Brésil : les privatisations de Bolsonaro, chemin semé d'embûches

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Le siège de la compagnie pétrolière publique brésilienne Petrobras à Rio de Janeiro le 1er juin 2018.
Le siège de la compagnie pétrolière publique brésilienne Petrobras à Rio de Janeiro le 1er juin 2018.
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© AFP, Mauro PIMENTEL

AFP, publié le jeudi 13 décembre 2018 à 16h32

Le vaste plan de privatisations de l'équipe économique du président élu du Brésil Jair Bolsonaro pourrait être atténué par le noyau dur des militaires de son futur gouvernement et par les réticences des parlementaires.

C'est un économiste ultra-libéral passé par l'Université de Chicago, Paulo Guedes, qui prendra les rênes d'un "super ministère" de l'Économie le 1er janvier.

Durant la campagne, il avait indiqué espérer faire rentrer grâce aux privatisations 1.000 milliards de réais (environ 230 milliards d'euros) dans les caisses pratiquement vides de l'État.

L'objectif affiché : réduire de l'équivalent de 20% du PIB la dette abyssale du pays, passée de 56,3% du PIB en 2014 à 76,5% en octobre de cette année. D'après les projections de la Banque mondiale, elle pourrait grimper à 140% du PIB en 2030 si des mesures drastiques ne sont pas prises.

"De nombreux actifs peuvent être vendus à bon prix au secteur privé", explique à l'AFP Alberto Ramos, économiste chez Goldman Sachs. "Mais il ne s'agit pas tant d'augmenter les recettes pour réduire la dette (...) que d'attirer plus d'investissements et de rendre ces compagnies plus efficaces", a-t-il ajouté.

Paulo Guedes a déjà nommé à des postes-clés d'autres "Chicago Boys", qui doivent l'aider à privatiser à tour de bras.

Mais le futur gouvernement Bolsonaro compte aussi sept militaires (sur 22 ministres au total) qui pourraient exercer un contrepoids face aux tenants de l'ultra-libéralisme.

"D'un côté, il y a le groupe civil, qui veut privatiser, mais de l'autre, le noyau dur militaire qui tient à la valeur stratégique de certains actifs", comme la compagnie pétrolière nationale Petrobras, explique André Perfeito, du cabinet de consultants Spinelli. 

Selon lui, "l'idée que Petrobras pourrait être présidée par un militaire a donné des sueurs froides aux milieux d'affaires".

Finalement, la compagnie pétrolière sera présidée par un autre "Chicago Boy", Roberto Castello Branco, qui s'est dit par le passé favorable à la privatisation du groupe.

- Dossiers sensibles -

Le président élu Jair Bolsonaro a tenu récemment des propos plus nuancés à ce sujet, laissant entendre qu'une privatisation partielle était envisageable, mais sans toucher aux activités principales de la compagnie.

"Même si le gouvernement ne va pas privatiser totalement Petrobras, cela ne veut pas dire que le gouvernement ne va pas de désengager de certaines étapes de la production", prévoit André Perfeito.

Petrobras a déjà lancé un vaste plan de cession d'actifs visant à limiter le fort endettement de la compagnie, qui a connu de lourdes pertes de 2014 à 2016, en raison d'un vaste scandale de corruption et de la chute des cours du pétrole.

Le président élu a également écarté toute possibilité de privatiser les banques publiques Banco do Brasil et Caixa Economica Federal, ainsi que la banque de développement BNDES, également considérées comme "stratégiques".

Mais d'autres entreprises publiques, comme les Correios, la poste brésilienne, ou Serpro, société de services informatiques, pourraient êtres privatisées.

Un des dossiers qui promet d'être des plus sensibles est celui d'Eletrobras, premier producteur d'électricité d'Amérique latine. La vente d'activités de distribution d'énergie a déjà débuté cette année, après plusieurs rebondissements judiciaires qui ont reporté les enchères.

D'après M. Perfeito, "il y a beaucoup de militaires proches de Bolsonaro, notamment le vice-président Hamilton Mourao, et le dossier de l'énergie est sensible pour des raisons stratégiques. On ne sait pas qui gagnera le bras de fer" entre les militaires et les ultra-libéraux de l'équipe économique de Paulo Guedes.

L'actuel ministre des Finances, Eduardo Guardia, a affirmé mercredi que le climat n'avait pas été propice pour une privatisation d'Electrobras dès cette année. "La privatisation n'est jamais un sujet facile, elle suscite toujours des divergences et doit faire l'objet de débats", a-t-il déclaré.

- Influence parlementaire -

Pour mener à bien son plan de privatisations, le gouvernement aura également besoin du soutien du Parlement. 

La formation de Jair Bolsonaro, le Parti social libéral (PSL), est la deuxième force de la future chambre des députés, avec 52 sièges remportés sur 513 lors des législatives d'octobre.

Le président élu compte gouverner grâce à l'appui de groupes parlementaires thématiques qui dépassent la logique des partis, comme le lobby évangélique ou celui de l'agro-business.

Mais l'opposition de gauche a l'intention de freiner le plan de privatisations, qui suscite des réticences même chez certains parlementaires de droite, notamment parce qu'ils sont attachés au système d'attribution de postes dans les entreprises publiques en échange de soutien politique des partis. 

"Les scandales de corruption récents ont montré l'importance des entreprises publiques pour certains hommes politiques en quête d'influence. Le Parlement ne s'est jamais montré très enclin à soutenir une campagne de privatisation en profondeur", rappelle Alberto Ramos.

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