AT&T/Time Warner: le feu vert ouvre la voie à d'autres grandes manoeuvres

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Devant le Time Warner Center, le 12 juin 2018 à New York
Devant le Time Warner Center, le 12 juin 2018 à New York
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AFP, publié le mercredi 13 juin 2018 à 20h38

Le feu vert donné à l'énorme fusion entre le géant des télécoms AT&T et celui des médias Time Warner devrait ouvrir la voie à d'autres gros mariages, et pourrait réduire la marge de manoeuvre des autorités américaines de la concurrence.

Le juge Richard Leon a donné mardi son accord inconditionnel à l'opération à 85 milliards de dollars qui va donner naissance à un véritable colosse, infligeant du même coup un sérieux revers au ministère de la Justice qui avait saisi les tribunaux pour tenter de bloquer le projet, qu'il jugeait néfaste pour la concurrence.

Même si le gouvernement peut encore faire appel, les deux entreprises espèrent boucler leur union au plus tard le 20 juin.

Mais d'ores et déjà, cette décision devrait lancer une vague d'autres opérations dans le secteur des médias et télécommunications, en plein bouleversement sous les assauts des géants technologiques de la Silicon Valley comme Netflix ou Amazon notamment, qui sont à la fois plateformes de diffusion et producteurs de contenus.

"Cette décision aura de vastes conséquences dans toute l'industrie des télécommunications, des médias et de la technologie pendant des décennies", estime Daniel Ives, analyste chez GBH Insights.

AT&T est le plus gros fournisseur de télévision payante et le deuxième opérateur mobile américain. Time Warner constitue, lui, un énorme groupe de médias, propriétaire notamment des studios de cinéma Warner, de la chaîne d'infos CNN ou encore de HBO, créatrice de succès comme la série "Game of Thrones".

- Tuyaux et contenus -

Des associations de consommateurs soutenaient la démarche du gouvernement contre ce mariage, estimant comme lui que l'alliance des "tuyaux" de diffusion (AT&T) et des "contenus" (Time Warner) pourrait entraîner des hausses de prix. Pour ses défenseurs en revanche, ce rachat peut être synonyme d'innovations dans les façons de diffuser des programmes.

Quoi qu'il en soit, avec une nouvelle puissante locomotive dans le paysage, il y a fort à parier que les concurrents ne resteront pas les bras ballants.

Comcast, le plus gros câblo-opérateur américain et propriétaire de NBCUniversal, a déjà averti qu'il lancerait une contre-offre sur les actifs du groupe 21st Century Fox, pourtant déjà promis à Disney depuis décembre.

Et la consolidation devrait se poursuivre, tant atteindre une taille critique est considéré comme le seul moyen de lutter contre les riches entreprises technologiques, redoutablement efficaces en raison des données qu'elles collectent sur leur public.

Les groupes de médias CBS et Viacom ou encore le câblo-opérateur Charter pourraient notamment chercher des alliances.

La décision du juge Leon, qui a avalisé une fusion dite "verticale" (entre entreprises qui ne sont pas directement concurrentes), a pu également donner un signal positif pour d'autres mariages du même type dans d'autres secteurs, comme le rachat de l'assureur santé Aetna par la chaîne de pharmacies CVS (69 milliards de dollars) ou encore celui du prestataire de services pharmaceutiques Express Scripts par l'assureur santé Cigna (67 milliards).

- Appel ou pas ? -

Même si ces énormes fusions sont susceptibles de faire froncer les sourcils des autorités de la concurrence américaines, la défaite cuisante de ces dernières dans le dossier AT&T/Time Warner devrait de fait les dissuader de tenter de bloquer ce type d'opérations ou même de faire appel dans le dossier AT&T.

"C'est une grosse défaite pour le ministère de la Justice", estime Christopher Sagers, professeur en droit de la concurrence à l'Université de Cleveland.

"Si le ministère décide de ne pas faire appel ou perdait un éventuel procès en appel, cela voudrait dire que (l'application des lois antitrust) pour les fusions verticales est, de fait, morte", dit-il aussi.

"La décision (de mardi) pourrait aussi refroidir des velléités des autorités" (de la concurrence) concernant les géants technologiques, comme Google ou Amazon, régulièrement taxés de pratique anti-concurrentielles, selon M. Sagers, qui estime que ces dossiers seraient "très risqués".

Malgré tout, Maurice Stucke, ancien avocat au ministère de la Justice américain et aujourd'hui enseignant à l'Université du Tennessee (sud), considère qu'il y a de fortes chances que le gouvernement fasse appel parce que, selon lui, la base juridique de la décision est ténue.

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