Bruxelles prête à discuter d'un accord commercial "restreint" avec les Etats-Unis

Bruxelles prête à discuter d'un accord commercial "restreint" avec les Etats-Unis
La commissaire au commerce Cecilia Malmström à Bruxelles, le 4 mai 2018

AFP, publié le vendredi 04 mai 2018 à 18h35

La Commission européenne est prête à discuter d'un accord commercial "restreint" avec les Etats-Unis si l'UE est définitivement exemptée des droits de douane américains sur l'acier et l'aluminium, a affirmé vendredi la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, dans un entretien avec l'AFP.

"C'est quelque chose que nous pouvons explorer, seulement pour les droits de douane sur les biens et d'autres sujets peu compliqués", a expliqué Mme Malmström, en signe d'ouverture en direction des Américains.

Ces discussions en vue d'un accord "restreint" permettraient selon elle d'obtenir "des résultats rapidement" avec Washington. "Nous pourrions explorer cela pour avoir une meilleure vue d'ensemble", a-t-elle argué.

La Suédoise a cependant précisé que la Commission, chargée de la politique commerciale de l'UE, aurait "besoin d'un mandat des Etats membres" pour se lancer dans de telles discussions, ce qui est loin d'être gagné, des fissures commençant à apparaître dans l'unité européenne.

L'Allemagne est ainsi favorable à une telle ouverture, contrairement à la France, qui craint de voir ressurgir le spectre du très impopulaire TTIP (ou Tafta), le grand accord commercial négocié par l'UE avec les Etats-Unis, au point mort depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.

"Nous ne partageons pas la stratégie visant à engager des négociations sur les droits de douane", a d'ailleurs affirmé le secrétaire d'Etat français Jean-Baptiste Lemoyne dans un entretien avec le journal français Les Echos vendredi, avant les déclarations de Mme Malmström.

Une réunion ministérielle le 22 mai à Bruxelles devrait permettre de faire le point sur la position des Etats membres.

En attendant, Mme Malmström a rappelé le mot d'ordre européen : "Nous ne négocions rien sous le menace" et l'UE doit être exclue des droits de douane américains de manière "complète et inconditionnelle" avant d'entamer toute discussion.

"Jusqu'ici, la stratégie a été approuvée par les Etats membres et je m'y tiens", a-t-elle insisté.

- 'TTIP light' -

La Maison Blanche a annoncé lundi qu'elle consentait à prolonger jusqu'au 1er juin un sursis accordé à l'UE, mais aussi au Mexique et au Canada, censé s'achever le 1er mai, concernant des taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium.

Selon le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, cette prolongation s'explique, concernant les Européens, par de potentielles avancées sur "la réduction des tensions commerciales" entre les deux parties.

Mme Malmström a rappelé que les droits de douane étaient globalement peu élevés entre les deux zones, mais qu'il subsistait des "pics".

Selon elle, les discussions que la Commission pourrait entamer avec Washington devraient inclure "les automobiles", un sujet cher à Donald Trump et très sensible pour l'Allemagne.

Elle a également insisté sur le fait que cet accord "restreint" serait "totalement différent" du TTIP, car beaucoup plus modeste, rejetant l'appellation de "TTIP light".

"Certains des problèmes récemment mis en évidence par le président Trump et d'autres auraient pu être résolus dans le TTIP. Mais le TTIP est au congélateur et il va y rester", a-t-elle précisé.

La commissaire au Commerce a expliqué être en contact "plusieurs fois par semaine" avec son homologue américain Wilbur Ross pour trouver une issue à cette crise.

Mais Bruxelles a malgré tout poursuivi ces dernières semaines les démarches qui lui permettront de répondre à d'éventuelles taxes américaines tout en respectant les règles de l'OMC.

La mesure la plus immédiate vise à taxer de manière "ciblée et proportionnée" des dizaines de produits emblématiques fabriqués aux Etats-Unis, parfois dans des Etats ayant voté pour Donald Trump, dont le tabac, le bourbon, les jeans et les motos.

Ces mesures pourraient être appliquées, le cas échéant, dès "la fin du mois de juin", a-t-elle dit.

L'Europe a exporté pour 5,3 milliards d'euros d'acier et 1,1 milliard d'euros d'aluminium en 2017 vers les Etats-Unis.

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