Brexit: Theresa May rallie de haute lutte son gouvernement au projet d'accord

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La Première ministre britannique Theresa May s'exprime devant le 10 Downing Street à Londres à l'issue d'une réunion de son cabinet sur l'accord de Brexit, le 14 novembre 2018
La Première ministre britannique Theresa May s'exprime devant le 10 Downing Street à Londres à l'issue d'une réunion de son cabinet sur l'accord de Brexit, le 14 novembre 2018
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© AFP, Tolga AKMEN

AFP, publié le mercredi 14 novembre 2018 à 23h00

La Première ministre britannique Theresa May a obtenu de haute lutte mercredi l'aval de son gouvernement au projet d'accord de Brexit conclu la veille avec Bruxelles, lors d'un conseil des ministres marathon, étape cruciale du processus de divorce d'avec l'UE. 

Le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier a de son côté estimé que Bruxelles et Londres avaient fait des "progrès décisifs" dans les négociations sur le Brexit, ouvrant la voie à la finalisation d'un accord et à un "retrait ordonné" du Royaume Uni le 29 mars 2019. Il a cependant noté qu'il restait encore "beaucoup,  beaucoup de travail".

"La décision collective du cabinet est que le gouvernement doit approuver le projet d'accord", a déclaré Theresa May lors d'une brève allocution devant le 10 Downing Street. "C'est un pas décisif qui va nous permettre d'avancer et finaliser l'accord dans les jours qui viennent", a-t-elle ajouté, légèrement souriante, après une réunion "passionnée" de son cabinet pendant cinq heures, lors de laquelle elle s'est attelée à convaincre ses ministres de surmonter leurs divisions.

L'adhésion du gouvernement britannique était indispensable pour permettre la mise en oeuvre de l'étape suivante: l'organisation d'un sommet exceptionnel des dirigeants européens destiné à valider l'accord de retrait. Ce sommet devrait "probablement" avoir lieu le dimanche 25 novembre, selon le Premier ministre irlandais Leo Varadkar. 

- Convaincre le Parlement - 

Selon Mme May, le projet d'accord est "le meilleur possible" pour son pays. Il permettra au Royaume-Uni de reprendre le contrôle de "notre argent, nos lois et nos frontières, mettra fin à la liberté de mouvement, protégera les emplois, la sécurité et notre union". 

La dirigeante, qui s'exprimera devant les députés jeudi, a désormais la difficile tâche de convaincre le Parlement britannique de voter le texte, alors que son Parti conservateur est très divisé, entre partisans d'un Brexit dur et europhiles.

Les députés européens devront également se prononcer avant le retrait du Royaume-Uni. 

Michel Barnier s'est félicité qu'une solution ait été trouvée pour éviter une "frontière dure" entre l'Irlande (membre de l'UE) et la province britannique d'Irlande du Nord, pierre d'achoppement des négociations depuis des semaines. 

Conscient cependant des difficultés que rencontrera Theresa May pour faire approuver l'accord de divorce par le parlement, il a appelé "tout le monde" à prendre désormais ses "responsabilités".

Le président du Conseil européen Donald Tusk s'exprimera pour sa part jeudi matin.

Le projet d'accord de près de 600 pages, publié dans la soirée, prévoit un "filet de sécurité" destiné à éviter une frontière physique sur l'île d'Irlande et préserver ainsi l'accord de paix de 1998.  

Destiné à ne s'appliquer qu'en dernier recours, il voit l'ensemble du Royaume-Uni rester dans une union douanière avec l'UE ainsi qu'un alignement réglementaire plus poussé pour l'Irlande du Nord pendant une période de transition, jusqu'à ce que les discussions sur la future relation commerciale entre les deux parties soient conclues.

- "Pire accord de l'histoire" -

Malgré l'aval de l'exécutif, le projet d'accord est loin de faire l'unanimité. Partisans et opposants du Brexit craignent qu'il n'oblige le Royaume-Uni à se plier aux règles de l'UE pendant des années, sans avoir son mot à dire.

"Avec cet accord, nous allons rester dans l'union douanière, nous allons rester, de fait, dans le marché unique", a déploré l'ex chef de la diplomatie pro Brexit Boris Johnson sur la BBC, estimant que cela ferait du Royaume-Uni un "Etat vassal" de l'UE. 

Pour Nigel Farage, partisan d'un Brexit sans concession, il s'agit du "pire accord de l'histoire". "Tout membre du cabinet qui est un véritable Brexiter doit maintenant démissionner ou il ne sera plus jamais digne de confiance", a-t-il tweeté. 

Un accord qui "sape l'intégrité économique et constitutionnelle du Royaume-Uni" en accordant un traitement différent à l'Irlande du Nord n'est "pas acceptable", a mis en garde Arlene Foster, cheffe du parti nord-irlandais DUP, allié du Parti conservateur de Mme May et force d'appoint indispensable pour disposer d'une majorité absolue au Parlement. Elle devait s'entretenir avec Theresa May dans la soirée.   

"Je ne pourrai pas regarder mes électeurs dans les yeux et leur affirmer qu'il s'agit d'un accord meilleur que celui que nous avons en tant que membre de l'UE", a expliqué Dominic Grieve, l'un des leaders du camp pro-UE du parti conservateur. 

La Première ministre écossaise, l'europhile Nicola Sturgeon, a elle jugé "dévastateur" pour l'Écosse le projet d'accord, parce qu'il favoriserait l'Irlande du Nord.

Dans les rues aussi, le projet d'accord a rallié les mécontents. Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés devant Downing Street pour réclamer le rejet du texte, à l'appel du groupe pro-Brexit "Leave means Leave". 

"C'est pourri", a résumé la septuagénaire Kathrine Denham, dans la petite ville de Boston (est de l'Angleterre) qui a voté massivement pour le Brexit.  

Les milieux économiques et financiers ont eux poussé un ouf de soulagement, le projet d'accord leur évitant le coût et les complications incalculables d'une sortie brutale de l'UE.

"Cela éloigne d'un pas le précipice cauchemardesque d'un non accord", même si "l'incertitude demeure élevée", a commenté Carolyn Fairbairn, directrice générale de l'organisation patronale CBI. 

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