Après Telecom Italia, Elliott s'attaque à une nouvelle proie

Après Telecom Italia, Elliott s'attaque à une nouvelle proie
Le fonds Elliott Management a été créé par le milliardaire américain Paul Singer, ici le 11 décembre 2014 à New York

AFP, publié le lundi 07 mai 2018 à 18h02

Moins d'une semaine après avoir remporté une victoire chez Telecom Italia contre Vivendi, le fonds d'investissement Elliott Management a lancé lundi une offre publique d'achat (OPA) sur le groupe de santé américain Athenahealth qu'il veut retirer de la cote.

Elliott, qui détenait déjà 8,9% du capital, veut prendre le contrôle total de l'entreprise, valorisée à 6,9 milliards de dollars, dette comprise, selon le texte de son offre rendue publique.

Athenahealth a indiqué de son côté qu'il allait étudier cette offre "non sollicitée".

S'il critique la stratégie en place et demande des économies et des changements, dont le recrutement d'un président indépendant du conseil d'administration, le fonds adopte un ton conciliant qui tranche avec les invectives ayant fait sa réputation dans d'autres assauts par le passé.

"Nous estimons que notre proposition représente la meilleure stratégie pour l'avenir d'Athenahealth, ses actionnaires et ses employés", fait valoir Elliott, dans ce document adressé au conseil d'administration à qui le fonds promet de relever le prix d'achat de façon "substantielle" si besoin.

"Nous pensons que nous pouvons relever de façon substantielle le prix proposé après un audit supplémentaire" (des comptes), précise Elliott, qui a proposé 160 dollars par titre Athenahealth, ce qui représente une prime de 26,9% comparé au cours de clôture de l'action vendredi soir à Wall Street.

L'OPA d'Elliott intervient six mois après que le fonds a approché la direction d'Athenahealth pour lui proposer de racheter l'entreprise.

- Coup de maître -

"L'entreprise a malheureusement refusé de discuter avec nous ou avec d'autres parties pour explorer les opportunités possibles, dont sa vente, afin de maximiser de la valeur (pour les actionnaires, NDLR). En conséquence, nous avons décidé de formaliser et de rendre publique notre offre d'acquérir la société", explique Elliott.

Athenahealth offre divers services de santé, dont l'assurance pour les particuliers et la gestion de dossiers médicaux pour les hôpitaux.

A Wall Street, le titre Athenahealth gagnait 20,56% à 151,88 dollars vers 14H50 GMT. 

"Comme prochaine étape, nous serions heureux de discuter de notre proposition avec Jonathan (Bush, le PDG) et le conseil d'administration et d'expliquer pourquoi nous pensons que notre offre maximise de la valeur pour les actionnaires, y compris pour les salariés-actionnaires", insiste Jesse Cohn, un des associés de la firme.

Elliott fait partie de la quinzaine de fonds activistes qui bousculent les entreprises à travers le monde, en prenant une participation au capital et en exigeant des directions d'adopter à leurs "remèdes" pour dégager de juteux dividendes pour les actionnaires. 

Traditionnellement quand ils rencontrent de la résistance, ils menacent de couper des têtes et de remplacer les membres du conseil d'administration avec le concours de grands actionnaires.

Cette tactique a fonctionné vendredi dernier chez Telecom Italia où Elliott a réussi un coup de maître en gagnant contre Vivendi dans la bataille pour le contrôle de l'opérateur historique italien.

Si Elliott parvenait à ses fins chez Athenahealth, le fonds, fondé en 1977 par le milliardaire américain Paul Singer et gérant pour quelque 35 milliards de dollars d'actifs, confirmerait sa boulimie qui en a fait l'actionnaire le plus remuant depuis 2017, selon la banque Lazard qui dans cette affaire est le conseil d'Athenahealth.

En 2015, Elliott s'en était pris à l'empire sud-coréen Samsung, contestant en tant qu'actionnaire minoritaire les termes financiers de la fusion de deux unités de Samsung, Cheil Industries et C&T. 

Ce bras de fer avait débouché quelques mois plus tard sur un retentissant scandale de corruption et d'abus de biens sociaux impliquant Lee Jae-Yong, le petit-fils du fondateur, et qui a provoqué la chute de l'ex-présidente du pays Park Geun-Hye.

Le fonds d'investissement est également connu pour ses relations tendues avec les gouvernements de pays en difficulté, dont il rachète les dettes en raison des hauts rendements qui y sont attachés. Ses échanges musclés avec Cristina Kirchner, l'ancienne présidente de l'Argentine, sont légendaires.

Son intérêt pour ces pays fragilisés financièrement et ses méthodes de négociation particulièrement dures lui ont valu le surnom de fonds "vautour".

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