"Cartel du jambon" : 93 millions d'euros d'amendes pour 12 entreprises

"Cartel du jambon" : 93 millions d'euros d'amendes pour 12 entreprises©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 16 juillet 2020 à 14h44

Les industriels avaient mis en place une double entente, pour fixer ensemble les prix à l'achat pour leur approvisionnement, ainsi que les tarifs de vente auprès des distributeurs...

La sanction est tombée pour "le cartel du jambon"... Après des mois d'enquête, l'Autorité de la concurrence a rendu public ce jeudi ses conclusions sur cette affaire emblématique, qui unissait 12 industriels du secteur du jambon et de la charcuterie. L'institution a infligé une amende de 93 millions d'euros à ces entreprises, soupçonnées de fixer ensemble les prix à l'achat pour leur approvisionnement, ainsi que les tarifs de vente auprès des distributeurs.

"Les industriels de la charcuterie se coordonnaient pour présenter un front commun lors de leurs négociations avec les abatteurs afin de contrer les demandes de hausses de prix sur la matière première, voire obtenir des baisses de prix pour l'achat de celle-ci (le 'jambon sans mouille')", explique l'autorité dans un communiqué.

La sanction la plus lourde, qui est de 35,5 millions d'euros, vise le leader français de la production porcine, la coopérative Cooperl. Suivent ensuite le groupe de distribution Les Mousquetaires (31,7 millions), Fleury Michon (14,8 millions) et Coop (6 millions). Les autres industriels visés sont : Savencia, Campofrio, Aubret, Sonical, La Financière du Haut pays, CA Animation, Nestlé et Salaisons du Mâconnais.

Des ententes qui concernaient "à la fois l'amont" et "l'aval"

"Les ententes mises en oeuvre par les industriels de la charcuterie concernaient à la fois l''amont', c'est-à-dire les relations des industriels avec les abatteurs qui fournissaient la matière première, et 'l'aval', c'est-à-dire les relations avec leurs clients de la grande distribution", précise l'Autorité de la concurrence.

Grâce à cette double entente, les industriels étaient ainsi gagnants sur les deux tableaux : en se fournissant à des prix plus doux et en revendant leur production plus cher aux distributeurs. Pour rappel, cette affaire avait d'abord été révélée en 2018 par 'Le Monde', qui évoque un "climat tendu pour les industriels en pleine hausse de prix du porc", les faits remontant à une période courant de janvier 2011 à avril 2013.

En échangeant "secrètement" sur les positions à adopter avant leurs négociations, l'Autorité de la concurrence estime que les industriels ont "imposé un mode d'organisation se substituant au libre jeu de la concurrence et qui enlevait aux intéressés toute incertitude sur le comportement de leurs concurrents".

Des pratiques "graves"

Côté abatteurs, 4 groupes parmi les plus importants du secteur, soit Campofrio (Aoste, Jean Caby), Fleury Michon, Financière Turenne Lafayette et Les Mousquetaires, se sont entendus entre 2011 et 2013 sur "la variation hebdomadaire du prix du jambon sans mouille pour présenter un front commun face aux abatteurs, de manière à mieux résister aux hausses de prix demandées ou à obtenir des baisses de prix". Cette entente s'organisait "par téléphone", "généralement le jeudi après-midi ou le vendredi matin, afin d'aboutir à une position commune de négociation", explique l'institution.

Côté distributeurs, 8 entreprises appartenant aux groupes CA Animation, Campofrio, Coop, La Financière du Haut Pays, Financière Turenne Lafayette, Savencia, Sonical et Salaisons du Mâconnais ont notamment participé à l'entente sur les produits de charcuterie crue. "Ces pratiques sont graves : elles ont faussé les relations commerciales entre les charcutiers-salaisonniers et les abatteurs, d'une part, et avec les enseignes de la grande distribution, d'autre part", a souligné l'autorité, qui ajoute avoir refusé "d'accorder au premier demandeur de clémence le bénéfice de l'exonération totale de sanctions". Il écope de 892.000 euros d'amende...

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