Aux Etats-Unis, les transports en commun plongés dans un long marasme

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Une rame du métro de Washington, vide, le 15 avril 2020
Une rame du métro de Washington, vide, le 15 avril 2020
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© AFP, Daniel SLIM

AFP, publié le dimanche 07 février 2021 à 09h25

Avant la pandémie, les transports en commun aux Etats-Unis devaient déjà se montrer sous leur meilleur jour pour tenter de concurrencer l'automobile. Depuis, le défi n'en a été qu'accentué, car le secteur craint de devoir encore licencier et réduire son offre.

Un mardi matin de février, heure de pointe dans le métro de Washington. Quatre personnes seulement sont assises dans la rame. Depuis que la pandémie a éclaté en mars, devoir voyager debout n'est plus qu'un vieux souvenir.

En décembre, la fréquentation du métro dans la capitale fédérale était encore inférieure de 85,5% à celle de décembre 2019, et d'ici deux ans, le trafic ne devrait représenter que le tiers de ce qu'il était avant, selon les prévisions de WMATA, l'autorité locale en charge des transports.

Pour s'adapter, il avait été prévu notamment de réduire le réseau de bus à peau de chagrin, de n'avoir plus qu'un métro toutes les 30 minutes, de fermer 19 stations et de licencier du personnel. Le projet a été abandonné... pour l'instant.

Partout aux Etats-Unis, la pandémie "a eu un impact énorme sur les budgets (...), car la fréquentation a diminué drastiquement", explique à l'AFP Paul Skoutelas, patron de l'American Public Transportation Association (Apta), qui fait état d'une baisse moyenne de 76% au deuxième trimestre, et jusqu'à 90%, sur certains réseaux.


Cette puissante organisation regroupe 1.500 acteurs privés et publics du secteur - autorités de transports, opérateurs, constructeurs de matériel - et représentait, avant la pandémie, 435.000 emplois directs.

- 39,3 milliards de dollars -

Les centres-villes du pays sont encore largement désertés, 17 millions d'Américains sont toujours au chômage et beaucoup d'écoles n'ont pas rouvert.

Washington, siège du pouvoir politique des Etats-Unis et de nombreuses organisations internationales, n'est plus que l'ombre d'elle-même, sans ses milliers d'avocats, économistes, lobbyistes, désormais en télétravail. 

A New York, où beaucoup d'habitants ne possèdent pas de voiture, la baisse de trafic du célèbre "subway" tournait, fin janvier, autour de 70% par rapport à l'an passé, selon les chiffres de MTA, qui y gère les transports

"Les plus grandes villes attirent plus l'attention (...), il ne fait aucun doute que New York, Washington, Boston, Chicago, Philadelphie, San Francisco, ont toutes été très touchées, très durement", souligne Paul Skoutelas.

"Mais cela concerne vraiment tout le pays, (...) des villes de toutes tailles", assure-t-il. 

A Kansas City par exemple, ville de 450.000 habitants située en plein centre des Etats-Unis, le tramway n'a vu passer que 45.780 passagers en décembre 2020, moins d'un tiers des 161.827 de décembre 2019, selon l'autorité des transports RideKC.

Pour éviter de nouveaux licenciements et réductions de l'offre, il manque aux transports en commun des Etats-Unis 39,3 milliards de dollars sur trois ans, a récemment annoncé l'Apta.

C'est le double des 20 milliards inscrits dans le plan de relance que Joe Biden espère faire rapidement adopter au Congrès. Le secteur a déjà obtenu 25 milliards de dollars en mars, puis 14 milliards en décembre.

Les espoirs se tournent désormais vers les investissements dans les infrastructures de transports et les énergies vertes, promis par Joe Biden pour relancer l'économie, et qui devraient être détaillés bientôt.

Et le secrétaire aux Transports, Pete Buttigieg, lui-même ancien maire, a promis d'être proche des élus locaux.

- Retour des embouteillages -

Car la crainte est que le trafic ne revienne jamais à son niveau précédent: "Personne n'a de boule de cristal", mais "il est probable que 20% des personnes, peut-être, décident de rester à la maison pour travailler, ou peut-être pour quelques jours (...) par semaine", craint Paul Skoutelas.

C'est le cas de Thea Bryan, qui habite en banlieue de Washington. Elle prenait le métro tous les jours pour rejoindre son bureau, une heure le matin, une heure le soir, puis la pandémie l'a contrainte au télétravail.

Lorsqu'elle a commencé à retourner au bureau, le métro fonctionnait en service réduit. En revanche, la circulation était fluide, et le stationnement temporairement gratuit dans la ville.

Cette ancienne assistante de direction de 50 ans a changé récemment de travail et dit avoir besoin de sa voiture pour des déplacements.

Se voit-elle reprendre un jour le métro ? "Je peux l'imaginer (...), si les choses reviennent à la normale", c'est-à-dire avec des embouteillages et un stationnement payant.

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