Brésil: les jeux vidéos, nouvel horizon pour les jeunes des favelas

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Des enfants jouent à League of Legends (LoL), pendant un cours de tactique de jeu dans les locaux de l'ONG AfroReggae, dans la favela de Vigario Geral, à Rio de Janeiro (Brésil), le 6 mai 2021
Des enfants jouent à League of Legends (LoL), pendant un cours de tactique de jeu dans les locaux de l'ONG AfroReggae, dans la favela de Vigario Geral, à Rio de Janeiro (Brésil), le 6 mai 2021
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© AFP, MAURO PIMENTEL

AFP, publié le mardi 25 mai 2021 à 07h19

Ancien apprenti maçon, Luiz Augusto Jr, 23 ans, a abandonné la truelle pour tenter de vivre de sa passion, les jeux vidéo, grâce à un programme de soutien aux jeunes talents de l'esport dans la favela de Vigario Geral, à Rio de Janeiro.

Ancien apprenti maçon, Luiz Augusto Jr, 23 ans, a abandonné la truelle pour tenter de vivre de sa passion, les jeux vidéo, grâce à un programme de soutien aux jeunes talents de l'esport dans la favela de Vigario Geral, à Rio de Janeiro.

Couvé par le projet social AfroGames, créé en 2019 par l'ONG brésilienne AfroReggae, il peut consacrer son temps à la production de vidéos en direct sur internet de ses parties de Grand Theft Auto (GTA), une des séries de jeux vidéos les plus lucratives de l'histoire.

"J'ai commencé à jouer dans un cybercafé dans la favela et j'y dépensais une bonne partie de mon salaire. Quand j'ai adhéré au projet AfroGames, ma mère m'a dit qu'il était impossible de gagner de l'argent avec les jeux vidéo, mais elle m'a quand même soutenu", confie-t-il à l'AFP.

L'esport ouvre un nouvel horizon aux jeunes d'un quartier du nord de Rio marqué par la pauvreté et la violence. En 1993, c'est à Vigario Geral qu'a eu lieu l'un des pires massacres dans une favela, avec 21 morts.

Au siège de l'ONG, dans cette même favela, les jeunes "gamers" disposent d'équipements dernier cri pour s'entraîner ou produire leurs vidéos, le tout sponsorisé par des grandes marques, notamment une compagnie aérienne. 

Comme dans un club de sport de haut niveau, ils bénéficient aussi d'un staff complet, avec des entraîneurs, psychologues et préparateurs physiques.

- Equipe de LoL -

"Aujourd'hui, je suis reconnu dans la favela et je veux devenir influenceur", explique Luiz Augusto Jr, qui a créé sa propre chaîne youtube et touche une bourse de 600 réais par mois (environ 93 euros).

AfroGames a aussi sa propre équipe de compétition, AFG eSports, qui participe à des tournois de League of Legends (LoL), jeu le plus populaire de l'esport depuis une décennie, avec des championnats du monde disputés dans de grandes salles avec des milliers de spectateurs avant la pandémie.

Les six membres de cette équipe touchent une bourse mensuelle de 1.100 réais (environ 170 euros), l'équivalent du salaire minimum au Brésil.

"On s'entraîne du lundi au vendredi et on a aussi des cours d'anglais", explique Gabriela Evellyn, 19 ans, seule femme de l'équipe.

"Dans le jeu, ça ne change rien d'être une femme. Mais si un gars m'embête à cause de ça, je mets les bouchées doubles pour le battre et lui dire: 'tiens, tu as été battu par une fille", raconte-t-elle.

- "Nouveau rock" -

L'un des fondateurs du projet AfroGames est Ricardo Chantilly, ancien producteur musical.

"Avant, les gamins se retrouvaient ensemble pour jouer dans un groupe de rock. Aujourd'hui, ils préfèrent fonder une équipe d'esport. Les jeux vidéo, c'est le nouveau rock", déclare-t-il.

Proche des directeurs de l'association AfroReggae, qui existe depuis 1992, c'est lui qui les a convaincus de miser sur ce nouveau projet.

"Ils voulaient que je les aide à mettre en place un programme musical, mais je leur ai dit que l'avenir était dans l'esport et le développement de jeux vidéos", révèle l'ancien producteur.

Quand Ricardo Chantilly a montré aux dirigeants de l'ONG des images de compétitions nationales ou internationales avec des salles combles, un détail a attiré leur attention: l'absence de jeunes noirs parmi les joueurs ou les spectateurs.

"On ne se sentait pas représenté. C'est pourquoi on s'est dit: et si on fondait notre propre équipe dans la favela?", raconte William Reis, qui coordonne le projet AfroGames et prévoit d'étendre le projet à d'autres favelas de Rio.

"Nous allons bientôt ouvrir un nouveau centre à Cantagalo (près d'Ipanema, quartier du sud de Rio). Il y aura une salle de compétition, où on organisera le premier tournoi d'équipes issues des favelas", dit-il.

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