Berlin appelle à suspendre les ventes d'armes à Ryad, Paris botte en touche

Berlin appelle à suspendre les ventes d'armes à Ryad, Paris botte en touche©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 23 octobre 2018 à 10h32

L'Allemagne a appelé ses partenaires européens à suspendre à leur tour leurs ventes d'armes à l'Arabie saoudite tant que toute la lumière n'a pas été faite sur la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul. La chancelière allemande a évoqué lundi soir "la monstruosité là-bas dans le consulat d'Arabie saoudite en Turquie" lors d'un meeting à Ortenberg, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Francfort. "Il faut tirer les choses au clair. Tant que ce ne sera pas résolu, il n'y aura pas d'exportations d'armes vers l'Arabie saoudite. Je vous assure très clairement de cela", a-t-elle déclaré.

Après avoir longuement nié que le journaliste exilé aux Etats-Unis avait été tué le 2 octobre à l'intérieur de son consulat à Istanbul, Ryad a fini par le reconnaître ce week-end en évoquant une "terrible erreur" lors d'une altercation qui aurait mal tourné.

Une explication que Donald Trump a trouvée "crédible" mais qui n'a pas convaincu les autres dirigeants occidentaux, à l'image de la chancelière Angela Merkel...

Des explications satisfaisantes ?

Berlin a approuvé cette année l'exportation de plus de 400 millions d'euros d'armements vers l'Arabie saoudite, qui est le deuxième marché dans le monde pour l'Allemagne après l'Algérie. Berlin doit prendre "très prochainement" la décision d'annuler ou pas ces commandes.

L'Allemagne a aussi invité ses partenaires européens à lui emboîter le pas pour accentuer la pression Ryad. Mais Paris a botté en touche ces dernières heures, en vantant "sa stricte politique de contrôle" en la matière. Interrogé à ce sujet lundi, le porte-parole adjoint du Quai d'Orsay a répondu : "Notre politique de contrôle des ventes d'armement est stricte et repose sur une analyse au cas par cas, dans le cadre de la Commission interministérielle pour l'exportation de matériels de guerre." "Les exportations d'armement à l'Arabie saoudite sont examinées dans ce cadre", a-t-il dit lors d'un point presse.

La situation est délicate pour la France, qui a scellé avec l'Arabie saoudite pour plusieurs milliards d'euros de contrats ces dernières années. Selon un rapport parlementaire publié en juin, l'Arabie saoudite a été sur la période 2008-2017 le deuxième client de la France en matière d'armement, avec plus de 11 milliards d'euros de contrats. Prudente, la France a toutefois annoncé cette semaine l'annulation de la participation du ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire au "Davos du désert".

Des garanties ?

Avant même l'affaire Khashoggi, l'Espagne a envisagé le mois dernier d'annuler un contrat portant sur 400 bombes à guidage laser en raison de leur utilisation possible dans le conflit au Yémen où l'aviation saoudienne a multiplié les victimes civiles. Madrid a finalement décidé de maintenir la vente en disant avoir obtenu "des garanties".

La France, le Royaume-Uni et l'Italie figurent aussi parmi les principaux fournisseurs d'armes à l'Arabie saoudite. Les organisations de défense des droits de l'homme, comme Amnesty International, appellent avec insistance ces pays à changer de politique.

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