Carlos Ghosn libéré de prison, avec des conditions très strictes

Carlos Ghosn libéré de prison, avec des conditions très strictes
le 6 mars 2019

Boursier.com, publié le mercredi 06 mars 2019 à 09h56

L'ex-dirigeant a versé une caution d'un milliard de yens (7,9 millions d'euros). Sa libération est assortie de conditions très strictes.

Carlos Ghosn a été libéré sous caution mercredi, après plus de 100 jours passés dans sa cellule. L'ancien patron de Renault et de Nissan a quitté mercredi le centre de détention de Tokyo où il était placé depuis le 19 novembre pour des accusations de malversations financières, devant des centaines de journalistes et d'équipes de télévision.

Selon la chaîne publique japonaise NHK, il portait une casquette et un masque facial, était escorté par des policiers et est monté dans une fourgonnette. Le tribunal de district de Tokyo avait annoncé un peu plus tôt dans la journée que l'ancien chef d'entreprise avait payé sa caution d'un milliard de yens (7,9 millions d'euros) pour être remis en liberté. Il a accepté mardi sa demande de libération sous caution, avec des conditions strictes.

Conditions strictes

Carlos Ghosn a ainsi été contraint de remettre son passeport à son avocat et a dû fournir l'assurance qu'il ne quitterait pas Tokyo. Selon l'agence de presse Kyodo, il va être placé sous vidéosurveillance à son domicile. Il lui est par ailleurs interdit d'utiliser internet, d'envoyer ou de recevoir des messages textes et il ne peut se servir d'un ordinateur que dans les bureaux de son avocat. Il n'a pas non plus la possibilité de communiquer avec les autres personnes impliquées dans l'affaire.

La libération sous caution permettra à Carlos Ghosn de voir plus fréquemment ses défenseurs pour bâtir sa stratégie en vue de son procès dans quelques mois. S'il était reconnu coupable, l'ex-dirigeant risquerait jusqu'à 15 ans de prison.

Caution très élevée

Carlos Ghosn a été mis en examen le 10 décembre, pour dissimulation de revenus. Il aurait minimisé, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursières, une partie de ses revenus, à hauteur de 5 milliards de yens (40 millions d'euros) sur cinq années, de 2010 à 2015. La même opération aurait été effectuée sur la période de 2015 à 2018, pour une enveloppe de 4 milliards de yens (32 millions d'euros environ). L'intéressé nie les faits qui lui sont reprochés.

Le montant de la caution fixé à un milliard de yens est parmi les plus élevés jamais enregistrés au Japon mais ne représente cependant que la moitié des deux milliards de yens payés en 2005 par Mitsuru Asada, un homme d'affaires reconnu coupable par la suite.

Changement de défense

C'était la troisième demande de libération de Carlos Ghosn, dont le dossier semble s'être débloqué avec la nomination mi-février de Junichiro Hironaka, un ténor du barreau japonais. Son arrivée a été largement perçue comme un changement pour une stratégie plus agressive. Surnommé "le rasoir" pour sa défense affûtée et victorieuse d'affaires très médiatisées, il soutient notamment que les allégations retenues par la justice contre son client auraient dû être traitées et réglées comme une affaire interne à Nissan.

"Carlos Ghosn est libéré, il est citoyen français, il va pouvoir se défendre et se défendre beaucoup plus sereinement. Tant mieux", a déclaré le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire sur Europe 1. "Nous n'abandonnons personne mais le rôle du gouvernement n'est pas de s'immiscer dans une procédure judiciaire en cours".

"Ma responsabilité de ministre de l'Economie et des Finances, c'est surtout de m'assurer que les centaines de milliers d'emplois de Renault, de l'alliance entre Renault et Nissan, sont protégés", a-t-il ajouté.

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