Automobile: le retour en grâce des Skoda en Angleterre menacé par le Brexit

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Skoda dans un rallye automobile à Swansea, au Pays de Galles, le 17 Septembre 2005
Skoda dans un rallye automobile à Swansea, au Pays de Galles, le 17 Septembre 2005
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AFP, publié le mercredi 20 mars 2019 à 08h43

Objet de blagues dans le passé, les Skoda tchèques séduisent aujourd'hui les automobilistes britanniques.

Mais le Brexit risque de porter un coup dur non seulement aux ventes de cette voiture outre-Manche mais aussi à l'économie tchèque en général.

La Grande-Bretagne est le cinquième marché étranger pour la République tchèque, pays de l'Union européenne fort de 10,6 millions d'habitants et dont l'économie dépend largement des exportations, essentiellement celles de voitures. 

Les députés britanniques ont voté jeudi 14 mars en faveur d'un report de la sortie de l'UE du 29 mars à la fin juin. Mais un Brexit sans accord qui entraînerait une hausse des taxes pour les importations demeure possible.

Contrôlé par Volkswagen depuis 1991, Skoda Auto place chaque année sur le marché britannique quelque 80.000 voitures, soit environ 10% de sa production annuelle.

Dans un courriel envoyé à l'AFP, le constructeur se dit "inquiet et prêt à affronter tous les scénarios". Sans en dire davantage, il souhaite une "solution acceptable pour toutes les parties".

Le vice-président de l'Union de l'Industrie et des Transports Radek Spicar va plus loin, mettant en garde contre un "coup dur". 

"Faute d'accord, les importations de voitures seraient taxées à hauteur de 10%. Cela ferait mal", dit-il à l'AFP.

"Les compagnies telles que Skoda ne s'effondreraient pas mais perdraient une partie d'un marché important." 

"En plus, la Grande-Bretagne représente un marché hautement symbolique pour Skoda. Cette marque est très respectée aujourd'hui, après avoir couvert un long chemin depuis l'époque où elle faisait objet de blagues", souligne-t-il.

- Sans blague -

"Savez-vous comment doubler la valeur de votre Skoda? Il suffit de faire le plein d'essence", "Pourquoi la vitre arrière de la Skoda est chauffante? Pour que les mains ne tremblent pas de froid lorsqu'on la pousse en hiver" ou encore "Où la Skoda roule-t-elle le plus vite? Sur la ligne de montage".

Ces blagues datent de l'époque où la Tchécoslovaquie était l'un des satellites de l'URSS.

Mais après la chute du communisme en 1989, les Britanniques sont tombés amoureux de la marque tchèque.

En 2000, la Skoda Fabia a été nommé voiture de l'année par le magazine What Car? alors que la Skoda Yeti est sortie "meilleure voiture" d'une enquête effectuée en 2013 par le magazine Auto Express auprès de 46.000 conducteurs britanniques.

"Personne n'a honte de conduire une Skoda, le présentateur Jeremy Clarkson en a fait l'éloge dans l'émission Top Gear, elle est utilisée par les chauffeurs de taxi", poursuit M. Spicar.

- 40.000 emplois tchèques -

"Un Brexit dur réduirait les exportations vers le Royaume-Uni de 20% et la croissance du PIB tchèque de 1,1 point. Il priverait d'emploi 40.000 personnes", avertissent les auteurs d'une analyse publiée par la banque Ceska Sporitelna.

Les exportations tchèques vers la Grande-Bretagne pèsent environ 8,2 milliards d'euros par an. Les voitures et les pièces détachées en représentent plus d'une moitié. 

L'industrie automobile représentant plus d'un cinquième de la production industrielle tchèque est "la plus menacée par le Brexit", a indiqué à l'AFP David Marek, économiste en chef de Deloitte Czech Republic.

En 2018, Skoda Auto, le sud-coréen Hyundai et la joint-venture TPCA (Toyota Peugeot Citroën Automobile) ont produit en République tchèque plus de 1,43 million de voitures, un nouveau record. Plus de 60% portent le logo de la flèche ailée de Skoda.

En croissance constante depuis 2013, l'économie tchèque a progressé de 3,0% en 2018, après une hausse de 4,5% enregistrée un an plus tôt.

- Bon sens -

Le Brexit ferait également mal aux fabricants tchèques de composants pour centrales nucléaires, d'équipements électroniques, de friandises et de matériel photographique.

"Nous générons en Grande-Bretagne un chiffre d'affaires annuel d'environ 10 millions d'euros, ce qui représente 4% de l'ensemble de nos recettes", constate Tomas Kolar, directeur général du fabricant de lits d'hôpital et de matelas Linet.

"Un Brexit dur serait désagréable mais pas critique", estime-t-il.

Si la Grande-Bretagne quitte l'UE, Linet sera probablement obligé de demander un nouveau certificat pour rester sur le marché d'outre-Manche. 

En cas de Brexit dur, M. Kolar s'attend à une taxe de 6,5% sur les matelas spéciaux. "Ce serait lourd. J'espère que le bon sens prévaudra", conclut-il.

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