Comment le Covid-19 a cassé le marché mondial du pétrole

Comment le Covid-19 a cassé le marché mondial du pétrole©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 29 avril 2020 à 21h15

La quasi-paralysie de l'économie mondiale liée au coronavirus a entraîné un effondrement de la demande pétrolière. Les prix du baril WTI sont même tombés en terrain négatif la semaine dernière, semant la panique sur les marchés à terme américains...

La crise du coronavirus a donné un véritable coup de massue à la demande pétrolière mondiale, au moment où le marché était déjà déséquilibré par une guerre des prix entre l'Arabie saoudite et la Russie, qui ont ouvert les vannes pétrolières dans un marché déjà excédentaire...

Le brut léger américain (WTI ou "light sweet crude") évolue désormais autour de 15$ le baril, au plus bas depuis début 1999, et le Brent de la mer du nord vaut un peu plus de 20$, au plus bas depuis début 2002. Au début de l'année 2020, les deux variétés de pétrole se payaient plus de 60$ le baril...

Les experts estiment que la demande mondiale de brut a a plongé d'au moins 30% depuis le début de la crise du coronavirus Covid-19. Conséquence de ce déséquilibre : les capacités mondiales de stockage de pétrole sont désormais proches de la saturation, posant un problème aux négociants, aux producteurs et aux raffineurs...

La filière pétrolière en plein désarroi

Avec des prix bien plus bas que leurs coûts de revient, de nombreuses sociétés pétrolières sont désormais menacées de disparition, notamment les acteurs du pétrole de schiste aux Etats-Unis. De nombreux Etats producteurs sont durement frappés, dont l'Irak, la Libye, le Venezuela, mais aussi la Russie, qui tire la moitié de ses recettes budgétaires de l'exportation de pétrole, et même l'Arabie saoudite pour qui le pétrole ne représente pas moins de 90% des recettes budgétaires...

La chute des cours du baril pénalise aussi les banques qui ont accordé des prêts au secteur pétrolier, avec un risque désormais élevé de ne pas être remboursées.. En Bourse, les cours de Bourses des valeurs pétrolières et des banques font partie des plus fortes baisses observées ces deux derniers mois.

En réaction au plongeon des cours, les pays producteurs réunis au sein d'un groupe baptisé Opep+ ont certes prévu de réduire leur production de près de 10 millions de barils par jour à partir de mai, mais les investisseurs jugent cette mesure très insuffisante pour soutenir les cours dans un contexte de récession mondiale.

Un baril de pétrole à un prix de -37,63$

Ce mercredi, les cours du pétrole américain WTI ont connu une nouvelle séance ultra-volatile sur le marché à terme new-yorkais Nymex. Le contrat sur le WTI pour livraison juin, qui avait plongé de près de 25% lundi, puis cédé 3,4% mardi, a rebondi mercredi de 22% pour finir à 15,06$... Le baril de Brent de la mer du Nord de même échéance a de son côté regagné 10% à 22,54$.

Le fonctionnement du marché à terme sur le WTI s'est brutalement déréglé le 20 avril, lorsque le cours du contrat à terme de mai s'est effondré en terrain négatif à -37,63$ le baril, une première historique qui pourrait se reproduire sur le contrat de juin, selon certains experts...

Ce 20 avril, à la veille de l'arrivée à échéance du contrat pour livraison en mai, les investisseurs ont tenté dans un mouvement de panique de vendre ce contrat avant son arrivée à échéance, car ils ne souhaitaient pas prendre livraison physiquement des barils de pétrole sous-jacents, faute de capacité de stockage.

Les marchés à terme, royaume des spéculateurs

Traditionnellement, sur ces marchés à terme, plus de 80% des investisseurs sont de fait des spéculateurs et non des acheteurs finaux de pétrole. Dans des conditions de marché normales, les arbitrages de fin de contrat se font sans difficulté, et les positions sont reportées vers les échéances suivantes.

Mais dans un marché où presque aucun acheteur ne souhaite prendre livraison de barils de pétrole, les cours sont passés en terrain négatif.... obligeant les investisseurs à payer pour se débarrasser de leurs titres.

Le plus grand site de stockage américain prêt à déborder

Depuis ce "lundi noir" du 20 avril, le contrat de référence (le plus négocié) est celui de juin, qui connaît à son tour des soubresauts spectaculaires. Lundi, le plus grand ETF (fonds coté) pétrolier, United States Oil Fund, a vendu brusquement ses positions sur le contrat de juin afin de se reporter sur des échéances plus lointaines notamment celle de juillet.

Mardi, le gestionnaire d'indices boursiers S&P Global a à son tour exigé de ses clients qu'ils vendent dès à présent le contrat de juin figurant dans leurs fonds pour le remplacer par celui de juillet.

Ce contrat de juillet sur le WTI a terminé mardi soir à 17,60$ le baril, en baisse de 2,6%.

Aux Etats-Unis, les livraisons de pétrole physique se font dans le dépôt géant de Cushing dans l'Oklahoma. Or, avec la crise du Covid-19, le nombre de barils stockés à Cushing a bondi de 60% en deux mois pour atteindre courant avril 60 millions, selon les données de 'Bloomberg'. On est proche de la capacité totale de stockage du site (76 millions de barils) et l'espace restant serait d'ores et déjà réservé, selon l'agence financière.

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