Carburants: la FNSEA continue les blocages, va rencontrer le ministre

Chargement en cours
Drapeau de la FNSEA sur le site bloqué de la raffinerie de Vatry dans la Marne le 11 juin 2018
Drapeau de la FNSEA sur le site bloqué de la raffinerie de Vatry dans la Marne le 11 juin 2018
1/2
© AFP, FRANCOIS NASCIMBENI

AFP, publié le mardi 12 juin 2018 à 11h01

Les agriculteurs bloquaient toujours mardi 17 raffineries et dépôts de carburants mais exposeront leurs griefs dans l'après-midi au ministre de l'Agriculture, avec l'espoir d'avancées concrètes qui permettraient de lever les barrages, critiqués par des syndicats minoritaires.

Les agriculteurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) se sont lancés dimanche dans ce mouvement de blocage pour protester contre l'importation de produits agricoles ne respectant pas, selon eux, les normes françaises et européennes.

Dans la nuit de lundi à mardi, ils se sont attaqués à un dépôt supplémentaire à Saint-Jean-de-Braye (Loiret), portant à 17 le nombre de sites bloqués, selon la FNSEA, qui a ciblé en particulier les raffineries du groupe Total.

Au deuxième jour du mouvement, les agriculteurs ont obtenu de rencontrer le ministre de l'Agriculture à 15H00.

"On en attend plein de choses, que le dialogue reprenne, d'être écouté et entendu", a assuré Michel Joux, président FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes où 5 sites sont bloqués.

"Tout le monde se dit qu'il y aura peut-être des avancées, mais à mon avis ça ne suffira pas. En tout cas ils ne sont pas dans l'état d'esprit d'arrêter" au port du Rhin à Strasbourg, indique pour sa part Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin.

"Nous attendons des engagements concrets de la part du ministre à nos quatre revendications principales, pas de belles paroles", a aussi déclaré à l'AFP Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA qui participera à la réunion.

Le syndicat demande de légiférer pour interdire les importations qui ne répondent aux normes françaises, "des engagements sur le coût du travail", "des études sociales et économiques" avant la mise en place de toute nouvelle norme, et des réponses concrètes sur l'accompagnement financier des plans de filière par le gouvernement.

"S'il y a des éléments appropriés, on lèvera le blocage", assure M. Despey, en ajoutant cependant qu'en l'absence d'éléments concrets, le mouvement va continuer et est "reconductible à partir de mercredi".

- "manger ou rouler" -

Le mouvement cristallise les différences entre les différents syndicats, à six mois des élections des chambres d'agriculture, fin janvier 2019.

Les chambres sont aujourd'hui majoritairement dirigées par la FNSEA associée aux JA, qui ont recueilli 53,39% des voix en 2013. La Coordination rurale avait rassemblé 20,49% et la Confédération paysanne 18,54%.

Si tous les syndicats sont vent debout contre les importations de produits venant de pays soumis à moins de normes et donc à moins de charges, s'attaquer symboliquement aux agrocarburants importés et au groupe Total ne satisfait pas les deux syndicats minoritaires, qui y voient une vision trop industrielle de l'agriculture.

"Manger ou rouler, il va falloir choisir", a indiqué à l'AFP Bernard Lannes président de la Coordination rurale. "Christiane Lambert demande qu'on renforce le colza français, mais ni Total ni Avril (le numéro un français des huiles de table, qui fabrique aussi des biocarburants NDLR) n'en veulent car le colza a un mauvais rendement pour les agrocarburants", contrairement à l'huile de palme.

M. Lannes reproche aussi à Avril de "ne pas mettre en avant le colza français" avec sa marque d'huile alimentaire Lesieur. Il propose plutôt de faire "des contrats de montée en gamme pour l'huile de colza destinée à l'alimentation humaine".

"La filière des agrocarburants étant au bout de son incohérence en matières technique, économique et environnementale, la FNSEA cherche un bouc émissaire à la faillite de ce système", assure pour sa part la Confédération paysanne dans un communiqué. Elle dénonce "l'instrumentalisation de la question (des revenus) au profit des intérêts très particuliers de l'agro-industrie". 

Pour la Confédération, "le revenu et l'avenir des paysannes et des paysans ne se jouent pourtant pas devant les raffineries, mais dans les cabinets ministériels où régulièrement la FNSEA demande toujours plus de dérégulation, de libéralisme et toujours plus +d'accès au marché+ !".

"Au delà de l'huile de palme, nous avons ciblé les raffineries car c'est un lieu stratégique pour l'Etat", a rétorqué M. Despey, rappelant que les importations problématiques touchent également les filières de la viande et des fruits et légumes. Il a ainsi donné l'exemple de cerises venant de Turquie traitées avec l'insecticide diméthoate, qui est pourtant interdit en France.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.