Brexit : les Britanniques face à "deux décennies perdues" ?

Brexit : les Britanniques face à "deux décennies perdues" ?

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Boursier.com, publié le jeudi 23 novembre 2017 à 22h10

Après avoir bien résisté pendant l'année qui a suivi le référendum de juin 2016 en faveur du Brexit, l'économie britannique commence à s'essouffler sérieusement.

L'institut public OBR, chargé des prévisions, a indiqué qu'il ne s'attendait plus qu'à une croissance du PIB comprise entre 1,3% et 1,5% jusqu'en 2021, avant une légère amélioration. Par ailleurs, un "think tank" a  tiré la sonnette d'alarme en mettant en garde contre le risque de "deux décennies perdues", sans hausse des revenus pour les ménages britanniques...

Hausse de 0,4% du PIB au 3ème trimestre contre +0,6% dans la zone euro

Pour 2017 et 2018, l'OBR (un organisme indépendant du gouvernement) ne s'attend plus respectivement qu'à une croissance de 1,5% et 1,4%, contre 2% et 1,6% précédemment... Les chiffres du 3ème trimestre, publiés jeudi, montrent une hausse modeste du PIB de 0,4% outre-Manche, alors que la zone euro a connu une hausse de 0,6% sur la même période.

Ces prévisions pessimistes interviennent en effet au moment où le reste de l'Europe est dans une phase d'accélération de sa croissance. Les projections de l'OBR ont servi de base au budget 2017-2018 (exercice achevé à fin mars), présenté mercredi par le chancelier de l'Echiquier Philip Hammond. Le budget a confirmé l'objectif d'une baisse du déficit public à 2% du PIB en 2020-2021, mais n'a pas instauré de nouvelles mesures d'austérité compte-tenu d'un climat social difficile.

Le pouvoir d'achat en berne avec le plongeon de la livre

L'économie est plombée outre-Manche par la baisse du pouvoir d'achat des Britanniques, causée par la chute de la livre. Cette dernière a abandonné environ 8% face au dollar depuis le vote du Brexit, et non moins de 20% depuis la mi-2014. Cette faiblesse de la livre a nettement renchéri les prix des nombreux produits importés en Grande-Bretagne, réduisant le pouvoir d'achat tandis que les salaires n'ont pas suivi.

Alors que la sortie du Royaume-Uni de l'UE est prévue fin mars 2019, les négociations sont dans l'impasse. Elle n'ont pas encore franchi la première phase qui consiste à établir les modalités du divorce dans trois domaines principaux : le montant de la facture du Brexit, les droits des expatriés et la question de la frontière avec la République d'Irlande. Or, aucun accord ne se dessine pour l'instant sur ces questions, ce qui risque de reporter au début 2018 le lancement de la 2ème phase, à savoir la négociations concrètes d'un accord commercial entre Londres et l'UE.

Les incertitudes grandissantes sur le calendrier et la capacité du gouvernement britannique à conclure un tel accord a des conséquences néfastes sur les décisions d'investissement des entreprises, qui exigent d'y voir plus clair sur les futures relations entre Londres et Bruxelles avant de prendre des décisions financières.

Pas de hausse des revenus des ménages en vue

Le président de l'OBR, Robert Chote, a reconnu mercredi lors d'une conférence de presse que "nous ne savons pas comment vont se terminer" les négociations. De son côté, le centre de réflexion Institute for Fiscal Studies (IFS) a estimé que les projections de l'OBR risquent de se traduire par "deux décennies perdues" sans hausse des revenus pour les ménages britanniques...

Paul Johnson, directeur du "think tank" a souligné que les revenus réels des Britanniques avaient baissé cette année, compte-tenu d'une inflation de l'ordre de 3%. La reprise naissante des hausses de salaires, qui s'était manifestée entre 2014 au premier semestre 2016 "a désormais été étouffée et les revenus pourraient rester inférieurs à ceux de 2008 (avant la crise financières) jusqu'en 2022 au moins", a-t-il ajouté, s'appuyant sur les projections chiffrées de l'OBR.

Un autre "think tank", Resolution Foundation, a prévenu de son côté que la décennie à venir sera la pire depuis le début du XIXème siècle... En octobre, l'OCDE s'était elle aussi alarmée pour l'avenir de l'économie britannique, estimant que le pays "est entré dans une passe difficile, le Brexit créant de graves incertitudes économiques qui pourraient étouffer la croissance pour les années à venir".

 
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