Carlos Ghosn: le magnat de tous les rebondissements

Carlos Ghosn: le magnat de tous les rebondissements
L'ex-patron de l'alliance Renault Nissan Carlos Ghosn quitte la maison de détention de Tokyo le 6 mars 2019

AFP, publié le mardi 31 décembre 2019 à 07h38

Bâtisseur de la plus vaste alliance automobile au monde, brusquement arrêté il y a un an au Japon pour malversations financières présumées, Carlos Ghosn a à nouveau créé la stupeur en parvenant à quitter l'archipel nippon où il était assigné à résidence.

Ce Franco-Libano-Brésilien avait débarqué à la fin des années 1990 au Japon, dont il avait secoué les habitudes en matière de gestion d'entreprises, surprenant son monde, en choquant beaucoup.

Mais il était rapidement devenu la coqueluche des médias et des éditeurs du pays pour avoir redressé Nissan, fleuron moribond de l'automobile japonaise au début des années 2000.

Près de deux décennies plus tard, le 19 novembre 2018, ce polyglotte devenu patron de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors tombait de son piédestal. Cueilli par surprise, mais sous les caméras, à la sortie du jet privé de Nissan sur un tarmac de Tokyo, il estg alors accusé de dissimulations de revenus aux autorités boursières.

Piégé selon ses détracteurs par sa cupidité, victime d'un complot ourdi par Nissan selon lui, ce tout-puissant patron avait alors été déchu de tous ses titres chez les trois constructeurs. 

Depuis sa prison, où il a passé 130 jours au total, il avait accordé un entretien à l'AFP fin janvier au cours duquel il s'était emporté contre le refus de lui accorder une libération sous caution, ce qui, disait-il, n'aurait existé "dans aucune autre démocratie".  

Une nouvelle demande avait été acceptée et il était depuis fin avril en liberté très encadrée à Tokyo, avec interdiction de parler à son épouse Carole, à l'exception d'une fois récemment.

Avant d'en arriver-là, il était l'incarnation même de la mondialisation.

- "Inflexible" -

"J'ai passé ma jeunesse et mes années de lycée au Liban avant d'étudier en France, dont j'ai acquis la nationalité. J'ai aussi vécu aux Etats-Unis pendant de nombreuses années". Avant que sa carrière ne l'amène au Japon, "ce pays incroyable", racontait-il dans un récit autobiographique diffusé par le journal Nikkei, référence des milieux d'affaires nippons. 

Né le 9 mars 1954 à Porto Velho, au Brésil, Carlos Ghosn Bichara frôle la mort à l'âge de deux ans après avoir accidentellement bu de l'eau non potable, et c'est pour sa santé que sa famille décide de revenir vivre au Liban. Il grandit dans un environnement "multiculturel" en fréquentant une école jésuite.

Il se décrit comme "un élève rebelle". "J'avais tellement d'énergie en moi que je cherchais toujours un moyen de la dépenser", explique-t-il.

Il passe le baccalauréat en France, entre à l'Ecole polytechnique à l'âge de 20 ans.

Quatre ans plus tard, le jeune diplômé est recruté par Michelin, où il gagne son surnom de "cost cutter" (coupeur de coûts), avant de rejoindre Renault en 1996. Puis en 1999, le groupe au losange se met en quête d'un partenaire: ce sera Nissan.

"J'étais soucieux de respecter les traditions de la culture japonaise. Pour l'assemblée générale des actionnaires, je m'étais exercé à me prosterner avec une inclinaison de 30 et 60 degrés. Mais j'étais là avec un but: remettre sur pied la société", qui accumulait les pertes.

Le dirigeant "inflexible" et bourreau de travail exige de nombreux "sacrifices" (fermeture de cinq usines, suppression de 20.000 postes). Après "une lune de miel" où il est vu comme un "héros", son autoritarisme commence à faire grincer des dents, selon des employés du groupe. 

Les frustrations s'intensifient quand il devient aussi PDG de Renault en 2005, un cumul inédit dans le palmarès Fortune, qui classe les 500 premières entreprises mondiales.

- "L'inattendu" dans la vie -


Il y ajoutera une troisième casquette en 2017 en prenant la présidence du conseil d'administration de Mitsubishi Motors, synonyme de revenus supplémentaires pour celui qui empoche déjà des millions d'euros par an. Ce n'est, justifie-t-il, que la juste contrepartie de ses performances, qui lui valent d'être courtisé par d'autres grands constructeurs, pour des salaires encore plus mirifiques.

Au fil de son ascension, --de cette concentration de pouvoirs qui a peut-être causé sa perte--, le mondain capitaine d'industrie se fait "des amis en hauts lieux", dit-il au Nikkei. Outre Davos, il aime courir le festival de Cannes.

Au Brésil, il a l'honneur de porter la flamme olympique à l'occasion des Jeux de Rio en 2016, le Liban fait frapper un timbre à son effigie.

"Que ferai-je après?", écrivait Carlos Ghosn en 2017. Passer du temps avec mes enfants et petits-enfants, enseigner, conseiller d'autres entreprises, institutions et organisations, esquissait-il.

Mais "la vie suit parfois des cours inattendus", glissait-il. Depuis lundi 30 décembre, il est au Liban.

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