimir Poutine, qui a affiché d'ambitieux objectifs de croissance pour son quatrième mandat sans annoncer aucune mesure concrète. 

Tandis que les relations avec l'Occident sont extrêmement tendues et que les sanctions américaines incommodent l'économie russe comme jamais, le nouveau gouvernement va devoir donner un nouveau souffle à la croissance économique afin de remplir les objectifs affichés par le président devant le Parlement, début mars.

Lors de son dernier grand discours avant l'élection présidentielle, Vladimir Poutine a fixé comme objectif de diviser par deux en six ans un taux de pauvreté "inacceptable", en investissant notamment dans les infrastructures, le logement et la santé.

Il a aussi promis une croissance de 4% contre des prévisions plafonnant de 1 à 2%, malgré une stabilisation de l'économie après la récession de 2015-2016.

Mais le président n'a rien dit des moyens mis en oeuvre pour atteindre ces objectifs et résoudre les problèmes, surtout d'ordre structurel, qui freinent la croissance.

Les milieux économiques espèrent que "des réformes concrètes, des plans de développement avec des étapes réelles" seront esquissés après son investiture le 7 mai, indique à l'AFP Oleg Kouzmine, analyste à la société financière Renaissance Capital.

- Petites étapes -

Ces dernières années, le gouvernement a surtout axé sa politique sur la rigueur budgétaire et monétaire, afin d'éviter des dérapages du déficit ou de la dette, dans un pays encore traumatisé par sa crise financière de 1998. 

Pour le nouveau mandat de Vladimir Poutine, les conditions semblent réunies pour lancer des réformes.

Parmi celles désirées par les acteurs économiques, des mesures "visant à résoudre la faiblesse du marché de l'emploi et la dynamique démographique défavorable" sont prioritaires, ainsi que celles portant sur l'éducation et la santé, indique M. Kouzmine. Un soutien aux investisseurs serait aussi le bienvenu ainsi que le financement du développement des régions russes, ajoute-t-il. 

Grâce à la maîtrise de l'inflation, longtemps bête noire de l'économie russe, ces objectifs pourraient être "plus réalisables que par le passé", espère Renaissance Capital.

Selon Chris Weafer, fondateur de la société de conseil Macro Advisory, des "débats publics sur le financement d'infrastructures, les taxes, les dépenses publiques dans les domaines de l'éducation et de la santé" devraient avoir lieu au début du mandat.

Mais "il n'est pas réaliste" d'espérer des réformes en profondeur, souligne-t-il. "Vladimir Poutine a obtenu un mandat d'un peuple qui s'est dit plus ou moins satisfait de la façon dont le pays est dirigé", rappelle-t-il.

"Les réformes en Russie avancent et vont continuer à avancer par petites étapes afin de ne pas prendre le risque de conséquences inattendues ou de l'instabilité", note-t-il.

- Koudrine, le réformateur -

Une fois investi, le président devrait rapidement nommer un gouvernement, où l'ex-ministre des Finances Alexeï Koudrine, respecté par les milieux d'affaires et parfois écouté par Vladimir Poutine, pourrait avoir un rôle, au minimum de conseiller, selon plusieurs observateurs.

Cet homme de 57 ans, qui s'est dit prêt à aider "à condition qu'on ne s'arrête pas aux demi-mesures", pourrait appeler à lancer un "programme ambitieux de réformes, le seul moyen pour lui d'éviter une longue période de stagnation", estime M. Weafer.

Proche du président russe pendant la dernière campagne électorale, Alexeï Koudrine n'a pas peur des mesures qui déplaisent: il prône la baisse de 30% en six ans du nombre de fonctionnaires russes et l'augmentation de l'âge de départ à la retraite, à 63 ans.

Pour l'instant fixé à 55 ans pour les femmes et 60 pour les hommes, un héritage de l'URSS, cet âge est parmi les plus bas du monde. Vu le déclin démographique, le système des retraites représente un poids croissant pour le budget fédéral malgré la faiblesse des pensions.

M. Koudrine appelle aussi à la création de classes de technologie dès l'enfance afin de créer "deux millions de développeurs supplémentaires pour digitaliser l'économie", se faisant l'écho des espoirs des milieux d'affaires.

"Changez le système éducatif secondaire et supérieur. Nous n'avons pas besoin d'autant d'avocats, nous avons besoin d'experts en technologie", a ainsi supplié Oleg Tinkov, fondateur et président du conseil d'administration de la banque Tinkoff.

S'il obtient la confiance du gouvernement, M. Koudrine devra lutter pour appliquer ses réformes contre la traditionnelle frilosité de l'Etat russe pour toute réforme d'ampleur.

"Le président Poutine est clairement favorable à une approche plus prudente", souligne M. Weafer. "Même lors des années de croissance, il était opposé à un haut niveau de dette, en raison des conséquences en termes de sécurité nationale".

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