Budget: Rome réclame de la flexibilité à Bruxelles, les marchés s'irritent

Budget: Rome réclame de la flexibilité à Bruxelles, les marchés s'irritent
Le Premier ministre Giuseppe Conte au centre entouré de ses deux vice-Premiers ministres, Luigi Di Maio (à gauche) et Matteo Salvini (le 15 octobre 2018 à Rome)

AFP, publié le mercredi 14 novembre 2018 à 17h59

Le gouvernement populiste italien a évoqué des circonstances "exceptionnelles" pour réclamer plus de flexibilité budgétaire, un argument peu susceptible d'amadouer Bruxelles ou de convaincre les marchés financiers, très critiques vis-à-vis de la politique anti-austérité engagée par Rome.

Signes de leur nervosité, la Bourse de Milan a fini mercredi en recul de 0,78%, tandis que le spread, le très surveillé écart entre les taux allemand et italien, a atteint 313 points, contre 304 mardi soir.

Alors que Bruxelles avait rejeté son projet de budget le 23 octobre et lui avait donné jusqu'à mardi pour revoir sa copie, Rome a décidé de maintenir inchangée sa prévision d'un déficit à 2,4% du PIB (Produit intérieur brut) l'an prochain.

Dans une lettre envoyée dans la nuit à la Commission européenne, le ministre de l'Economie, Giovanni Tria, demande "l'application de la flexibilité pour événements exceptionnels".

Il souligne que sur les budgets des trois prochaines années pèsent des "dépenses de nature exceptionnelle égales à environ 0,2% du PIB" en raison des intempéries "d'une gravité particulière" ces dernières semaines et de l'effondrement du pont de Gênes cet été.

- Plans extraordinaires -

A propos des récentes intempéries, le ministre évoque leur coût humain et matériel "très lourd" et la nécessité de lancer "un plan extraordinaire d'interventions".

Les vents violents et les pluies diluviennes, qui ont fait plus d'une trentaine de morts, ont déraciné des centaines d'arbres dans le Veneto (nord-est) et détruit de nombreux bateaux en Ligurie (nord-ouest).

Et l'effondrement du viaduc autoroutier de Gênes, qui a fait 43 morts, a conduit, là aussi, à lancer un "plan extraordinaire d'entretien" et de mise en sécurité du réseau routier. Un milliard d'euros y sera consacré en 2019, explique M. Tria.

Le ministre défend aussi la logique de sa loi de finances, estimant "prioritaire" de "relancer la croissance" de la troisième économie de la zone euro, lanterne rouge en Europe, et de "faire face au ralentissement constaté" ces derniers mois.

Mais ces arguments ont laissé de marbre membres de la zone euro et experts.

Le ministre hollandais des Finances, Wopke Hoekstra, a ainsi jugé "peu surprenant, mais très décevant, que l'Italie ne revoie pas son budget", alors que "les finances publiques de l'Italie sont en mauvaise santé".

"Les investisseurs ont raison d'être inquiets", a déclaré à l'AFP Maartje Wijffelaars, économiste de Rabobank. "Etant donné son haut niveau de dette et son faible potentiel de croissance, l'Italie ne peut se permettre un tel budget expansif, avec des gains économiques limités" à long terme.

Autre source de préoccupation, "la détérioration de la relation entre la Commission européenne et Rome risque de conduire d'autres Etats membres à être moins enclins à aider l'Italie" en cas de nécessité, a-t-elle jugé.

- Risque de sanctions -

Dans sa lettre, M. Tria répète que les 2,4% de déficit représentent "une limite infranchissable".

Le gouvernement a aussi décidé d'"augmenter à 1% du PIB en 2019 l'objectif de privatisation du patrimoine public", afin d'accélérer la baisse de la dette, qui va passer, selon les calculs de Rome, de 131,2% du PIB en 2017 à 126% en 2021.

Mais selon la Commission, les mesures prévues risquent d'aggraver le déficit à 2,9% l'an prochain et à 3,1% en 2020.

Récemment, Bruxelles, qui a multiplié les appels au "dialogue", a souligné que l'Italie a déjà bénéficié de 30 milliards d'euros de marge budgétaire de "flexibilité" entre 2015 et 2018 et ne pouvait se plaindre.

En refusant de modifier son budget, Rome prend le risque de l'ouverture d'une "procédure pour déficit excessif", susceptible d'aboutir à des sanctions financières correspondant à 0,2% du PIB (soit quelque 3,4 milliards d'euros). 

"Il est peu probable que les petits changements faits par le gouvernement italien dans son budget apaisent la Commission européenne", notent les experts de Capital Economics.

Mais ces économistes doutent que des sanctions "conduisent le gouvernement à changer ses plans", d'autant que la procédure s'annonce longue.

"Au lieu de ça, ce sera le marché qui déterminera si le gouvernement devra revenir sur ses promesses", estiment-ils.

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