ArianeGroup va supprimer 2.300 emplois d'ici à 2022, annonce la direction

ArianeGroup va supprimer 2.300 emplois d'ici à 2022, annonce la direction
Alain Charmeau, PDG d'ArianeGroup le 12 juillet 2018 au Haillan, en Gironde

AFP, publié le lundi 12 novembre 2018 à 18h07

ArianeGroup va supprimer 2.300 emplois (équivalent temps plein) d'ici à 2022 en raison de la fin du développement d'Ariane 6 et d'un contexte européen défavorable, a-t-on appris lundi auprès de la direction.

Cette réduction d'effectifs, "qui vise à éviter un plan social", est accompagnée d'"un plan de compétitivité touchant tous les domaines d'activité de l'entreprise", a-t-on indiqué de même source en précisant qu'ArianeGroup emploie actuellement 9.000 personnes en France et en Allemagne.

ArianeGroup, la co-entreprise Airbus-Safran créée en 2014 pour développer Ariane 6, pointe "une forte concurrence déséquilibrée, menée par des entreprises américaines fortement soutenues par un volume de commandes institutionnelles important".

Le groupe déplore "l'absence de préférence européenne actée pour les lancements institutionnels, associée à un volume très faible de commandes".

"La fin du développement d'Ariane 6 conduit à une forte réduction de la charge d'ingénierie d'ici à 2022, en attente de la confirmation de nouveaux projets européens à décider fin 2019", selon la direction qui évalue "cette réduction de la charge de travail et le besoin compétitivité accru" à 2.300 emplois (équivalents temps plein).

Le groupe souligne qu'il a effectué environ 1.500 embauches en trois ans en France et en Allemagne "pour renouveler les compétences dans des domaines critiques". 

Il précise que la réduction d'effectifs reposera notamment sur le non-remplacement de départs à la retraite, une incitation à la mobilité interne, notamment vers les maisons-mères Airbus et Safran, et la recherche de partenariats avec d'autres acteurs de l'aéronautique et de la défense.

La création de la société SpaceX d'Elon Musk, menant de front lancements institutionnels et lancements commerciaux avec son Falcon 9, a bouleversé le paysage. SpaceX a détrôné Arianespace en nombre de lancements en 2017 et l'écart s'est creusé en 2018.

L'Europe spatiale a décidé de construire Ariane 6, un lanceur plus compétitif pour résister à l'arrivée sur le marché commercial des lanceurs américains, et dont le coût de production sera 40% moins élevé que celui d'Ariane 5.

Le vol inaugural de la future fusée européenne est prévu en 2020.

Mais Ariane 6 n'a reçu à ce jour que trois commandes institutionnelles (deux Galileo et CSO-3), précise le groupe en soulignant que "toutes les grandes nations spatiales (USA, Chine, Inde, Russie, Japon) réservent leurs missions institutionnelles aux lanceurs nationaux qu'ils financent et ferment leurs marchés à la concurrence".

"Les Américains ont décidé, n'ayons pas peur des mots, de faire la peau aux Européens", a dénoncé dans une lettre d'information interne le syndicat CFE-CGC du groupe, regrettant que "les acteurs de la filière spatiale européenne (aient) décidé tardivement de faire Ariane 6 et de regrouper l'industrie autour d'ArianeGroup".

"La direction espère que près de 1.000 salariés partiront en plus des 1.300 au titre de l'attrition naturelle. Mais il faudrait être naïf pour croire que ces départs seront cohérents avec les besoins en compétences", ajoute le syndicat.

"L'objectif de réduction de capacité de 2.300 ETP prend en compte, par anticipation, les décisions les plus probables de la future conférence ministérielle de 2019" des 22 Etats membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) "mais il pourrait être révisé en fonction des résultats", précise ArianeGroup.

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