Assurance-chômage : la petite phrase d'Emmanuel Macron qui fait bondir les partenaires sociaux

Assurance-chômage : la petite phrase d'Emmanuel Macron qui fait bondir les partenaires sociaux©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 22 février 2019 à 15h09

Syndicats et patronat sont d'accord sur au moins une chose : ils n'ont pas du tout apprécié les propos du chef de l'Etat concernant l'échec des discussions sur l'assurance-chômage.

Le chef de l'Etat s'était pourtant engagé à cesser ses "petites phrases"... Les responsables syndicaux et patronaux ont unanimement rejeté le procès en irresponsabilité intenté contre eux par Emmanuel Macron après l'échec de la négociation sur l'assurance chômage, après trois mois de discussions.

"On est dans un drôle de système tout de même où chaque jour dans le pays, on dit 'corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire' et quand on donne la main, on dit 'pardon Monsieur, c'est dur, reprenez-la", a estimé le président jeudi.

"Rechercher des boucs émissaires peut être tentant"

La réaction du secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, ne s'est pas fait attendre. Il a rapidement répliqué que "rechercher des boucs émissaires peut être tentant à court terme mais contreproductif pour l'avenir". "La démocratie sociale a souvent prouvé son efficacité et sa responsabilité lorsqu'elle n'est pas soumise à des lettres de cadrages impossibles, menant sciemment une négociation dans l'impasse", a-t-il ajouté sur Twitter.

Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, est allé dans le même sens. "La lâcheté, c'est quand l'Etat fixe toutes les règles mais veut faire assumer les décisions par les autres !", a-t-il écrit vendredi sur Twitter.

En cause, les exigences de l'exécutif, qui a pressé les partenaires sociaux de trouver 3 à 3,9 milliards d'euros d'économies, les forçant à réduire des droits des demandeurs d'emploi et de pénaliser le recours "abusif" aux contrats courts par des mécanismes rejetés par les entreprises. "La main n'a été ni donnée, ni tendue", a jugé Fabrice Le Saché, vice-président du Medef.

Même colère au syndicat CFE-CGC, dont le secrétaire général confédéral Alain Giffard a jugé que "nous avons affaire à des irresponsables !"

Le président de l'organisation patronale CPME, François Asselin, souligne lui aussi la responsabilité de l'exécutif, "son immixtion permanente" et ses "messages contradictoires", dans un entretien au quotidien L'Opinion publié vendredi. Mais il juge aussi que les partenaires sociaux "ont démontré leur incapacité à faire prévaloir l'intérêt général sur leurs propres intérêts". "La négociation interprofessionnelle, comme on l'a connue, est morte", ajoute-t-il, en appelant patronat et syndicats à "rebâtir un nouveau contrat social".

Situation délicate

Les partenaires sociaux ont buté sur le système de bonus-malus visant à éviter les contrats de travail de courte durée, voulu par Emmanuel Macron dès sa campagne présidentielle. Mais le patronat s'oppose totalement au système... Le "bonus-malus" permettrait de moduler les cotisations patronales en fonction du recours aux contrats de courte durée, un principe que les entreprises jugent "mortifère" pour l'emploi. Les organisations syndicales avaient fait de ce dispositif une condition sine qua non pour poursuivre les négociations sur l'assurance chômage.

L'échec de la négociation place Emmanuel Macron et Edouard Philippe dans une situation délicate en les poussant à clarifier leur politique, au risque d'attiser les tensions et de fragiliser leur programme de réformes. Les partenaires sociaux ayant refusé de résoudre une équation explosive politiquement, l'exécutif devra assumer des choix qu'il sait impopulaires mais qu'une partie au moins de ses équipes juge indispensables.

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