Catalogne: semaine cruciale en vue, les entreprises déménagent...

Catalogne: semaine cruciale en vue, les entreprises déménagent...
Des manifestants catalans et leur drapeau nationaliste durant la fête nationale catalane à Barcelone en septembre 2012

Boursier.com, publié le dimanche 08 octobre 2017 à 21h08

Les velléités d'indépendance de la Catalogne commencent à inquiéter sérieusement les milieux d'affaires. Ainsi depuis jeudi dernier, la cinquième banque espagnole, Sabadell, et la troisième banque du pays, Caixabank, ont toutes deux annoncé qu'elles allaient transférer leurs sièges hors de Catalogne. Elles veulent éviter les difficultés à venir en cas de déclaration unilatérale d'indépendance de la Catalogne, qui pourrait intervenir dès mardi à l'occasion d'une réunion du Parlement catalan.

Dimanche, des sources proches du groupe autoroutier Abertis ont indiqué que le conseil d'administration de la société se réunira ce lundi pour débattre de l'éventualité de déplacer son siège social hors de Catalogne.

Dimanche également, des centaines de milliers de partisans de l'unité de l'Espagne ont manifesté à Barcelone, une semaine après le référendum controversé sur l'indépendance de la Catalogne. Ils ont brandi des drapeaux espagnols et catalans où l'on pouvait lire : "La Catalogne c'est l'Espagne" et "Ensemble, nous sommes plus forts".

Les banques inquiète de perdre leur accès aux financements de la BCE

CaixaBank, la première banque de Catalogne, a ainsi annoncé vendredi dans un communiqué que son domicile social serait transféré de Barcelone à Valence "en raison de la situation politique et sociale actuelle dans la région". La décision a été prise afin d'assurer "la protection des clients, actionnaires et employés" et de sauvegarder sa "sécurité juridique et réglementaire".

De son côté, Banco de Sabadell, la deuxième banque catalane, a indiqué jeudi que son siège social sera transféré à Alicante (sud-est de l'Espagne), à environ 400 km de la ville catalane de Sabadell, où il se trouvait jusqu'ici.

Si la Catalogne, qui représente un cinquième (19%) du PIB espagnol, déclarait son indépendance, elle se retrouverait de facto en dehors de la zone euro, ce qui ferait perdre aux banques catalanes leur accès au financement de la Banque centrale européenne.

Une déclaration d'indépendance envisagée dans les prochains jours

La crise entre le gouvernement espagnol et les dirigeants séparatistes de Catalogne s'est aggravée depuis la tenue du référendum d'autodétermination du 1er octobre, jugé illégal par le gouvernement de Madrid. Le scrutin a été émaillé de violences policières contre des électeurs souhaitant se rendre aux urnes, qui ont fait près de 900 blessés.

Malgré les mises en garde de Madrid et un discours très dur du Roi d'Espagne, les dirigeants séparatistes de Catalogne envisagent désormais de déclarer unilatéralement l'indépendance de la région cette semaine, au cours d'une session parlementaire. La Cour constitutionnelle espagnole a annulé une première session prévue lundi, mais le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, a fait savoir qu'il reportait à mardi son intervention devant le Parlement.

La perspective de perdre l'accès au marché unique européen et de subir des bouleversements réglementaires inquiète toutes les entreprises implantées en Catalogne. L'agence de notation financière Standard & Poor's a annoncé vendredi qu'elle envisageait d'abaisser la note de la dette catalane, en plaçant cette note sous surveillance négative.

Les transferts de sièges sociaux facilités par Madrid

Face au risque de sécession, Madrid a approuvé vendredi un décret extraordinaire permettant aux entreprises de transférer plus facilement leur siège d'une région à l'autre. Une simple signature du conseil d'administration suffit désormais pour changer d'adresse, sans avoir besoin de convoquer une assemblée générale d'actionnaires.

Outre les banques Sabadell et CaixaBank, plusieurs entreprises ont d'ores et déjà déménagé leur siège, tandis que d'autres reportent leurs décisions d'investissement en attendant d'y voir plus clair. Le groupe énergétique Gas Natural Fenosa a fait savoir vendredi que son conseil d'administration avait décidé de relocaliser son siège social à Madrid en raison de la situation actuelle en Catalogne. Même décision pour la compagnie de biotechnologie Oryzon et la société de télécoms Eurona a suivi.

Madrid présente ses excuses aux personnes blessées par la police

D'autres entreprises réfléchissent mais n'ont pas encore pris de décision, comme la compagnie d'assurances Catalana Occidente, le gestionnaire d'autoroutes Abertis, le groupe pharmaceutique Bayer ou encore de Volkswagen (via sa marque Seat).

La semaine qui s'ouvre devrait donc d'être décisive pour l'avenir de la Catalogne. Vendredi, quelques signes d'apaisement semblaient toutefois se dessiner. Le principal représentant de l'Etat en Catalogne, le préfet Enric Millo, s'est excusé au nom des policiers auprès des personnes blessées dimanche dernier. "Je ne peux faire que le regretter, je présente mes excuses, au nom des agents qui sont intervenus", a-t-il déclaré à la télévision.

Des voix s'élèvent en vue d'un apaisement

Par ailleurs, Madrid a appelé à surmonter la crise, en invitant les séparatistes à dissoudre leur parlement et à convoquer des élections dans la région catalane. "Il serait bon de commencer à refermer la plaie en passant par le Parlement de Catalogne [...] par le biais d'élections régionales", a ainsi déclaré Inigo Mendez de Vigo, porte-parole du gouvernement, lors d'une conférence de presse organisée à l'issue du conseil des ministres.

En Catalogne, des voix s'élèvent également au sein du gouvernement régional pour calmer le jeu. Le responsable catalan des entreprises, Santi Vila, réputé proche du président Puigdemont, a ainsi réclamé vendredi "un cessez-le-feu", et a appelé à ne pas prendre "dans les prochains heures et jours (...) des décisions qui pourraient être irréparables".

Les marchés financiers européens pénalisés par la crise

La crise catalane a pesé la semaine dernière sur les marchés financiers européens, où l'euro a reculé de 0,7% face au dollar, les investisseurs craignant une contagion des tendances séparatistes à d'autres régions d'Europe . Les marchés d'actions européens ont à peine progressé ces derniers jours pendant que la Bourse américaine bondissait de l'ordre de 1,5% en 5 séances.

A Madrid, l'indice Ibex 35 a abandonné près de 2% sur la semaine, plombé notamment par les valeurs bancaires. Les titres de Sabadell et de CaixaBank ont ainsi cédé respectivement 6,2% et de 3,8% cette semaine.

L'Union européenne embarrassée par la crise catalane

Du coté de Bruxelles, les institutions européennes sont embarrassées par la situation en Espagne. L'Union européenne a souligné qu'elle ne pouvait pas se prononcer sur une affaire intérieure espagnole.

Toutefois, des responsables européens ont précisé que la Catalogne ne rejoindrait pas automatiquement l'UE en cas d'indépendance, une mise en garde qui avait déjà été faite à l'Ecosse lorsqu'elle avait organisé un référendum sur l'indépendance en septembre 2014.

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