Bourse : les dividendes en passe de succomber au coronavirus

Bourse : les dividendes en passe de succomber au coronavirus©Boursier.com

Boursier.com, publié le dimanche 29 mars 2020 à 17h30

Face à la crise économique provoquée par le Covid-19, de nombreuses entreprises ont annoncé qu'elle renonçaient à verser un dividende cette année. En outre, Bercy a annoncé l'interdiction de cumuler aides de l'Etat et versement de dividendes.

La pandémie de coronavirus a provoqué un krach boursier et n'a pas fini de faire des ravages dans les comptes des entreprises, qui vont avoir besoin d'une solide trésorerie pour franchir cette crise.

Dans un contexte de baisse brutale de l'activité, avec un calendrier incertain de retour à la normale, de nombreuses sociétés ont annoncé depuis deux semaines des mesures drastiques pour préserver leur cash : baisse des investissements, recours au chômage partiel, mise en veille des programmes de rachat d'actions...

Airbus, Safran, JC Decaux ont renoncé à leurs dividendes

Mais la mesure la plus visible est la baisse, voire la suppression des dividendes prévus au titre de 2019, et qui seront versés dans les prochains mois. Ainsi, parmi les groupes français ayant d'ores et déjà renoncé à verser un dividende cette année figurent Airbus, Safran, JC Decaux, Altran Technologies, Europcar Mobility ou encore Tarkett et GL Events.

D'autres ont opté pour une réduction du dividende, dont Bic, Lagardère etUnibail-Rodamco-Westfield. D'autres encore ont maintenu cette rémunération, au vu de la solidité de leur bilan, par optimisme sur une reprise rapide de l'activité, et pour ne pas risquer de nouvelles ventes de la part d'actionnaires mécontents.

Dividendes ou aides de l'Etat, il faudra choisir

Vendredi, le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a annoncé l'interdiction de cumuler les aides publiques liées au coronavirus avec le versement des dividendes, sous peine de sanctions.

"Les entreprises qui ont besoin de trésorerie aujourd'hui, en particulier les grandes entreprises, si elles ont besoin de trésorerie et qu'elles demandent l'aide de l'Etat, elles ne peuvent pas, elles ne doivent pas verser de dividendes. Et nous veillerons à ce que ce soit respecté", a dit Bruno Le Maire sur 'BFMTV'. En cas d'infraction à cette règle, les entreprises devront "rembourser cette avance de trésorerie sur les charges sociales et fiscales avec une pénalité d'intérêt", a-t-il ajouté.

Bercy refusera aussi aux entreprises qui auront versé des dividendes de bénéficier de la garantie de l'Etat pour de nouveaux emprunts bancaires, a poursuivi le ministre. Par ailleurs, les employeurs qui bénéficieront du dispositif de chômage partiel financé par l'Etat sont appelés à "la plus grande modération" en matière de dividendes.

Afin d'amortir le choc causé par l'arrêt de l'économie lié aux mesures de confinement face au coronavirus, l'Etat prévoit notamment de permettre aux entreprises le report du paiement de toutes les charges fiscales et sociales dues, ainsi que des remises d'impôts directs.

Pas de dividendes pour les entreprises dont l'Etat est actionnaire

En outre, indépendamment des aides potentielles de l'Etat, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé vendredi que le gouvernement comptait demander aux entreprises dont l'Etat français est actionnaire de ne pas verser de dividendes par "solidarité".

Elle n'a toutefois pas indiqué que l'Etat renoncerait à son dividende, déclarant sur la chaîne 'CNews' que "pour les entreprises où l'Etat est actionnaire, même minoritaire, on va leur demander de ne pas verser de dividendes en tout cas à des particuliers, à des individus". Elle répondait ainsi à la CFDT, qui avait exhorté les grands groupes, dont Engie (dont l'Etat détient environ 23,6%) à ne pas verser de dividendes cette année compte tenu de la crise économique provoquée par l'épidémie de coronavirus, qui a mis la France à l'arrêt.

Par ailleurs, la Fédération bancaire de l'Union européenne (FBE) a recommandé vendredi aux banques de suspendre le paiement de dividendes en 2020 pour préserver leur capital et leur capacité à prêter aux entreprises et aux ménages touchés par la crise du coronavirus.

Aux Etats-Unis, le plan de soutien exige aussi de renoncer aux dividendes en cas d'aide de l'Etat

Le même souci d'utiliser à bon escient les fonds publics a animé les législateurs américains ces derniers jours. Ainsi, le plan de soutien de 2.000 milliards de dollars à l'économie américaine, adopté vendredi à Washington, prévoit notamment que les entreprises ayant bénéficié de prêts d'urgence de l'Etat dans la crise actuelle, ne pourront ni racheter leurs propres actions ni verser de dividendes pendant au moins un an après le remboursement de ce prêt.

En 2019, les sociétés françaises avaient versé un montant record de 51 milliards d'euros (+5,3% sur un an) à leurs actionnaires, le montant le plus élevé d'Europe, selon une étude de la société de gestion de fonds américaine, Janus Henderson Investors. Aux Etats-Unis, les dividendes versés en 2019 avaient totalisé 133 milliards de dollars (+4,4% sur un an).

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