Arrêt d'Autolib', fiasco de Vélib': à Paris, la mobilité en panne

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Véhicule électrique Autolib' au Trocadéro à Paris le 29 novembre 2012
Véhicule électrique Autolib' au Trocadéro à Paris le 29 novembre 2012
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AFP, publié le jeudi 21 juin 2018 à 17h53

Paris a remisé au garage jeudi le service d'autopartage Autolib' : après le fiasco des Vélib, c'est un nouveau revers des tentatives de fluidifier la circulation dans la capitale, dont le dernier exemple est le lancement de trottinettes électriques.

Le Syndicat Autolib' Vélib' Métropole (SAVM), qui regroupe une centaine de communes de la métropole, a approuvé la résiliation du contrat accordé au groupe Bolloré pour Autolib' et ses petites voitures grises électriques en libre-service.

Autolib' est victime d'un endettement pharaonique, estimé par Bolloré à 293,6 millions d'euros jusqu'à la fin du contrat en 2023, dont 233 millions que doivent payer les collectivités, selon le groupe. "Abracadabrantesque", répond la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, qui préfère donc résilier le contrat, ce qui laisse augurer d'une longue bataille judiciaire.

Lancé en fanfare en 2011 comme une "première mondiale", Autolib' devait révolutionner Paris, engagé dans une politique de limitation du trafic des voitures particulières. Sans aucun fonds publics, il devait même dégager un bénéfice "d'au moins 56 millions d'euros par an", selon le SAVM.

Les clients ont afflué (plus de 150.000 abonnés à ce jour) mais, malgré les promesses, la rentabilité n'a jamais été au rendez-vous, le service subissant de plein fouet une concurrence tous azimuts: les voitures avec chauffeur, les scooters et vélos en libre-service, les services d'autopartage ou de location Drivy, Ubeeqo, Zipcar, Citiz, Communauto...

La mort annoncée d'Autolib' est à contre-sens d'une tendance mondiale vers une mobilité faite de partages, comme le démontre l'actuel lancement aux Etats-Unis d'"Uber rent", service de location de voitures entre particuliers.

C'est "dommage parce que ça ne va pas dans le sens de l'Histoire" qui est de "mettre des véhicules à disposition pour tout le monde", a regretté jeudi le ministre de l'Environnement Nicolas Hulot.

Une tendance dans laquelle s'engouffre l'américain Lime, qui lance vendredi un service de trottinettes électriques en libre-service à Paris, dans deux arrondissements centraux pour commencer. "En bonne entente avec la mairie", prend soin de préciser la société, après que San Francisco a mis un frein à la prolifération de ces trottinettes, souvent dangereuses pour les piétons.

Il y a quatre jours, une pétition a été lancée sur change.org pour demander le "maintien du service public Autolib'", signée par plus de 20.000 personnes jeudi midi.

- "Sortir de l'auto-solisme" -

La fin d'Autolib' est d'autant plus cinglante que le service devait s'inscrire dans la politique très décriée de Mme Hidalgo visant à limiter les voitures dans Paris, afin de débloquer une circulation de plus en plus chaotique et de lutter contre la pollution.

Début juin, pour la quatrième fois en moins d'un an, la région parisienne a enregistré un record d'embouteillages, avec 588 kilomètres de bouchons cumulés.

"Il faut que l'on ait des offres pour sortir de l'auto-solisme où chacun a sa voiture pour se déplacer", reconnaît Matthieu Orphelin, député LREM, parti du président Emmanuel Macron. "Développer les offres de mobilité alternative, c'est l'avenir", plaide ce proche de Nicolas Hulot. 

L'échec d'Autolib' fait suite aux ratés de Vélib', service d'autopartage de deux-roues, électriques ou non.

Alors que Vélib faisait depuis 2007 la fierté de la capitale française, les bugs multiples se sont multipliés depuis l'attribution du service, en début d'année, à un nouvel opérateur Smovengo.

La société avait promis pour la fin mars l'implantation de 1.400 stations opérationnelles de vélos. Il n'y en a aujourd'hui que 699, suscitant l'ire des quelque 200.000 abonnés.

L'enterrement d'Autolib' est ainsi une épine de plus dans le pied d'Anne Hidalgo, déjà dénoncée comme la maire "antivoitures" alors qu'approchent les élections municipales de 2020, où elle compte briguer un nouveau mandat.

Une de ses plus farouches opposantes, l'ancienne ministre de droite Rachida Dati, a ainsi saisi l'opportunité d'une nouvelle salve contre la maire. 

"On nous a dit moins de voitures et plus de transports alternatifs. Là, on nous dit plus de voiture, mais il n'y a plus de transports alternatifs. On n'a plus Velib' et Autolib'", raille-t-elle. "On fait quoi ? On va revenir aux années 1950 : métro, tram, train. C'est ce que l'on veut ?"

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