Cheminots et féministes réunis "à cause de Macron" et contre la réforme des retraites

Chargement en cours
Manifestants dans les rues de Paris le 24 janvier 2020 contre la réforme des retraites, au rythme du refrain "à cause de Macron, c'est la chute des pensions"
Manifestants dans les rues de Paris le 24 janvier 2020 contre la réforme des retraites, au rythme du refrain "à cause de Macron, c'est la chute des pensions"
1/3
© AFP, STEPHANE DE SAKUTIN

AFP, publié le vendredi 24 janvier 2020 à 17h50

"A cause de Macron, c'est la chute des pensions": gare de l'Est, vendredi à Paris, après une assemblée générale de cheminots reconduisant une grève "loin d'être terminée", une centaine de femmes exécutent la chorégraphie à succès des manifestations contre la réforme des retraites.

Bleu de travail, bandeau rouge à pois blancs, gants de ménage jaunes, les danseuses ont enfilé le costume revêtu à l'origine par des féministes d'Attac, inspirées par l'image de "Rosie la riveteuse", pour dénoncer une réforme "dont les femmes sont les grandes perdantes", expliquent-elles. Rosie, figure emblématique des ouvrières faisant tourner les usines américaines pendant la Seconde Guerre mondiale, devenue une icône du militantisme pour les droits des femmes.

"Révolution, révolution": scandé par les danseuses sous la verrière de la gare, glaciale en ce matin de janvier, le mot ponctue l'exécution symbolique des fonds de pension: devant des voyageurs avec valises à roulettes, des "Rosie" terrassent l'une des marionnettes géantes de vautours, baptisés BlackRock, BNP, Société générale, Axa ou encore Aviva, brandies par des opposants à la réforme.

Après la chorégraphie, direction place de la République et le départ de la manifestation interprofessionnelle organisée à Paris pour cette 7e journée de mobilisation nationale contre le projet gouvernemental de retraite par points.

Parmi les cheminots réunis auparavant en assemblée générale (AG) sur le parvis de la gare, Matthieu Chapuis est gréviste depuis le premier jour du mouvement, le 5 décembre, précise-t-il à l'AFP. En son "51e jour de grève" consécutif, cet aiguilleur est encore "prêt à continuer le temps qu'il faudra" car "ce qui (le) porte, c'est l'espoir d'un monde meilleur", résistant "à l'offensive libérale".

Certes, "ces derniers jours, la grève reconductible était très minoritaire" à la SNCF, après des semaines de mobilisation, mais le mouvement "s'adapte", adopte "un nouveau rythme" pour "cibler les temps forts" au niveau national, explique ce militant SUD-Rail. Le taux de grévistes est d'ailleurs remonté vendredi à 13,9%, selon la direction, après 2,8% jeudi.

- "Par tous les moyens" -

"Il faut amplifier le mouvement, se mobiliser avec les autres parce qu'on gagnera tous ensemble", estime de son côté Joanny Poncet, directeur adjoint d'un magasin Franprix parisien, venu soutenir les cheminots. Lui-même est "en grève tous les jours de mobilisation nationale". Militant CGT, il se bat "contre l'individualisme, le monde du chacun pour soi".

La semaine prochaine, "on doit accentuer la mobilisation sur les trois jours" choisis par l'intersyndicale nationale - le 29 janvier pour une nouvelle journée interprofessionnelle, les 30 et 31 pour des initiatives -, mais aussi "maintenir la mobilisation dès lundi", agir "pas uniquement sur les temps forts" nationaux et "par tous les moyens possibles", a plaidé au micro de l'AG Patrick Belhadj de la CGT-Cheminots.

Refusant d'accoler l'étiquette de "baroud d'honneur" à la mobilisation nationale de vendredi, jour de la présentation du projet de loi de la réforme au conseil des ministres, Emmanuelle Bigot de SUD-Rail affirme que "la grève est loin d'être terminée".

"Le travail parlementaire va seulement commencer", des "centaines et parfois des milliers de travailleuses et travailleurs" ont participé jeudi soir à des marches aux flambeaux dans toute la France, "nous allons gagner", assure-t-elle.

Professeur dans le XIIIe arrondissement de Paris, "ému d'être là", Arnaud dit "bravo aux cheminots" pour leur "combat exemplaire" contre une réforme "catastrophique pour tout le monde". "Nous, dans l'éducation, on n'est pas au niveau (...), la mobilisation n'est pas aussi forte qu'espéré, mais elle est là", ajoute l'enseignant. "On lâche rien!" lance-t-il sous les applaudissements de l'AG.

En veste et pantalon bleus, les cheveux retenus par un bandeau rouge, prête à participer à la chorégraphie, Sophie Binet renchérit: "Chaque jour qui passe, il y a un nouveau caillou dans la chaussure du gouvernement", dont "les difficultés ne font que commencer". "La lutte va continuer et on va gagner!" considère celle qui est chargée de l'égalité femmes/hommes à la CGT.

L'AG passe au vote: les cheminots reconduisent la grève jusqu'au 29 janvier.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.