Camaïeu repris par la Financière immobilière bordelaise, avec plus de 2.600 salariés

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Une boutique de l'enseigne de prêt-à-porter féminin Camaïeu, le 27 mai 2020 à Lille
Une boutique de l'enseigne de prêt-à-porter féminin Camaïeu, le 27 mai 2020 à Lille
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© AFP, DENIS CHARLET

AFP, publié le lundi 17 août 2020 à 11h58

Le tribunal de commerce de Lille a choisi la Financière immobilière bordelaise (FIB) pour reprendre 511 magasins de l'enseigne de prêt-à-porter féminin Camaïeu et 2.659 salariés sur plus de 3.100 en France, écartant l'offre de l'actuelle direction de l'entreprise en difficulté.

"Le tribunal regrette amèrement la faiblesse des prix de reprise, particulièrement celle de FIB, qui a été qualifiée d'indécente lors des débats. Néanmoins, l'intérêt de l'entreprise reste sa pérennité, qui apparaît meilleure dans le projet FIB", peut-on lire dans le jugement rendu lundi et consulté par l'AFP.

La FIB, fonds d'investissement spécialisé dans l'immobilier commercial de l'homme d'affaires Michel Ohayon, qui a notamment acquis 22 franchises Galeries Lafayette en région en 2018, était soutenue par le comité social et économique (CSE) et l'intersyndicale CFDT-CGT-FO. Elle doit reprendre 511 magasins et 2.659 salariés, sur les 634 magasins et 3.146 salariés actuels de l'entreprise.

La FIB conservera la logistique actuelle avec le prestataire Dispéo et s'engage à garder le siège à Roubaix (Nord) et le bâtiment logistique pendant cinq ans.

"Je suis soulagée (...) mon magasin est sauvé et il y a moins de casse sociale" qu'avec l'offre concurrente, a réagi après de l'AFP Mélanie Dubuche, élue CFDT, présente devant le tribunal avec une poignée d'autres salariés.

"On ne pouvait pas faire confiance à des gens (la direction actuelle) qui ont fait quelque chose d'immoral", a réagi Omar Rahni (CGT). "Là, on va repartir sur de nouvelles bases".

Le tribunal a écarté la deuxième offre, portée notamment par l'actuel PDG de l'entreprise, Joannes Soënen, et trois fonds déjà actionnaires (GoldenTree, CVC et Farallon), soutenue par le syndicat maison majoritaire (38%) Unis pour agir ensemble (UPAE).

Elle prévoyait de garder 2.520 emplois et de reprendre 446 magasins, dont 43 sous l'enseigne de prêt-à-porter féminin de la galaxie Mulliez, Grain de malice. 

Mais le tribunal a souligné que "nulle reprise ne peut réussir sans le soutien des équipes et des salariés." 

"Force est de constater que même si les fautes antérieures ne peuvent leur être reprochées, l'équipe dirigeante (actuelle) n'a pas su ou pas pu acquérir et conserver la confiance du personnel", écrit-il.

Le 24 juillet, à l'issue de l'audience, tendue, M. Soënen avait assuré avoir "un plan bien identifié, une feuille de route claire" pour que Camaïeu "puisse se dynamiser pour les dix prochaines années".

- Environ 460 licenciements -

"C'est une victoire d'une entreprise, c'est aussi une victoire du droit", a réagi lundi auprès de l'AFP l'avocat de la FIB Olivier Pardo, qui souhaite que Camaïeu "redevienne l'immense entreprise qu'elle a été".

Selon l'avocat du CSE, Stéphane Ducrocq, plus de 460 personnes vont soit partir dans le cadre de départs volontaires, soit être licenciées pour motif économique dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) d'un budget de 5 millions d'euros.

"C'est un moindre mal. Il n'y a plus de dettes, les magasins les plus fragiles sont éliminés, normalement ça doit marcher", a-t-il déclaré.

L'actuelle direction, sollicitée par l'AFP, ne comptait pas réagir à la décision du tribunal lundi matin.

L'UPAE, qui "remercie l'équipe en place pour le projet présenté et non suivi malheureusement par le tribunal", prévient qu'une "phase très difficile attend les collaborateurs qui vont être licenciés" et "espère vivement que la FIB se montrera à la hauteur de ses engagements".

Fondée en 1984, Camaïeu, déjà en difficultés, a subi de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire, qui a obligé le groupe à fermer plus de 800 magasins dans le monde, selon une source proche de la direction.

Fin 2018, la société avait été reprise par ses créanciers après une procédure de sauvegarde. En 2016, elle avait déjà négocié avec ses créanciers pour que la moitié de sa dette, qui s'élevait alors à un milliard d'euros, soit convertie en actions.

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