Bourse : jusqu'où ira la baisse ?

Bourse : jusqu'où ira la baisse ?
Trader sur le floot du New York Stock Exchange.

Boursier.com, publié le mercredi 11 mars 2020 à 22h20

Les marchés boursiers ont encore dévissé mercredi après que l'OMS a déclaré que le coronavirus était désormais une pandémie. Les stratégistes actions estiment que les marchés d'actions pourraient encore reculer de 5% à 20% dans les prochains mois...

A mesure que la propagation du coronavirus désorganise l'activité économique mondiale, une récession mondiale n'est plus exclue par les économistes en 2020, même si leurs scénarios médians tablent sur un effet de courte durée de la pandémie, suivi d'un rebond au second semestre.

De nombreux indices boursiers, dont le CAC 40 et le Dow Jones, sont désormais tombés dans un marché baissier ("bear market"), caractérisé par une chute de plus de 20% par rapport à leurs derniers sommets. Mercredi, les marchés boursiers ont encore dévissé après que l'OMS a qualifié l'épidémie de coronavirus de "pandémie", car elle touche désormais l'ensemble du globe. Les analystes financiers ont revu en nette baisse leurs prévisions de résultats pour les entreprises en 2020, tandis que les banques centrales et les gouvernements annoncent des mesures de soutien de l'activité.

Un recul de 10% encore en vue ?

Les stratégistes actions s'interrogent sur l'ampleur de la chute des Bourses mondiales, la plupart d'entre eux estimant qu'il est trop tôt pour se replacer à l'achat, compte tenu des incertitudes planant encore sur la gravité et la durée de la pandémie de Covid-19. Celle-ci a désormais affecté près de 125.000 personnes dans le monde et a tué au moins 4.589 patients, dont plus de 1.400 hors de Chine.

Le responsable de la stratégie de Goldman Sachs, Peter Oppenheimer, a étudié les phases de "bear market " depuis 1835. Dans une note envoyée mercredi à ses clients, il estime que les marchés baissiers provoqués par des "événements" imprévisibles, de type pandémie, entraînent en moyenne des chutes de 29% des indices boursiers. Dans ce cas, les marchés mondiaux ayant déjà abandonné environ 20% depuis leurs récents pics, ils pourraient encore baisser d'environ 10% avant de rebondir.

La pandémie va s'aggraver dans les prochaines semaines

Sur le plan sanitaire, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a donc requalifié mercredi soir le Covid-19, passant d'une épidémie à une "pandémie", dans la mesure où elle se propage désormais dans le monde entier. L'OMS a en outre tiré la sonnette d'alarme, s'inquiétant des "niveaux alarmants de propagation" de la maladie mais aussi de l'"inaction" de la communauté internationale.

"Dans les jours et les semaines à venir, nous nous attendons à voir le nombre de cas, le nombre de décès et le nombre de pays touchés augmenter", a averti le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse à Genève.

En Bourse, le pire serait encore à venir....

Peter Oppenheimer souligne cependant que chaque crise est différente et qu'aucune n'a jamais été provoquée par une crise sanitaire. Dans la configuration actuelle, il "n'est pas évident" que la réponse monétaire sera aussi efficace que dans d'autres crises, "en partie parce que des baisses de taux pourraient ne pas être aussi efficaces dans un environnement de peur où les consommateurs sont forcés, ou choisissent, de rester à la maison". L'action des banques centrales est aussi limitée par le niveau déjà très bas des taux d'intérêts, estime l'expert de Goldman Sachs.

De son côté, la banque suisse UBS envisage mercredi un nouveau recul des marchés d'actions mondiaux, qui pourrait aller de 5% dans son scénario intermédiaire à... 20% dans un scénario noir (en cas de pandémie de longue durée)

Dans son scénario central, la banque suisse s'attend désormais à ce que la croissance du PIB mondial tombe à 2,3% en 2020 (au lieu de 2,9% jusque là) et que 8 pays tomberont en récession. L'OCDE a aussi revu récemment en baisse, de 2,9% à 2,4%, ses prévisions de croissance mondiale pour 2020.

... mais un rebond est envisagé au second semestre

UBS s'attend à ce que la Fed (qui a réduit le 3 mars ses taux directeurs d'un demi-point à 1%-1,25%) ramène ses taux à zéro dans les prochains mois. Les analystes estiment que les gouvernements adopteront aussi des mesures de soutien à leurs économies, notamment en Chine. Dans ce cas, une reprise de l'activité économique peut être envisagée au second semestre, suivie d'un rétablissement complet de l'économie mondiale en 2021, selon UBS.

"Si le virus peut être contenu, les marchés mondiaux d'actions devraient retrouver de la hauteur d'ici à la fin 2020 sous l'effet des mesures de stimulation. L'Asie du Nord et les Etats-Unis devraient mener la reprise, l'Europe et les marchés émergents restant à la traîne", écrit UBS.

Toutefois, même en cas de rebond en 2e partie de 2020, la banque estime que les marchés d'actions termineront l'année 2020 en territoire négatif par rapport à la fin 2019.

Scénario de reprise après un choc transitoire

La société française de gestion d'actifs CPR AM se montre un peu plus optimiste. Dans une note à ses clients publiée mercredi, elle dit tabler à 50% sur un scénario central, consistant en une "reprise après choc transitoire" provoqué par l'épidémie de coronavirus. Dans ce scénario, "la croissance mondiale souffrirait peu (-0,5%) et la résolution sanitaire serait rapide, permettant un rebond des actifs risqués (les actions : ndlr) entre 5% et 7,5% en fonction des zones" dans les trois prochains mois.

CPR AM accorde tout de même une probabilité de 30% au scénario noir, dans lequel la pandémie ne serait pas maîtrisée rapidement et efficacement. Dans ce cas, "la croissance mondiale serait amputée de plus de 1,5%, les marchés actions céderaient entre -10% et -12,5% à trois mois, dans un contexte de détente de l'obligataire", estime la société.

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