Arianespace ne veut pas d'un "espace Far West" contrôlé par SpaceX

Arianespace ne veut pas d'un "espace Far West" contrôlé par SpaceX
Ariane

Orange avec Boursier.com, publié le jeudi 27 mai 2021 à 21h45

Le PDG d'Arianespace, Stéphane Israël, dénonce les risques de monopole de SpaceX sur les satellites de communication. "Nous voulons un espace qui reste accessible aux activités humaines (...) mais nous refusons un espace Far West", a-t-il affirmé.

Le PDG d'Arianespace, Stéphane Israël, dénonce les risques de monopole de SpaceX sur les satellites de communication. "Nous voulons un espace qui reste accessible aux activités humaines (...) mais nous refusons un espace Far West", a-t-il affirmé.

Le patron d'Arianespace a dénoncé jeudi le "risque de monopolisation" de l'espace par le groupe américain SpaceX, créé par Elon Musk.

L'envoi massif de satellites en orbite basse par SpaceX pour sa constellation Starlink depuis 2019, créée un "risque de monopolisation de fait" de l'espace, qui nuit au caractère durable de son exploitation, a ainsi mis en garde le PDG d'Arianespace, Stéphane Israël.

Lors d'une conférence à Genève sur la place de l'espace dans les objectifs de développement durable fixés par l'ONU, le dirigreant a affirmé que "nous voulons un espace qui reste accessible aux activités humaines (...) mais nous refusons un espace Far West. C'est vraiment notre responsabilité de faire en sorte que l'orbite basse (inférieur à 1.000 kilomètres de la Terre, ndlr) soit durablement praticable", a-t-il plaidé.

Plus de 35% des satellites actuellement en orbite appartiennent déjà à SpaceX

Le projet Starlink conçu par Elon Musk, le patron et fondateur de SpaceX et de Tesla, prévoit le lancement de 12.000 (et à terme 42.000) mini-satellites en orbite basse, en vue de fournir un service d'Internet à haut débit partout sur la planète, y compris dans les zones les moins densément peuplées.

Sur plus de 9.000 satellites placés en orbite depuis 1957, "Space X a déjà déployé 1.677 satellites pour Starlink, ça veut dire qu'aujourd'hui, sur tous les satellites en opération, 35% appartiennent à un homme, Elon Musk, et si vous prenez les satellites de plus de 50 kg, c'est plus de 50%", a indiqué M. Israël.

Plusieurs collisions évitées ces dernières années

Il a mis en garde contre le "risque de monopolisation de fait, de sorte de droit du premier occupant". "C'est un peu sur quoi mise notre compétiteur, qui déploie à flux très accéléré les satellites de Starlink et essaie de créer une situation qui le met dans un rapport de force favorable par rapport aux autorités des régulation, notamment la FCC (la Commission fédérale des communications américaine, ndlr), pour obtenir les droits associés", a-t-il estimé.

Plusieurs collisions ont déjà été évitées ces dernières années, dont au moins deux impliquaient des satellites Starlink, a poursuivi Stéphane Israël, estimant que "très vite on peut se retrouver dans un scénario catastrophique qui rendrait cette orbite impraticable".

Les déclarations de Stéphane Israël intreviennent à un moment où la crise du coronavirus a retardé les lancements et certaines commandes pour Arianespace et ArianeGroup (co-entreprise d'Airbus et Safran). Le nouveau lanceur européen Ariane 6, qui décollera de la base de Kourou en Guyane française, a aussi pris du retard en raison de la crise sanitaire. Il devrait effectuer son premier lancement au 2e semestre 2022, après l'avoir prévu initialement en 2020 puis en 2021.

Arianespace met en orbite la constellation OneWeb

L'orbite basse est l'objet de toutes les convoitises avec de nombreux projets, parmi lesquels celui de OneWeb, dont les satellites sont conçus et fabriqués par Airbus et leurs lancements assurés par Arianespace. Ce jeudi, était ainsi prévu le lancement de 36 satellites Internet OneWeb sur une fusée Soyouz lancée depuis le cosmodrome de Vostochny dans l'est de la Russie. La constellation sera ainsi portée à 218 satellites.

Créé par l'homme d'affaires américain Greg Wyler, OneWeb a connu des déboires en 2020, passant par la case faillite aux Etats-Unis, avant d'être relancé via le soutien du gouvernement britannique et du groupe indien Bharti Global, ainsi qu'une prise de participation de 24% par le français Eutelsat.

Le 3e grand projet de constellation de mini-satellites en orbite basse est lui aussi américain, bien que moins avancé. Il est né à l'initiative de Jeff Bezos, le patron multi-milliardaire d'Amazon, qui prépare sa constellation Kuiper qu'il compte lancer avec ses futures fusées New Glenn.

Un projet européen de constellation dans les cartons

Stéphane Israël plaide de longue date pour que l'Europe lance sa propre constellation de satellites en orbite basse. Il y a six mois, Bruxelles s'est engagé dans cette voie, en demandant à Eutelstat de mener une étude technique pour le projet européen.

Le Commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, a cependant vivement critiqué cette semaine la prise de participation d'Eutelstat dans Oneweb, estimant qu'elle risquait de compromettre l'engagement du groupe français dans le projet européen de constellation, moins avancé.

Il indiqué que la Commission analysait l'accord passé avec OneWeb pour vérifier qu'il ne violait par leur contrat. Eutelstat s'est défendu en estimant que les deux constellations ne seraient pas concurrentes, et qu'elles feraient contrepoids à Starlink d'Elon Musk.

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