Bruxelles valide le plan d'aide à Air France-KLM, l'Etat français pourra monter au capital

Chargement en cours
Un avion Air France sur le tarmac de l'aéroport de Tunis-Carthage, le 27 juin 2020
Un avion Air France sur le tarmac de l'aéroport de Tunis-Carthage, le 27 juin 2020
1/3
© AFP, FETHI BELAID

AFP, publié le mardi 06 avril 2021 à 19h29

L'Etat français sera autorisé à monter à près de 30% du capital d'Air France-KLM après la validation mardi par Bruxelles d'un plan d'aide de 4 milliards d'euros au groupe aérien, durement frappé par la crise du Covid-19.

L'Etat français sera autorisé à monter à près de 30% du capital d'Air France-KLM après la validation mardi par Bruxelles d'un plan d'aide de 4 milliards d'euros au groupe aérien, durement frappé par la crise du Covid-19.

En contrepartie, "Air France s'est engagée à mettre à disposition des créneaux horaires à l'aéroport saturé de Paris Orly, où (elle) détient une puissance significative sur le marché. Ces dispositions donnent aux transporteurs concurrents la possibilité d'étendre leurs activités dans cet aéroport", a souligné la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.

Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire a jugé cette cession de 18 créneaux, contre 24 réclamés initialement par la Commission, "tout a fait raisonnable et proportionné pour Air France". La compagnie a précisé que ces créneaux représentaient 5,5% de ceux dont elle dispose dans l'aéroport au sud de la capitale.

"Nous ne voulons pas qu'il y ait de dumping social, ou de dumping fiscal fait par des compagnies aériennes qui récupéreraient ces créneaux", a toutefois prévenu le ministre.

La recapitalisation d'Air France-KLM, dont l'Etat français ne détenait jusqu'à présent que 14,3%, prévoit "la conversion du prêt d'Etat de 3 milliards d'euros déjà accordé par la France en un instrument de capital hybride" (à mi-chemin entre une part du capital et un titre de dette NDLR) ainsi qu'une "injection de capital par l'État" via une augmentation de capital "ouverte aux actionnaires existants et au marché", dans la limite d'un milliard d'euros, a détaillé la Commission.

Mais l'injection de capital par l'Etat français "ne dépassera pas le minimum nécessaire pour garantir la viabilité d'Air France et de sa holding et pour rétablir la situation de fonds propres qui était la sienne avant la pandémie", a souligné l'exécutif européen.

- "Accord équilibré" pour la direction -

L'Etat devra aussi présenter un plan pour réduire à terme sa participation au capital du fleuron aérien franco-néerlandais, dont les compagnies sont les porte-drapeaux de leurs pays dans le monde et constituent un atout stratégique en matière touristique et commerciale. 

"Tant que la recapitalisation n'est pas remboursée à 100%, Air France et sa holding sont soumis à une interdiction de dividendes", a souligné la Commission.

Le directeur général d'Air France-KLM a salué un "accord équilibré". "Cette opération nous permet de stabiliser notre bilan dans le cadre de contreparties acceptables", a affirmé Benjamin Smith.

Parmi les plus gros actionnaires d'Air France-KLM, seuls l'Etat français et China Eastern, qui détient actuellement 8,8% des parts, participeront à l'augmentation de capital --la compagnie chinoise s'engageant à rester sous 10%.

L'Etat néerlandais, qui possède 14%, n'y participera pas, mais mène séparément des négociations avec la Commission sur une aide à KLM.

M. Le Maire et son homologue néerlandais Wopke Hoekstra ont souligné dans un communiqué commun que leurs Etats voulaient "dimensionner (leur) aide au minimum requis et nécessaire, et n'envisage(aie)nt pas de nationaliser (tout ou partie) du groupe". Les deux ministres ont dit faire confiance à la direction du groupe pour "rééquilibrer ses comptes".

La bourse de Paris a favorablement accueilli ces annonces, le titre Air France clôturant à 5,22 euros (+1,64%) mardi dans un marché au plus haut depuis 2007 (+0,47% pour le CAC40). Des analystes financiers ont toutefois noté que cette aide ne constituait que la première étape d'un renforcement du capital de l'entreprise, qui devra encore lever des fonds.


Cette opération "permet de s'assurer un horizon de 18-24 mois, qui permettra de connaître l'après-crise, qui permettra de voir revenir les passagers dans les vols, qui permettra aussi d'amorcer la grande transition écologique dans lequel le groupe est impliqué", a affirmé le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, mardi soir sur RTL.

"La montée au capital c'est quelque chose d'indispensable, on ne pouvait pas continuer sur cette trajectoire", a salué le vice-président du syndicat SNPL Air France, Guillaume Schmid, se déclarant "globalement (...) satisfait".

"L'Etat avait la capacité de nationaliser l'entreprise, ça aurait coûté moins cher. Le scandale c'est d'avoir cédé face à l'Union européenne", a dénoncé pour sa part le co-secrétaire général du syndicat CGT Air France, Vincent Salles.

Malgré cet apport d'oxygène, l'activité d'Air France-KLM reste à la merci des aléas de la crise sanitaire: le groupe a annoncé mardi prévoir une perte d'exploitation de 1,3 milliard d'euros au premier trimestre, et "brûle" encore 10 millions d'euros par jour, a affirmé M. Smith aux Echos.

Air France-KLM, qui est affecté comme l'ensemble du secteur aérien mondial, a assuré qu'il escomptait "toujours une reprise significative de la demande" à partir de l'été, misant donc sur la levée des restrictions aux voyages et la progression des campagnes de vaccination face à la flambée de l'épidémie dans certains pays.

boc-mhc-aro-agu-liu-tq/els/

Vos réactions doivent respecter nos CGU.