Après le Brexit, des ajustements plus ou moins compliqués dans les échanges commerciaux

Chargement en cours
Contrôle des papiers d'un camion au port de Douvres le 4 janvier 2021
Contrôle des papiers d'un camion au port de Douvres le 4 janvier 2021
1/3
© AFP, Glyn KIRK

AFP, publié le mercredi 06 janvier 2021 à 13h30

Plus de sandwichs dans les rayons d'un supermarché britannique emblématique à Paris, impossibilité pour les Britanniques d'accéder à leurs séries préférées en streaming sous le soleil espagnol, approvisionnements suspendus, complications fiscales...  Des entreprises et des consommateurs font face à une série de couacs dans les échanges commerciaux trans-Manche, quelques jours après le Brexit.

- Approvisionnement déréglé

L'accord conclu in extremis entre Londres et Bruxelles ne prévoit ni quota ni droits de douanes mais la libre circulation des biens entre les pays de l'UE et le Royaume-Uni est révolue, sauf entre l'Espagne et Gibraltar, ainsi qu'entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande.

De nouvelles formalités sont en place et des difficultés se font parfois sentir. Six chargements ont été refusés par exemple vendredi dans le port de Holyhead au Pays de Galles, car ils n'étaient pas en règle.

L'Irlande du Nord bénéficie de dispositions douanières spécifiques. Les produits agroalimentaires arrivant depuis la Grande-Bretagne nécessitent toutefois de nouvelles formalités et des contrôles, ce qui semblait entraîner quelques perturbations. 

"Un nombre restreint de nos produits sont temporairement indisponibles pour nos clients en Irlande du Nord en attendant que les arrangements transfrontaliers soient confirmés", a indiqué un porte-parole de la chaîne de supermarchés Sainsbury's. "Nous travaillons dur pour retrouver bientôt notre gamme complète habituelle".

En France, l'approvisionnement alimentaire des emblématiques magasins britanniques Marks & Spencer était très perturbé mardi, en raison des nouvelles règles sur l'exportation entre la Grande-Bretagne et l'UE. Dans l'enseigne du boulevard Montmartre, au coeur de Paris, les clients font grise mine devant les rayons vides de plats préparés: "C'est désert, c'est triste. Je n'ai pas du tout imaginé que cela pourrait avoir ce genre de répercussions", déplore auprès de l'AFP Anne, une architecte venue faire quelques courses. 

"Certains de nos produits mettent un peu plus de temps à arriver en magasin mais nous travaillons (...) pour améliorer rapidement cela", a expliqué Robbie Hynes, responsable communication.

- La TVA complique les expéditions

Des détaillants européens rencontrent également des difficultés pour commercialiser leurs produits auprès des Britanniques en raison d'un changement des règles concernant la TVA.

Depuis le 1er janvier 2021, le Brexit impose des déclarations en douane pour tous les colis entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Les marchandises envoyées sont soumises à la TVA. Par ailleurs, pour les marchandises envoyées par des commerçants directement à des consommateurs au Royaume-Uni, d'une valeur inférieure à 135 livres, la TVA britannique doit être payée par l'expéditeur. Au-dessus de cette valeur, elle est payée par le destinataire.

Nombre de commerçants doivent donc revoir leurs procédures. C'est le cas par exemple du site finlandais spécialisé dans la vente d'équipements de plein air Scandinavian Outdoor. "Passer commande sera possible dès que notre immatriculation à la TVA britannique et l'ensemble du processus de vente au Royaume-Uni dans le cadre post-Brexit seront réglés!", indique-t-il.

Les transporteurs, eux, répercutent les coûts engendrés par ces nouvelles formalités. Le spécialiste de la livraison express DHL répercute ainsi une "surtaxe Brexit" de 0,25 euro par kilo de marchandise expédiée. "Au niveau européen, nous avons embauché 1.000 personnes supplémentaires pour s'occuper des déclarations liées au Brexit, ce qui est assez significatif", explique à l'AFP Philippe Prétat, PDG de DHL France. 

De son côté, le groupe français La Poste applique "un supplément de quelques euros par colis à leurs clients e-commerçants". Commerçants qui peuvent à leur tour répercuter le coût sur les consommateurs.

- Streaming limité

Les Britanniques qui voyagent dans les pays de l'UE, ou qui y ont une résidence secondaire par exemple pour passer l'hiver dans un climat ensoleillé, ne peuvent plus regarder leurs émissions préférées en streaming. 

Les abonnés au service d'Amazon Prime et aux chaînes du groupe Sky TV profitaient jusqu'à présent d'un accès à leurs programmes lors de leurs déplacements au sein de l'UE, en vertu des règles européennes instaurant un marché numérique unique. Accès qui a pris fin dès l'entrée en vigueur du Brexit le 1er janvier.

- Duty free?

Certains voient toutefois le verre à moitié plein.

Du côté de l'Italie, on n'observe pas pour l'heure de dysfonctionnements commerciaux. Pour Marcello Minenna, le directeur général de l'Agence des douanes et des monopoles, le Brexit peut même "s'avérer être une opportunité de rendre le système douanier italien encore plus efficace". 

Selon ses  estimations, les coûts liés aux formalités douanières peuvent être réduits d'environ 20%, en créant par exemple des "zones franches douanières" avec exemption des droits de douane et de la TVA pour les marchandises importées par les entreprises qui s'y installent.

Afin de tirer avantage du Brexit, la maire de la ville de Calais Natacha Bouchart souhaite, quant à elle, mettre en place un système de "duty free" dans l'ensemble de la "ville frontière" afin de soutenir les commerces et attirer de nouveaux visiteurs.

Depuis le 1er janvier, les voyageurs britanniques sont autorisés à effectuer des achats dans les boutiques "hors taxes" installées notamment dans les aéroports et les ports.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.