Brexit: la crise du gouvernement May inquiétante pour les milieux d'affaires

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La démission de Boris Johnson - ici le 7 mars 2018 à Londres - près celle de David Davis plonge le gouvernement de Theresa May dans la tourmente
La démission de Boris Johnson - ici le 7 mars 2018 à Londres - près celle de David Davis plonge le gouvernement de Theresa May dans la tourmente
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© AFP, Daniel LEAL-OLIVAS

AFP, publié le lundi 09 juillet 2018 à 17h26

L'aggravation de la crise dans le gouvernement de Theresa May déchiré sur le Brexit risque d'accroître les craintes des entreprises, qui demandent depuis des mois des gages de stabilité propice aux affaires. 

Trois jours après une réunion cruciale de l'équipe de Mme May qui avait adopté une nouvelle position commune pour les négociations de sortie de l'UE avec Bruxelles, le gouvernement conservateur était plongé dans la tourmente.

Deux poids lourds eurosceptiques du cabinet ont démissionné: le ministre du Brexit David Davis dimanche soir et le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson lundi après-midi. L'équilibre du gouvernement de Mme May, subtil équilibre de partisans d'une solution de compromis avec Bruxelles et de supporters d'une ligne sans concession, semblait plus que jamais sur le fil du rasoir.

Thermomètre de la confiance des marchés en l'économie britannique, la livre sterling a immédiatement décroché après l'annonce du turbulent Boris Johnson. Vers 14H40 GMT, la livre britannique valait 1,3257 dollar contre 1,3283 dollar vendredi vers 21H00 GMT, et un euro valait 0,8867 livre, contre 0,8843 livre vendredi.

"La démission de Johnson est un événement important sur le marché, c'est un choc et un changement à 180 degrés de l'intéressé qui semblait soutenir les propositions mises en avant à Chequers", la résidence de campagne de la Première ministre où s'est tenue la réunion vendredi, a expliqué David Cheetham, analyste chez XTB. 

Après une réunion de 12 heures vendredi, la Première ministre conservatrice Theresa May a obtenu l'assentiment de son gouvernement sur les grandes lignes de ses objectifs pour le Brexit prévu fin mars prochain. 

Ces propositions, qui doivent être détaillées dans un "livre blanc" publié jeudi, prévoit de mettre en place une zone de libre échange pour les biens entre le Royaume-Uni et l'UE ainsi qu'un nouveau modèle douanier avec les 27, afin de maintenir un commerce "sans friction" avec le continent.

Mais la démission de M. Johnson "signifie que le départ de M. Davis n'est pas isolé, les chances de voir le leadership de Mme May remis en cause ont augmenté de façon importante", a ajouté M. Cheetham. 

- Inquiétudes du secteur financier -

Les milieux d'affaires avaient pourtant plutôt bien accueilli le résultat des pourparlers de Chequers et l'approche un peu plus souple du gouvernement de Theresa May sur le Brexit. 

Carolyn Fairbairn, directrice générale de la confédération patronale CBI, avait vu dans ces propositions "un pas dans la bonne direction", lundi matin sur la BBC. Mais elle avait toutefois aussi ajouté que la démission de M. Davis constituait déjà un "coup dur" pour Mme May - avant même l'annonce du départ de M. Johnson, qui risque de déstabiliser profondément son autorité.

Le ministre des Finances, Philip Hammond, un des porte-voix des milieux d'affaires au sein du gouvernement, a souligné que la nouvelle ligne de Mme May protégeait "les emplois et la prospérité" et avait "tout son soutien". 

Mais même si Mme May a rapidement nommé le successeur de M. Davis, Dominic Raab, un eurosceptique, les milieux d'affaires vont s'inquiéter du risque de voir le gouvernement chuter, à moins de neuf mois de la date prévue de sortie. 

Plusieurs grandes entreprises étaient montées au créneau dernièrement pour mettre la pression sur Mme May afin qu'elle adopte une position de négociation plus favorable au libre commerce. Airbus, BMW, Jaguar Land Rover ou encore Siemens avaient prévenu qu'elles pourraient réduire leurs investissements dans le pays si le Brexit devait conduire au rétablissement de contrôles douaniers avec l'UE.

Dimanche, une centaine d'entrepreneurs ont encore écrit une lettre ouverte pour demander au gouvernement de rester purement et simplement dans l'union douanière. Parmi les signataires figuraient des dirigeants des enseignes alimentaires Pret et Domino's, Zoopla (immobilier) ou Net-a-porter (vêtements).

Les nouvelles propositions du gouvernement publiées vendredi soir contiennent de surcroît peu d'éléments nouveaux sur l'avenir du secteur majeur des services, ce qui inquiétait notamment les représentants du puissant secteur financier de la City de Londres.

La Commission européenne s'est jusqu'à présent montrée très réticente à l'idée d'intégrer la question des services dans un accord de libre-échange entre Bruxelles et Londres, à partir du moment où le Royaume-Uni quitte le marché unique européen. 

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